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La grande offensive de l’armée dans le nord du Mali est en passe de devenir une réussite totale et complète. A Kidal, le retour des combattants des mouvements se prépare. Reportage de notre envoyé spécial.

En effet, mardi dernier, la hiérarchie militaire, dans un communiqué rendu public, annonçait que toutes les bases utilisées par les insurgés étaient prises. Il s’agit en réalité des bases principales dont se sont servis les différents groupes armés à partir de 2000 et les mouvements armés de la rébellion des années 1990.

Quant au chef de l’Alliance touarègue du nord Mali pour le changement (ATNMC), Ibrahim Ag Bahanga, il serait à la frontière entre l’Algérie et la Libye, aux alentours de la ville frontalière algérienne de Djanet qu’il a pu rejoindre avec une trentaine d’hommes répartis dans cinq véhicules 4×4.

Selon certaines sources, il aurait essuyé un refus catégorique à sa demande d’exil en Libye et aurait été déclaré indésirable par les autorités algériennes sur leur territoire. L’homme serait donc aux abois. Situation très inconfortable d’autant plus que, hormis la poignée d’individus qui l’ont suivi dans sa fuite, il serait plus que jamais esseulé et isolé.

Après un dernier coup de main qui lui a permis de se soustraire à la traque des forces armées et de sécurité, les camarades de Bahanga veulent intégrer le processus de paix. Il faut dire qu’ils avaient peu de choix et ont répondu favorablement aux exigences des chefs de commandement opérationnel sur le terrain.

Notamment El Hadj Gamou et Mohamed Ould Meïdou, qui avaient demandé à tous les combattants désireux d’être désarmés et cantonnés de dégager le théâtre des opérations et de rejoindre les abords de la ville de Kidal. Aujourd’hui la quasi-totalité des groupes armés ont obtempéré.

Dimanche prochain, en principe, ils devraient faire leur entrée dans la capitale des Ifoghas et être accueillis au cours d’une cérémonie solennelle. Mais si certains éléments comme ceux de l’Alliance pour la démocratie et le changement (ADC) pourraient entrer avec armes et matériels, il n’en serait pas question pour ceux de l’ATNMC qui ont rejoint, la semaine dernière, le lieu de ralliement à une quarantaine de kilomètres de la ville de Kidal.

De sources concordantes, c’est en ces lieux même qu’ils seront désarmés et dépossédés de tout matériel militaire avant d’être autorisés à rentrer en ville. Ils semblent payer ainsi leur longue allégeance à Ibrahim Ag Bahanga.

Cependant, subsistent certaines questions qui sont sur plusieurs lèvres, du côté des populations comme de celui des militaires : qui est ADC, qui n’est pas ATNMC ?


Qui est ADC, qui n’est pas ATNMC ?

L’ADC a été officiellement déclarée pour représenter les insurgés du 23 mai 2006, lors des négociations menées sous l’égide de l’Algérie entre eux et le gouvernement malien. Négociations qui ont abouti à la signature de l’Accord de paix signé à Alger en juillet 2006. Quelques jours plus tard, un groupe de dissidents, estimant que l’Accord dit d’Alger était peu favorable aux insurgés et tardait à être mis en œuvre par les autorités maliennes, créèrent l’ATNMC.

Ces dissidents étaient conduits par le lieutenant-colonel Hassan Fagaga et son cousin Ibrahim Ag Bahanga, lesquels s’empressèrent d’ajouter de nouvelles revendications, maximalistes, comme le retrait de l’armée du nord du pays.

L’histoire a démontré plus tard que ces revendications répondaient plus à des intérêts personnels et individuels qu’à un souci de développement de la région. Devant la volonté des autorités de ne pas céder sur ce point précis, s’en est suivi une longue période d’affrontements entre les insurgés et les forces armées et de sécurité.

L’armée s’étant longtemps cantonnée à subir le harcèlement de groupes armés, dans un rôle plutôt défensif. En réalité, pendant tout ce temps, et l’armée et les populations avaient du mal à faire une réelle différence entre ADC et ATNMC. Certains parlaient de dissidences au sein des deux alliances pendant que d’autres avançaient la thèse de groupes autonomes occasionnellement utilisés par Bahanga pour des opérations ponctuelles.

La seule certitude était les attaques contre les positions et les convois militaires et les exactions contre les civils. L’armée ne sachant pas qui viser, s’était toujours abstenue de contre attaquer. Jusqu’à l’attaque de la garnison militaire de Nampala, située dans la région administrative de Ségou (tout comme Diabaly, également prise pour cible) donc loin du territoire dont le non développement a été pris comme prétexte par les insurgés pour déclencher les hostilités.

C’est seulement à ce moment que la hiérarchie militaire et les autorités politiques ont décidé de lancer la grande offensive, en cours, contre toutes les positions des groupes armés, avec pour but ultime de prendre toutes leurs bases et de les mettre hors d’état de nuire.

Le dénouement rapide et heureux de la situation –fuite de Bahanga, regroupement des bandes armées près de Kidal et démantèlement des bases –prouve que si Bahanga a pu résister pendant tout ce temps et se soustraire aux recherches de l’armée, c’est parce qu’il bénéficiait de l’aide, active ou passive, de divers autres groupes armés, y compris de l’ADC, et de certaines couches de la population de Kidal, ainsi que certaines personnes qui se disaient attachées au processus de paix, et qui ont toujours fustigé en public les agissements du chef de l’ATNMC.

En effet, une fois lâché par tous, sans pour autant être livré alors que c’était possible, l’armée n’a eu aucune difficulté à le mettre en fuite. Aujourd’hui donc plusieurs réserves sont émises quant à la sincérité du retour de certains insurgés qui sont reconnus pour avoir apporté aide, soutien et caution à Bahanga.

Ils sont soupçonnés d’être les vrais auteurs de certaines attaques imputées au chef de bande. Ainsi, selon plusieurs témoignages, les épisodes de Diabaly, Nampala, Bouréissa, etc. se sont déroulés sans que Bahanga en soit seulement informé. Reste au gouvernement, surtout à la hiérarchie militaire, de s’assurer de la meilleure gestion possible de ce retour.

Cheick Tandina

Envoyé spécial à Kidal

12 février 2009