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 » Un homme d’État, c’est celui qui veut les conséquences de ce qu’il veut «  a écrit Régis Debray. Homme de pouvoir ou homme d’État ? La nuance est pourtant de taille, mais, s’il y’a un point sur lequel tout le monde est d’accord, c’est bien celui-là : il a le sens du chef.

« Que ceux qui font la guerre fassent la guerre ; que ceux qui font le commerce fassent le commerce, que ceux qui font l’agriculture fassent l’agriculture « .Voilà pour l’histoire, celle de son aïeul de légende, Soundiata, dont la fantastique saga, (elle continue naturellement sa longue traversée des siècles) est toujours racontée, célébrée avec emphase par cette prodigieuse caste de griots qui lui est restée fidèle. Mais dans ce beau partage des rôles encore en vigueur au Mandé, IBK, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a choisi –depuis quelques années déjà– de consacrer sa vie à la politique, rien que la politique.

A deux ans seulement de la fin du mandat présidentiel, de nombreux Maliens s’interrogent : le troisième essai du  » Kankélétigui «  aux préjugés si favorables sera-t-il enfin le bon ?  » La réponse appartient plus sûrement à Dieu, mais il apparaît sans aucun doute comme le meilleur candidat capable aux yeux d’une opinion désabusée, frustrée, trahie par les dix ans du pouvoir d’ATT, de donner à notre pays la véritable place qu’il mérite dans le concert des nations émergentes «  martèle un analyste visiblement très proche de cette personnalité tout aussi soucieux de la paix et de la stabilité politiques de notre pays.

Alpha, ATT, IBK et les nombreux cas de gabegie !

En effet, tout le monde se souvient que c’est grâce à sa remarquable sagesse qu’il avait permis en 2002— alors à la tête de la fameuse coalition Espoir 2002– au processus électoral d’arriver tranquillement à son terme. Car, nombreux sont les Maliens qui pensent encore dans leur  » intime conviction «  qu’il fut le grand gagnant du premier tour, mais que cette victoire lui a été inexplicablement arrachée. Mais çà, c’est désormais de l’histoire ancienne, car rien ne sert de réveiller ici les vieilles rancœurs longtemps assoupies.

Privé aujourd’hui de l’importante manne financière, qu’il possédait en 2002, plus la  » fuite des grandes âmes sèches du parti « IBK a-t-il réellement les chances de succéder à ATT ? Incontestablement, pour certains sceptiques radicaux, la réponse est évidemment non. Leur argument ? Alpha et ATT savent parfaitement bien tous les deux, que cet homme de poigne ne laissera jamais impunis les nombreux cas de gabegie et d’incurie économique ayant surtout caractérisé leurs régimes.

C’est pourquoi, devant l’état si  » pathétique «  de sa formation, de nombreux « démocrates «  c’est à dire ceux qui pensent réellement qu’un  » autre Mali est possible «  ne se font guère assez d’illusions sur l’extrême difficulté de son combat devant cette redoutable machine qui se mettra en marche, pour pulvériser la puissance de frappe du RPM une formation qui, en plus des avatars déjà existants, doit encore compter – et c’est cela le pire – avec les désertions, les doubles jeux, les ventes de soi et la grande braderie des convictions .

La solution aux yeux de ses partisans est de se remettre en cause et de repenser plus sérieusement à de nouvelles stratégies de conquête vers une victoire imparable en 2012. Cela passera -t-il par une indispensable alliance avec l’Adema ?

En tout cas, c’est d’ailleurs la seule possibilité qui pourrait s’offrir à IBK qui n’acceptera jamais-au regard de nombreux antécédents—, une fusion -piège et aux contours extrêmement flous avec l’Adema. Cela est d’autant moins opportun que certains de ses amis craignent de facto les dures et inévitables querelles de leadership qui seront inéluctablement fatales à la cohésion du groupe.

Soumaïla a-t-il gardé rancune contre IBK ?

Personnalité politique très charismatique, le modeste score réalisé sous son nom, lors des dernières élections présidentielles (ce ne fut d’ailleurs qu’un baroud), face à un président candidat à sa propre succession et aidé par une armada de partis, n’avait pas permis à l’opinion —ainsi mis devant le fait accompli — de mesurer toute la puissance de frappe du RPM et de son président.

La transformation du mouvement citoyen en un  » puissant «  parti politique pourrait véritablement changer la carte politique de notre pays. Mais une chose est sûre, même si l’on rééditait le terrible coup de 2002— comme il se dessine déjà sous nos yeux— les électeurs, dans leur majorité, sauront toujours faire la différence entre les élections de proximité qui sont éminemment locales et le choix d’un candidat à la magistrature suprême. Dans ce registre et comme chacun sait, les critères alors mis en avant par les électeurs dépassent toujours et très largement les simples calculs partisans.

Sera -t-il le meilleur pour battre le candidat de ATT ? En tous les cas, ce leader politique de premier ordre incarne aussi de nombreuses contradictions. En 2002, il était à la tête d’une puissante coalition qui assura au second tour une victoire électorale à ATT contre Soumaïla Cissé, le candidat officiel de l’Adema. La suite est abondamment connue. Le patron de l’URD avec lequel il a longtemps entretenu des inimitiés personnelles en a-t-il gardé rancune ? Personne ne vous le dira avec exactitude.

Les trois principales forces politiques de notre pays que sont l’Adema, l’URD, le RPM ont désormais un adversaire de Taille. Il s’agit du nouveau parti issu du mouvement citoyen cette  » grosse nébuleuse  » et dont la principale stratégie reposera sans nul doute sur le débauchage systématique -à l’image du très fantomatique CODEM—- de leurs militants. Dans un paysage politique et social caractérisé par un chômage endémique des jeunes pour lesquels tout ce qui brille est de l’or, il faut désormais prendre cette nouvelle formation très au sérieux. Nous vous dirons pourquoi dans nos prochaines parutions.

Bacary Camara !

Le Challenger du 14 Juin 2010.