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« Ce qui se passe à Kidal est inadmissible, car rien ne le justifie ».

Tel est, en quelque sorte, résumé le ras-le-bol du Collectif des ressortissants du Nord présidé par Dr Almouzar Maïga, un des compagnons du président feu Modibo Kéïta, figure emblématique de l’US-RDA.

Pour ce meeting de dénonciation et de proposition de sortie de crise, une minute de silence a été observée au nom de toutes les victimes des actes crapuleux d’Ibrahim Banhanga et consorts. Un acte que l’ancien Premier ministre, Mohamed Ag Hamani, modérateur du meeting, a qualifié de «  virus de l’Adrar des Iforas « .

Pour le Collectif, les troubles que connaît le Mali dans sa partie septentrionale avec morts d’hommes, prises d’otage, pose de mines anti-personnel, destruction et enlèvement des biens et matériels, bref un banditisme en tout genre, ne sont occasionnées que par des « apatrides », une poignée d’individus qui veulent prendre le pays en otage avec des propositions irréalistes soutenues par la soif de l’argent facile, découlant des trafics de toutes sortes (drogues, alcool, armes, produits de contrebande et de contrefaçon).

En conséquence, le Collectif des ressortissants du nord a lancé un appel aux autorités maliennes, aux différentes communautés, aux partis politiques, aux organisations de la société civile et à leurs frères Kidalois épris de paix, à s’engager résolument pour trouver rapidement une solution durable à ce douloureux problème qui compromet le développement du pays en général et en particulier, celui des régions du nord.

Après avoir fait la genèse des différentes crises du nord de 1960 à nos jours qui ont sérieusement entamé le tissu social malien, le Collectif n’a pas manqué de formuler quelques propositions pour la recherche d’une solution définitive et durable à la crise dans la région de Kidal. Ces propositions s’articulent autour de deux grands points qui définissent les rôles à jouer par la société civile, d’une part et d’autre part, par le gouvernement.

Pour ce qui concerne la société civile, le Collectif des ressortissants du nord estime qu’elle doit s’engager dans une campagne d’information et de sensibilisation des citoyens afin d’éviter l’amalgame dans la gestion de la crise. Pour cela, le Collectif indique qu' »un accent particulier doit être mis sur le rôle des communicateurs traditionnels ».

S’agissant des suggestions et des recommandations faites au gouvernement de la République, le Collectif a dégagé quatre axes principaux sur lesquels l’on doit s’appuyer dans le cadre de la recherche d’une solution rapide et durable aux problèmes. Il se déclinent en plans social, militaire et sécuritaire, économique et politique.

Pour ce qui est du plan social, il s’agit de mettre tout en œuvre pour obtenir la libération des otages et prévenir de nouvelles prises d’otages, assurer le ravitaillement rapide et pérenne des populations de Kidal en vivres et, enfin, assurer l’information des populations sur la situation sécuritaire en temps réel.

Non au retrait de l’Armée

Au plan militaire et sécuritaire, il s’agit de rejeter toute idée d’allègement du dispositif militaire dans le Nord tant que la situation l’exigera, de mettre l’armée dans toutes les conditions afin qu’elle puisse assurer la défense et la sécurité du territoire national et, enfin, de prendre toutes les dispositions pour déminer toutes les zones d’insécurité afin de permettre la libre circulation des personnes et des biens.

Ce n’est pas tout. Le Collectif des ressortissants du nord estime également qu’il faut appliquer, dans toute sa rigueur, la réglementation militaire aux déserteurs, aux criminels et aux auteurs de tous les actes de banditisme, tout en développant un mécanisme permanent de désarmement des groupes armés non étatiques. S’y ajoute l’organisation d’une Commission de médiation des notabilités des régions de Kidal, Gao, Tombouctou et Mopti auprès des groupes armés non étatiques.

Au plan économique, le Collectif estime qu’il faut mettre en œuvre les projets et programmes de développements prévus dans le Pacte national du 11 avril 1992, en particulier ceux relatifs au désenclavement de la région de Kidal, notamment la réalisation de la route Kidal-Gao et de l’aéroport de Kidal. Le développement d’un cadre annuel de concertation et de suivi-évaluation des différents programmes et projets de développement au niveau régional et subrégional fait également partie des propositions du Collectif au plan économique. Sans oublier la redynamisation des structures de contrôle des actions programmées à caractère régional et national.

Au plan politique, le Collectif recommande de faire du Pacte national et de l’Accord d’Alger des cadres privilégiés de référence dans la recherche de la paix et de la stabilité dans les régions concernées, d’engager un plaidoyer auprès des partis politiques afin qu’ils contribuent à la recherche de solution et de susciter l’implication des pays voisins dans la prévention et la gestion de l’insécurité transfrontalière. Enfin, une motion de soutien a été adressée au président de la République, Amadou Toumani Touré et au gouvernement dirigé par Modibo Sidibé

Au cours du meeting, plusieurs personnalités des différentes associations (Conseil de la société civile, Mouvement des femmes pour la sauvegarde de la paix et de l’unité nationale, Haut conseil islamique et communicateurs traditionnels…) ont pris, tour à tour, la parole pour dénoncer, à leur manière, la crise au nord. D’aucuns n’ont pas hésité à demander au gouvernement de lancer un mandat d’arrêt international contre Ibrahim Banhanga et Hassan Fagaga.

Alassane DIARRA

L’Indépendant du 26 mai 2008