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A la fois craint et respecté, Tiéba Coulibaly fut un président exemplaire au Djoliba AC. Passionné de football, acceptant la victoire et la défaite avec le même fair-play, il était strict sur l’hygiène de vie de ses protégés. Cheickna Traoré dit Kolo, un des rescapés de l’épopée du Djoliba s’en souvient.

« Les présidents de club de la carrure de Tiéba Coulibaly (paix à son âme) sont rares. Il était pour nous un père et aimait l’équipe plus que nous. C’est pourquoi on acceptait tout de lui, même ses claques lorsqu’on ne jouait pas bien ou en cas de mauvaise conduite dans notre vie de sportif ».

Ces jugements sont de Cheickna Traoré dit Kolo, âgé de 68 ans défenseur de carrière et qui fut capitaine du Djoliba AC pendant huit années. Il est aussi un ancien de l’équipe nationale avec qui il a joué la finale de « Yaoundé-72 ». Il n’a pas totalement abandonné le monde du football puisqu’il préside aux destinées de l’Amicale des anciens footballeurs du Mali.

En nous recevant dans ses bureaux à Darsalam où il gère sa propre entreprise de transport routier en plus de ses activités au sein de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), M. Traoré a de prime abord opposé un niet catégorique à notre sollicitation. Car, expliquera-t-il, il a des aînés comme Abdoulaye Diawara dit Blocus qu’il a trouvé au Djoliba et qui est censé mieux connaître Tiéba.

Seule notre insistance viendra à bout de Kolo, qui finira par avouer que Tiéba régnait en bon père de famille à la tête du Djoliba. Il veillait même sur la vie privée des joueurs. « Il envoyait souvent des gens s’enquérir des nouvelles d’un joueur pour savoir s’il dormait suffisamment ou s’il ne faisait pas de virées nocturnes. Le coupable se faisait taper sur les doigts », témoigne Kolo.

« Mais malgré tout, Tiéba était respecté et craint dans le club. Ce sont les joueurs eux-mêmes qui se sacrifiaient pour se payer des crampons qui n’étaient plus d’usage ou des maillots d’entraînement sans rechigner. Ils n’étaient pas rétribués et ne recevaient de primes en cas de victoire », ajoute Kolo.


Les clubs sont devenus des marchés

De l’avis de Kolo, les clubs de football sont devenus de nos jour de vastes marchés où il faut vendre des joueurs à des prix faramineux et où des joueurs n’acceptent plus de mouiller le maillot sans un minimum de conditions matérielles.

Le dévouement des joueurs à Tiéba est dû simplement à la passion de l’homme pour le sport roi et surtout son sacrifice pour le club. Pour Kolo, ce sont les dirigeants, sous la conduite de Tiéba qui se cotisaient pour entretenir le terrain, payer certains équipements sportifs surtout qu’à l’époque, les équipes ne recevaient aucune subvention de la Fédération malienne de football.

« A notre retour de la Can Yaoundé-72 où nous avons été finalistes malheureux, l’Etat a donné comme récompense à chaque joueur une mobylette Camico et 35 000 francs maliens », affirme Kolo qui n’affiche point de regret.

Et d’ajouter qu’à cette même phase finale de « Yaoundé-72 » il a eu quatre côtes cassées lorsqu’il voulait empêcher un attaquant togolais de marquer face à Mamadou Kéita dit Capi, lors des demi-finales, ce qui ne l’a pas empêché de poursuivre la compétition.

Sans avoir la prétention d’engager un conflit de génération, Kolo pense qu’à leur époque, le patriotisme et le don de soi primaient sur toute autre considération. L’amour du ballon rond et le souci de bien accomplir son devoir caractérisaient dirigeants sportifs et joueurs. Les supporters étaient animés de la même foi, ajoute-t-il.


Abdrahamane Dicko

18 Juillet 2008