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Au lendemain de la signature du Protocole d’entente de Tripoli, les bandits armés accusent l’armée basée à Kidal d’avoir assassiné un officier et un civil touaregs, de déployer des renforts en différents secteurs de la région, tandis qu’au plan diplomatique, les relations entre Bamako et Alger prennent un coup de froid, le pays de Bouteflika ayant décidé de surseoir à sa médiation.

Dans une déclaration datée du 12 avril et diffusée dans son intégralité sur son site Internet par l’Agence nationale d’information de Mauritanie (ANI mauritanie.com) les bandits armés de la région de Kidal, qui s’abritent derrière une prétendue  »alliance touareg nord Mali pour le changement » (ATNMC) accusent l’armée malienne, basée à Kidal, d’avoir assassiné un commandant touareg, Barka Ag Belkheir et un civil également touareg, Mohamed Ag Mossa, dans la nuit du 10 avril.

Les deux hommes auraient été abattus par sept militaires, dirigés par un capitaine, qui tiennent un check point à la sortie de la ville de Kidal. Selon la déclaration des bandits armés, ils ont  »perdu l’esprit et la raison et sauvagement assassiné Barka Ag Belkheir, alors que ce dernier leur présentait son ordre de mission, ainsi que son compagnon Mohamed Ag Mossa ».

La déclaration des bandits armés ajoute :  »pris de peur de devenir les prochaines victimes de l’armée, tous les officiers touaregs et combattants qui, jusque-là, étaient restés à Kidal, malgré la reprise des hostilités, quittent la ville, avec à leur tête un officier supérieur touareg, le colonel Bah Ag Mossa. La terreur s’empare des habitants de la ville de Kidal. Et nombre de familles fuient la ville dans la précipitation et la panique. Après ce viol flagrant du protocole d’entente signé à Tripoli, l’espoir de paix est désormais bien mince. Comme si tous les coups étaient permis pour détruire le moindre espoir de paix ».

Selon les bandits armés, c’est le gouvernement malien qui met en péril le protocole d’entente de Tripoli. Celui-ci  »prévoyait un cessez-le-feu suivi de l’allègement du dispositif de l’armée malienne dans la région de Kidal, suivant un calendrier de mise en œuvre et de la libération de prisonniers militaires ». Mais, une fois le protocole signé, la partie gouvernementale refuse de poursuivre toute discussion sur son contenu et de proposer un calendrier d’allègement. Les deux délégations se sont quittées à Tripoli sans même avoir fixé de date pour une prochaine rencontre…

Selon des personnes qui suivent de près l’évolution de la situation dans cette partie du pays, il n’est pas non plus exclu que le commandant Ag Belkheir et son compagnon civil aient été tués par Bahanga et ses hommes pour faire peur aux intégrés touaregs et les amener à déserter les forces armées et de sécurité et venir grossir le camp de l’irrédentisme.

Par ailleurs, le porte-parole de la soi-disant ATNMC, Hama Ag Sid Ahmed, a révélé au journal algérien El Watan, dans son édition du 10 avril, que plutôt que de procéder à un allègement de son dispositif dans la région de Kidal, conformément au Protocole d’entente de Tripoli, l’armée malienne le renforce au contraire.
Ainsi, un bataillon a quitté Gao, en direction de Kidal et Tessalit, pendant qu’un autre se dirige vers Ménaka  »pour stationner dans les environs de Tin Essako » (Ndrl : localité de naissance de Ibrahim Ag Bahanga, le chef des bandits armés). Au même moment, à croire toujours Hama Ag Sid Ahmed,  »une autre patrouille se prépare à quitter Kidal pour Tinzawaten ».

Le journal algérien, citant le même personnage, écrit :  »l’étau se resserre sur la rébellion touareg malienne qui en appelle à l’Algérie pour  »éviter le pire, tous les ingrédients étant réunis par les autorités maliennes pour mener plusieurs opérations sur le terrain et provoquer l’exode des populations vers les pays limitrophes ». Ici, allusion semble faite aux hélicoptères entrés pour la toute première fois en action début avril, ainsi que les moyens de transports de troupes parfaitement adaptés au désert, lesquels ont procuré un net avantage à l’armée.

Toutes choses qui font dire à Hama Ag Sid Ahmed que  »les militaires maliens n’ont pas un esprit républicain de protection mais de répression » et que  »les prochains jours seront décisifs »… Avec l’envoi de 260 militaires, dont 100 bérets rouges, assure t-il  »nous sommes dans une perspective de provocation et de remise en cause du cessez-le-feu. Avant de conclure en soutenant qu »’Alger est la capitale incontournable pour un vrai règlement de la question dans l’esprit de l’Accord d’Alger de juillet 2006 ».

Or il se trouve que, précisément, l’Algérie vient de faire savoir au gouvernement du Mali qu’elle  »surseoit à (sa) médiation dans le dossier de Kidal » alléguant de  »la teneur très inamicale des articles d’un journal malien très proche du pouvoir malien » selon lequel  »des officiers algériens profitent de la situation dans le nord Mali ».

En réaction, le président ATT, qui a reçu l’ambassadeur algérien à Bamako, Abdelkrim Gheraïeb, a décidé d’envoyer le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Moctar Ouane, auprès du président Abdelaziz Bouteflika, pour lui donner  »l’assurance qu’il n’a jamais été dans l’intention du Mali de poser un acte discourtois ou inamical à l’endroit de nos frères algériens ».

Hors des allées du pouvoir, on observe, depuis un certain temps, une exaspération grandissante dans l’opinion malienne contre l’appui réel ou supposé qu’apporterait l’Algérie aux bandits armés dans leur entreprise de déstabilisation d’une partie du nord Mali. Beaucoup de nos compatriotes croient, en effet, que l’équipement militaire et la logistique utilisés par les faux rebelles et vrais traîtres à la patrie que sont Bahanga et sa poignée de criminels proviennent de notre grand voisin du nord qui leur sert en même temps de base arrière.

Et ils disent d’autant moins comprendre cette attitude très peu amicale de l’Algérie que le Mali de Modibo Kéïta a servi de pays de transit pour la livraison d’armes et de base de repli pour les combattants du FLN dans leur quête pour la libération de leur pays de l’emprise coloniale française.

Saouti Labass HAIDARA

14 avril 2008.