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Humble et relax, voilà comment on peut décrire Kurt Lampe, un des hommes qui ont façonné Barak Obama et qui ont cru en l’étoile de cet Américain d’origine kényane. Il était mardi l’invité de la rédaction du Républicain et se trouve à Bamako à l’invitation de l’Association pour le Civisme et le Développement (Acidev) présidé par M. Guy Sukho, pour parler de l’expérience américaine récente en matière de taux de participation électorale.

Consultant en communication, M. Lampe, a travaillé avec de nombreux leaders politiques de l’Amérique dont Bill Richardson. Il nous livre ici Obama.


Question : Vous êtes le créateur d’Obama ?

Kurt Lampe : Pas du tout, alors pas du tout. Obama doit son ascension à lui-même, à sa capacité de travail et d’écoute.


Q. Mais alors pourquoi vous cite t-on quand on parle d’Obama ?

K.L. A cause sans doute du rôle que j’ai joué auprès de l’homme lors de la convention de 2004 qui l’a révélé aux Etats-Unis.


Q : Et quel était-il ce rôle ?

K.L. Mon job est de prendre en main les leaders politiques. Surtout dans leur communication publique. A ce titre, ma firme à moi et à mon épouse, eut, en 2004, le privilège d’avoir le contrat d’aider Obama à faire la meilleure présentation possible du fameux discours dont toute l’Amérique parlera. On aidait Obama à se débrouiller avec le téléprompteur,


Q. Il est plutôt bon orateur, non.

K.L. Tout à fait, même excellent orateur. Mais croyez-moi, en 2004, ce n’était pas du tout cela. Il avait des problèmes avec le téléprompteur, une gestuelle moins sûre. Mais, il apprenait vite et il travaillait énormément.

Q. Il cartonne aujourd’hui

K.L. Il est tout simplement au top. Il est, en effet pétri de qualités et sa soif d’apprendre est féroce.

Q. Au juste, à quel rythme l’avez-vous côtoyé ?

K.L. Avant 1995, très peu. En 2004, tout le temps qu’il a fallu pour préparer la convention démocrate.

Q. Comment l’avez-vous rencontré, au juste.

K.L. Grâce à ma femme, en 1995. Je vous avais dit que mon épouse était dans la communication, comme moi-même. Elle était une admiratrice de Ron Brown, le charmant ministre afro-américain de Clinton décédé dans un crash d’avion en 1995. On avait longtemps pensé que Ron Brown avait tout pour être vice-président des USA.

Q. Alors ?

K.L. Alors, au constat que ce n’était plus possible, mon épouse qui rencontrait déjà Obama, alors universitaire, a osé, un jour ce qui n’était qu’une boutade : « Barak, pourquoi ne postulerais-tu pas à la vice-présidence de l’Amérique ? » Pouvez-vous imaginer la réponse d’Obama ?

Q. Non, dites la nous…

K.L. Obama, avec le plus grand calme a lancé « Et pourquoi pas président des Etats-Unis » ?


Q. Avez-vous Obama depuis qu’il est à la Maison Blanche ?

K.L. Non, pas du tout. Le calendrier d’un Président des Etats-Unis est impitoyable, vous savez.

Q. Pas quand même au point de manquer de temps pour prendre un pot avec un faiseur de roi…

K.L. J’imagine que quand c’est vraiment, vraiment sérieux, je peux avoir accès à lui, car je connais son premier cercle.

Q. Revenons à votre travail. Vous êtes présenté comme le directeur de campagne des volontaires d’Obama. Cela veut dire quoi exactement ?

K.L. La campagne d’Obama reposait surtout sur des centaines de milliers de volontaires. Dans le cas de l’Illinois et du Wisconsin dont je me suis impliqué, cela veut dire recruter des membres, des électeurs, générer de l’argent, persuader le public, développer des messages.


Q. Comme « Yes we can »?

K.L. Non, ce slogan est entièrement et exclusivement de Barak Obama lui-même. Le travail de directeur de campagne c’est concevoir des tâches spécifiques, donner des instructions précises aux volontaires, superviser et coordonner.

Q. Un exemple de tâches spécifiques ?

K.L. On instruit à chaque volontaire, par exemple, de nous amener dix nouveaux pro-Obama et à chacun de ceux-ci nous demandons de nous amener dix nouveaux pro-Obama. Et ainsi de suite.


Q. Mais peut-être l’Amérique a-t-elle plus sanctionné la politique de Bush qu’elle n’a voté celle de Obama ?

K.L. Il y a indiscutablement de cela, car la politique de Bush était calamiteuse, mais il ne faut pas se tromper. Obama portait tous les espoirs et les aspirations. Par une de ces rares combinaisons de l’histoire, il était celui qu’il fallait au moment où il le fallait.

Q. Vous le pensez vraiment ? Nous ne l’avons pas encore bien senti sur l’Afrique et pour nous ça c’est capital.

K.L. Je suis certain d’une chose. De tous nos présidents, c’est lui qui aura le meilleur agenda africain, mais n’oublions pas qu’il vient dans un contexte économique difficile.

Q. Il a fait malgré tout des promesses, mais on dit qu’en politique les promesses n’engagent pas…

K.L. Laissez-moi vous dire ceci et ceux qui sont familiers d’Obama le savent : il est conscient des devoirs de l’Amérique vis-à-vis du reste du monde. Il a horreur du mensonge et des courtisans. Il aime la contradiction.


Q. Mais il reste le président des USA, après tout.

K.L. Oui mais un président réceptif et conscient de ce qu’il faut changer. Et je crois qu’il réussira.

Interview réalisée par Birama Fall, S. El Moctar Kounta, Adam Thiam, Boukary Daou, Baba Dembélé, Assane Koné.
23 Avril 2009