Partager

Il a été sollicité, accepté et sanctifié »qu’aucune guerre ne partira de Konna, mais aussi qu’aucune guerre ne dépassera Konna ». Toute violence guerrière s’y éteint inexorablement. Telle est la ferme conviction de toutes les populations de Konna, femmes, jeunes, hommes, des plus humbles aux plus vénérés ; élus municipaux, chef de village et notables en passant par les imams et marabouts locaux. Toute personne interrogée à Konna le certifiera avec assurance. Et pour cause…

« Il était une fois un village… » Cela commence comme un conte de fée. Cette croyance n’est pas une fable à Konna, mais bien une certitude. Il était donc une fois, il y a très longtemps de cela, disent les gens de Konna, un vieux et érudit bozo musulman fondateur du village. Après les premières constructions, il a longuement imploré la bonté divine Allah le Miséricordieux afin qu’il l’aide. Konna en langue bozo veut dire « aide-moi ».

L’ancêtre fondateur de Konna demanda à Allah une aide divine qui les protégerait lui et les siens de toutes agressions extérieures, en ces temps immémoriaux de conquête d’espace vital puisque lui-même n’avait aucune velléité d’expansion territoriale. Le sage bozo était tellement pieux qu’Allah Tout-Puissant accéda à sa requête.

Les empires médiévaux se succéderont. Konna acceptera la tutelle des différentes dynasties impériales. Konna payera son impôt quand il le fallait, mais Konna n’a jamais été, ne sera jamais défaite, envahie et assujettie par quelques puissances, quelques guerres que ce soient. Et si les colonnes des armées impériales mandingues, songhaïs, bamanans, peules d’Hamdallaye ou jihadistes omariennes se dirigeaient vers Konna, elles finissaient par la contourner, car les voyants et devins impériaux le conseillaient aux empereurs conquérants.

Mais si les chefs d’armée insistaient pour marcher sur Konna, alors la ville disparaissait de toute vue humaine et restait invisible jusqu’à l’épuisement total par la soif et la faim de l’ennemi égaré et affolé dans de vaines recherches de son emplacement. Et si par malheur une guerre de mouvement ou de surprise entrait dans Konna, elle finissait par s’éteindre par la défaite et l’anéantissement total des ennemis.

Ainsi l’on se souvient à Konna du grand respect qu’a eu le grand Sékou Ahmadou, empereur du Macina et de la Dina pour le leïdy (canton) de Konna malgré la farouche opposition qui régnait alors entre ces deux plus grands clans. Cette guéguerre de chefferie se prolongera jusqu’au moment des luttes d’indépendance par une bipartition entre pro-RDA et pro-PSP.

Puis vint la mode de clubs de jeunes. On était alors CFA ou Super à Konna. Des frictions de coexistence ont toujours chauffé Konna, mais à Konna, on a toujours su préserver la grande harmonie sociale et le pacifisme légendaire qui font d’elle un concentré du tout Mali où l’on parle facilement quatre, voire cinq des 13 langues nationales du pays (bozo, peul, bamanan, dogon et sonrhaï).

On se souvient de la bataille du métis bamanan-peul le grand Guéladjo contre les Bamanans de Korientzé pour les beaux yeux de sa belle dulcinée. Cette guerre montée à Konna a été menée hors de ses murs à Sédinké, autre village peul de la zone. Konna n’aime pas de guerre sur ses terres, et la divine baraka accordée du Ciel aux pères fondateurs l’en préserve et l’en protège.

Et ne voila-t-il pas qu’Allah dans son infinie bonté a maudit et poussé ses hordes sauvages de pillards et de violeurs vers Konna la bénie ?

Les nouvelles rapportent qu’au départ, lorsque les faux jihadistes apprirent à Gao et à Tombouctou que l’armée malienne renforçait ses positions à Konna et Sévaré, la décision d’attaquer le Mali par le village du saint bozo en vue des futures négociations fut envisagée. Mais le grand chef des envahisseurs après avoir consulté ses voyants aurait dit clairement que quelle que soit la décision de l’état-major, lui il n’ira jamais à Konna.

Un premier plan d’attaque élaboré ensuite prévoyait de contourner Konna et d’affronter les troupes maliennes de Sévaré-Mopti en prenant l’aéroport, coupant l’axe Bamako-Mopti et ainsi isolé et affamé la poche de Konna tomberait d’elle-même comme un fruit mûr.

Mais la malédiction divine sévissant contre les chefs bandits envahisseurs, ils modifieraient leurs plans initiaux et décidèrent non plus d’envelopper Mopti-Sévaré, mais de briser la tête de pont malienne de Konna qu’ils avaient estimé facilement prenable. Les coups de semonce tirés par les Maliens les lundi 7 et mardi 8 janvier contre les mouvements de leurs véhicules en patrouille de reconnaissance, ne firent que les réconforter dans leur aveuglement stratégique. Ils engageaient le vrai combat le mercredi 9 sur tous les fronts de Konna.

Quarante-huit heures de combat sans relâche entre les troupes maliennes regroupées à des points stratégiques aux abords de la ville (les postes de la sous-préfecture, les deux groupes scolaires à l’orée que nos soldats avaient évacués à la rentrée scolaire pour l’embarcadère du Padépêche, le nouveau port fluvial à peine finit de construction).

Des combats souvent au corps à corps comme le soldat technicien de l’orgue de Staline qui se battit contre plusieurs ennemis. Les Maliens sans renfort ont tenu tête à des vagues successives de mercenaires arabes et pakistanais qui ne cessait de se déverser sur Konna. Les Maliens sentant l’encerclement, durent se battre encore pendant deux heures de temps, de 13 h à 15 du jeudi 10, pour percer un repli vers le Sud.

Ils laissaient ainsi le terrain et la ville aux barbares. A 16 h les envahisseurs pillards envahirent la ville aux cris d’Allah Akbar ! Allah Akbar ! Occupèrent tous les sites stratégiques évacués par l’armée malienne. Ils s’apprêtaient à prendre leur aise et à vivre sans scrupule ni vergogne en pillant, violant, torturant les populations et en tuant plusieurs notables et religieux dont ils avaient dressé la liste.

Comme ils l’ont fait à Gao, à Tombouctou et à Kidal. Mais la baraka protectrice des pieux pères fondateurs bozos résonna de nouveau aux oreilles du Tout-Puissant et ce vendredi matin vers 10 h le déluge de feu et d’éclair plut du ciel sur les têtes des troupes de Satan massivement regroupées. La légendaire baraka de Konna sauva ainsi la ville, le Mali et le reste du monde.

Stratégie longtemps conçue et murie entre Français et Maliens ? Certains cadres rationalistes de Konna le pensent. Cette stratégie aurait consisté, bien avant les coups de semonce du lundi 7 janvier, à attirer et fixer à Konna le maximum de brigands pillards dans des sites longtemps repérés, ciblés et ensuite de les détruire systématiquement, massivement à coups précis de canons, de bombes, de roquettes, d’obus et de mitrailleuses, leur laissant peu de chance d’échappatoire.

La majorité des habitants de Konna pense par contre qu’en réalité, les démons barbus en entrant dans leur ville, ont provoqué le courroux de la baraka céleste protectrice de Konna qui agissant à distance sur les neurones des décideurs de Bamako et de Paris, les a amené à user de la force de frappe aérienne française pour éteindre le feu par le feu. Une preuve patente de cette croyance demeure que des dizaines, peut être de centaines de bombes de roquettes et d’obus tombés dans le village de Konna, tel ce monstre de 50 kg qui gît dans la poussière et le gravats dans le salon défoncé d’un nouveau marié, au centre ville, aucun d’eux n’a explosé dans Konna intra-muros.

Chaque jour on découvre encore dans le village un ou deux de ces engins intacts non éclatés. Et mieux, les pillards n’ont jamais pu rester plus de 19 h à Konna, leur supposé futur qg de conquête du Mali et de l’Afrique, qu’ils en étaient massacrés, expulsés, dans une débandade désespérante. Alors toujours sceptique à propos de la baraka divine protectrice de Konna et alliés ?

Les faux jihadistes hurlaient à longueur de journée des versets sataniques et forniquaient le soir avec des esclaves sexuels. Mais à Konna Allah entend mieux les prières des vieux sages musulmans bozos défunts ou vivants. Ainsi croit-on dur comme fer à Konna. Konna, le tombeau des faux barbus.

Mandé Alpha

(depuis Konna)

Les Echos du 19 Février 2013