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La Mission intégrée des nations unies pour la stabilisation du Mali (Minusma) est appelée à relayer les forces françaises de l’opération Serval qui se retirent de la ville de Kidal. Qu’attendre de ce changement de main sur le processus de normalisation de cette ville, sachant que les soldats de ladite Minusma, se sont jusqu’ici montrés incapables de juguler le moindre incident survenu dans cette partie de notre pays ? Ceux-ci demeurent donc pour la plupart de nos concitoyens des « touristes en uniforme » comme le sociologue Hamidou Magassa, l’a si bien formulé dans l’article de Francis Simonis paru le 10 janvier sur le site Rue89.nouvelobs.com. Des bamakois se prononcent sur cet épineux sujet!

Mme Farima Kéïta, vendeuse de jus de bissap: «Ces rebelles ne sont pas des gens sérieux»

jpg_une-2538.jpgJe pense sincèrement que la Minusma ne peut pas remplacer les forces françaises. Le président français a accepté que ses troupes interviennent chez nous, il devrait donc aller au bout de la mission. Nous apprécions vraiment le travail réalisé par les militaires français sur le terrain mais lorsqu’on porte secours à quelqu’un, on doit donner le meilleur de soi-même pour le satisfaire. Nous aurions donc souhaité qu’ils restent un peu plus longtemps pour sécuriser Kidal. C’est vrai, nos propres militaires aussi ne déméritent pas mais cette crise est trop profonde pour eux seuls.

De l’indépendance à nos jours, ce problème de séparation nous vient toujours du côté de Kidal. Pour moi, cette situation de crise a trop duré dans cette ville.

C’est pourquoi il faut espérer une issue heureuse autrement la guerre sera inévitable pour débarrasser le pays des bandits. Nous sommes en négociation qui n’aboutissent à rien depuis des années. Ces groupes armés sont constitués de personnes de mauvaise foi qui ne sont animées que d’idées belliqueuses. Ce ne sont pas des gens sérieux.

Mme Tounkara Awa Camara, sage-femme de son état : «Nous pensions que les choses allaient s’arranger avec l’élection d’IBK mais jusqu’à présent, rien n’a changé.»

La Minusma n’a pas les mêmes moyens matériels que les forces françaises. C’est pourquoi, je pense qu’il sera difficile pour ses troupes d’assurer convenablement la mission de sécurisation de Kidal. Nous sommes à une étape où il faut traquer ces groupes rebelles soient désarmés.

Le gouvernement doit collaborer avec les nations unies afin que le cantonnement des groupes rebelles puisse se faire. Nous pensions que les choses allaient s’arranger avec l’élection d’IBK mais jusqu’à présent, rien n’a changé. Peut-être que la situation est plus complexe qu’on ne le pense.

Cependant, ce qui est sûr, c’est que la négociation n’est pas la solution. Ces rebelles sont habitués au fait que dès qu’ils prennent les armes, les autorités leur donne de l’argent. Ils disparaissent alors pour revenir au bout de quelques années. Ce n’est qu’une grande offensive militaire qui peut mettre un terme à cette situation.

jpg_une-2539.jpgMme Mah Sidibé, exploitante de sable et gravier: «Les français ne sont pas plus capables que les africains»

Avec une bonne volonté, la Minusma peut belle et bien remplacer Serval car les français ne sont pas plus capables que les africains. Nous avons été les premiers à assister les occidentaux lorsqu’ils étaient en guerre. Ce sont les moyens techniques qui font la différence, or la Minusma relève des nations unies. C’est donc l’occasion pour nous, africains, de s’entraider.

Le fait que le cantonnement des groupes armés n’ait pas encore eu lieu me fait très mal au cœur. Je suis aujourd’hui profondément choquée de cette situation. Kidal doit rester sous l’autorité malienne. Il faut donc que nous nous levions pour faire barrage au projet de partition des rebelles. Ça fait plus de vingt ans que cette situation perdure à Kidal.

Mme Assan Sidibé à Torokorobougou : «La France a pêché par le fait qu’elle n’a pas désarmé les groupes rebelles»

jpg_une-2540.jpgMa vision est que la Mismusma peut bien sécuriser Kidal, à condition qu’elle se prenne au sérieux. Elle doit assurer sa mission en toute honnêteté. Au cas où elle s’avère incapable de le faire, le Mali doit chercher d’autres alliés. Il y a des pays qui peuvent nous aider réellement à sortir de cette crise. La France elle-même a pêché par le fait qu’elle n’a pas désarmé les groupes rebelles.

Nous pensions pourtant que c’était sa mission.

Cela me fait mal d’entendre que ceux-ci se baladent toujours à Kidal avec des armes, en terrorisant la population. Il faut les désarmer et les cantonner sinon la sécurité que nous recherchons ne sera jamais effective. Ils peuvent se disperser dans le désert pour procéder à des actions subversives.

Les autorités maliennes doivent s’assumer.

Ce que nous demandons, c’est de s’assoir pour négocier. Si cette option ne permet pas de maintenir l’intégrité du territoire, nous devons nous résoudre à faire ce qui est nécessaire, c’est-à-dire utiliser la force. Nous nous en sortirons, s’il plait à Dieu.

Un anonyme : «Minusma ou Serval, tous doivent s’en aller! »

Je me garde bien de dévoiler mon identité…

Mon avis est que qu’il s’agisse de la Minusma ou de Serval, tous ces militaires doivent s’en aller afin que nous soyons tranquilles. Cela nous permettra de bien tester notre capacité de défense. Il faut que nos militaires aient la main libre sur la défense du territoire national, notamment au Nord.

Le désarmement et le cantonnement des groupes rebelles vont nécessiter une entente avec le gouvernement. C’est pourquoi, il faut accepter d’aller à la négociation.

Mama Niangadou, commerçant à Magnambougou : «Il n’y a plus de négociation»

Les autorités maliennes doivent comprendre qu’il n’y a plus de temps à perdre pour des négociations sur le problème de Kidal. Ces djihadistes ne sont pas des gens avec lesquels il faut négocier. Cette rébellion subsiste depuis plusieurs décennies. Chaque fois, on négocie et ils disparaissent un moment pour revenir plus tard. On les a habitués à des accords qui ne sont jamais parvenus à éteindre leur soif d’indépendance. Tous les présidents du Mali ont essayé de les ramener à la raison.

Pour en finir une bonne fois pour toute, il faut essayer un autre moyen que la négociation. Il y a des gens à Kayes et même à Bamako qui vivent dans les mêmes conditions précaires que ceux de Kidal et autres.

jpg_une-2541.jpgMme Diarra Awa Konaté, retraitée : «Le problème de Kidal commence sérieusement à nous agacer»

Le problème de Kidal commence vraiment à nous agacer!
Si les négociations n’aboutissent pas, on ne peut pas écarter l’action militaire pour neutraliser totalement ces bandits armés! Le problème est vraiment complexe car il y a des personnes qui ne souhaiteraient pas que cette crise finisse, y compris à Bamako.

Il faut que nous prenions cette situation au sérieux. Que ce soit la Minusma ou l’armée malienne, il faut que l’ordre et la sécurité soient rétablis à Kidal. Dans l’accord de Ouagadougou, on parle de cantonnement des groupes armés, mais je pense que le seul cantonnement n’est pas la solution au problème. On a malheureusement vu maints accords qui n’ont pas été respectés par ces aventuriers…

jpg_une-2555.jpgMme Sirantou Tounkara : «A propos du désarmement des rebelles, il y a anguilles sous roche»

Au regard de la situation sécuritaire qui est encore précaire, j’aurais voulu que les forces françaises assistent encore la Minusma pour quelques mois. Elles ont vraiment été efficaces dans l’éradication de l’avancée des terroristes au Mali. Si elles décident de partir, nous ne pouvons qu’en prendre acte et espérer que la Minusma, qui doit assurer la relève, soit efficace.

A propos du désarmement des rebelles, les français ne devraient pas faillir. Sur cette question, je pense qu’il y a anguilles sous roche. Les autorités maliennes doivent dire à la population si réellement Kidal appartient toujours au Mali ou si la région a déjà été cédée comme on le dit dans la rue. Des rumeurs qu’on entend sans arrêt indiquent que Kidal a été vendu. Quand est-il exactement ? C’est la question que je me pose ! Nous sommes vraiment désorientés.

Propos recueillis par Seydou Coulibaly et

Cheick Larab Diarra

© AFRIBONE

Le 17 Janvier 2014