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Elle aura fait couler beaucoup d’encre et de salive et ce n’est pas encore fini. L’exécution des envoyés spéciaux de RFI à Kidal, dans des conditions pas encore totalement cernées, a véritablement choqué les Maliens si fiers de leur « jatigiya » et combien blessés dans leur amour-propre par rapport à la situation inqualifiable de Kidal.

Par un jeu de questions réponses, auquel je me livre depuis ce triste samedi, j’estime que les assassins des deux journalistes français sont à rechercher du côté des groupes armés opérationnels à Kidal, c’est-à-dire les « sous-traitants » d’Aqmi.

Flash-back. Depuis l’affaire des deux otages autrichiens, en 2003, le « marché des otages occidentaux » a eu une expansion exponentielle avec une offre publique d’achat d’Aqmi. Résultat, 12 citoyens occidentaux ont été enlevés et « vendus » à ce groupe terroriste entre 2008 et 2009 par ces « sous-traitants » qui ont pignon sur rue à Kidal et environs.

Les « sous-traitants » ne sont autres que ces criminels « marchands d’hommes », donc complices d’Aqmi, qui gravitent autour des différends groupes armés, notamment l’aile dure du MNLA et Ançar Eddine dans un exercice de recyclage permanent selon les événements.

Cela est un secret de polichinelle, Aqmi achète, la vente est physique et non virtuelle, l’argent est payé cash, d’où la connexion formelle entre le vendeur et l’acheteur. Les kidnappeurs ou assassins, c’est selon, ont certainement répondu au qui, où, quand, comment et pourquoi ?

– Qui = deux civils français, donc des proies faciles et précieuses, car journalistes.

– Où = chez Ambery Ag Rhissa, représentant local du MNLA à Kidal, donc un endroit tranquille.

– Quand = l’heure de la fin de la visite, que les ravisseurs devaient connaître
au préalable.

– Comment = un banal pick-up beige pouvant circuler sans éveiller de soupçons dans la ville.

– Pourquoi = « monnayer » les deux Français auprès de la katiba d’Abdelkrim Al Targui.

Les kidnappeurs/assassins ont donc certainement bénéficié de renseignements précieux et ils n’éveillaient aucun soupçon par rapport à leur mobilité dans la ville de Kidal. Contrairement à certains milieux, je ne crois pas au communiqué d’Aqmi qui revendique le rapt et l’exécution de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon. Un communiqué qui parle « des musulmans de l’Azawad », une terminologie nouvelle jamais utilisée par le réseau terroriste.

Et par ce communiqué, Aqmi, qui s’arroge la paternité de ces assassinats, cherche à se valoriser en faisant croire qu’il est encore opérationnel. Il a malheureusement réussi son coup médiatique, car depuis le 6 novembre, il occupe la « une » des médias occidentaux en général, et français en particulier.

Si c’était une vengeance planifiée contre la France comme le stipule son communiqué tardif, Aqmi aurait tué les deux cibles sur place et non cherché à les amener hors de la ville pour le faire avec de gros risques. Aqmi a toujours préféré avoir des otages en vie et non morts. Aqmi n’a pas un agenda politique qui nécessite le sabotage de la tenue des élections législatives au Mali.

Pourquoi les kidnappeurs/assassins n’étaient pas hostiles à Ambery Ag Rhissa à travers ses propres dires, sachant qu’il les avait vus et pouvait les reconnaître ? Ce qui m’amène à me demander comment le MNLA, qui est incapable de sécuriser le domicile de son représentant local, peut prétendre sécuriser toute la région de Kidal qui fait plus de 260 000 km2 ?

Les autorités françaises doivent éviter une énième manipulation. Pour la mémoire de toutes les victimes et pour rester en phase avec nos consciences, l’heure de la mobilisation a sonné pour le triomphe de la vérité et de la justice.

Pendant que les casques bleus des Nations unies viennent d’aider l’armée congolaise à neutraliser le M-23 en RDC, il serait inconcevable et inéquitable qu’on puisse accepter que des groupes armés (MNLA, HCUA, MAA) puissent dicter leur loi sur un territoire qui fait la moitié de la France.

Dans nos prochaines chroniques, nous allons nous appesantir sur les « autoproclamés » spécialistes du Mali et du Sahel, Abdelkrim Al Targui, l’émir de la katiba Al-Ansar avec ses connexions, ainsi qu’à la connexion MNLA-Aqmi et les conseillers de Nicolas Sarkozy.

Maliden

(Le Faucon)

12 Novembre 2013