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Konna libre, et après ?

Ibrahima Kampo, chef coutumier de Konna, commune libérée par l’armée française le 17 janvier dernier, évoque la reconstruction.

jpg_une-2304.jpg« Sud Ouest ». Le 10 janvier, la prise de Konna par les forces islamistes avait déclenché l’intervention de l’armée française. Dans quel état d’esprit sont à présent ses habitants ?

Ibrahima Kampo (1). Les Maliens sont très reconnaissants envers la France de les avoir délivrés, mais ils tiennent énormément à leur intégrité territoriale. L’armée malienne avait beaucoup résisté à l’avancée des islamistes. Les rebelles avaient enrôlé des Peuls et des Sonrhaïs en leur promettant que, quand les territoires seraient pris, ils deviendraient chefs ou qu’il n’y aurait plus de propriétaires des pâturages qui exigeraient des droits pour faire entrer les bêtes dans l’herbe. Ces forces rebelles ont été décimées. Dans les villages, on a vu passer des camions chargés de cadavres. Beaucoup de familles ont perdu de leurs membres, et à côté de Douentza (NDLR : au centre du, Mali, à l’est de Konna), il y a un village où la plupart des femmes sont désormais veuves.

L’argument utilisé par les rebelles était donc aussi économique ?

Il y a l’argument économique, et il y a l’argument religieux. L’islam est entré au Mali au IXe siècle par le Maroc. Nous connaissons mieux la religion que les islamistes. Au Mali, 90 % de la population est de confession musulmane, certes teintée d’animisme. Imposer le voile aux femmes ne va pas du tout avec notre façon de voir la vie. Les rebelles ont mis en avant l’argument religieux, mais je pense qu’il s’agissait de bandits de grand chemin en quête de territoire.

Quel est le bilan définitif de l’attaque de Konna en janvier dernier ?

Une dizaine de civils ont été tués. Le miracle est que les obus lancés sur Konna n’ont pas éclaté. Dans les mois qui ont suivi les affrontements, deux adultes et trois enfants sont décédés à cause d’obus restés sur le terrain. Pour ce qui concerne les destructions, l’armée française a visé deux endroits dans lesquels les rebelles s’étaient retranchés : la sous-préfecture et le débarcadère, unité de traitement de la pêche qui avait été inaugurée en 2011 par le président Amadou Toumani Touré. Ces deux endroits n’ont pas été reconstruits. La table ronde internationale qui a eu lieu en mai à Bruxelles a prévu de conditionner le déblocage d’une aide de 3 milliards d’euros à la tenue des élections. Les élections présidentielles ont eu lieu l’été dernier, et le premier tour des élections législatives se tiendra lundi prochain. J’espère que l’on va commencer à reconstruire le pays dès que l’on aura une Assemblée nationale, courant 2014. Il faudra aussi faire beaucoup d’efforts sur la décentralisation.

Souhaitez-vous vous impliquer ?

En effet, j’ai décidé de me présenter aux élections municipales. J’ai été maire de Konna de 2004 à 2009, sous le régime de Touré et nous avons obtenu l’électricité, l’adduction d’eau, le réseau de téléphonie mobile et le débarcadère. Ma crainte est que les aides soient mal gérées. Je veux tenter de mener à bien cette période de reconstruction. Une étape importante sera l’organisation, du 17 au 19 janvier 2014, d’un Festival pour la paix. La création d’un mémorial pour Damien Boiteux, premier soldat français mort le 11 janvier, sera officialisée à cette occasion. L’emplacement du mémorial est déjà réservé à l’entrée de Konna.

Recueilli par Emmanuelle Fère

Source : Sudouest.fr – Le 19 Novembre 2013

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(1) Invité du colloque international Chantier Sud-Nord, qui se tient à Biarritz depuis ce jour jusqu’à vendredi.