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Vendredi dernier, à Kidal, et le lendemain à Tessalit, plusieurs centaines d’éléments de l’ADC ont déposé les armes et ont été mis à la disposition des autorités. Demain il devrait en être autant pour plusieurs autres centaines. Tout est-il fin prêt ?

Reportage de notre envoyé spécial à Kidal.

Au début 50 déserteurs devaient déposer les armes, ensuite 3 ont été ajoutés à la liste. A Adjohan, lieu de la démobilisation il y avait 32 présents et 21 absents. L’armement rendu: 3 FM, mortier, 4 LRAC, 3 PKM, 3 FM, 4 FSA, 2 carabines tchèques, 13 PM
4 obus, 1 roquette, 70 cartouches 12,7, plusieurs caissettes de munitions, 1 véhicule Toyota. Parmi les déserteurs, il ya 28 gardes, 8 éléments sans armes.

Demain, à Kidal, des centaines de combattants de l’Alliance pour la démocratie et le changement (ADC) devront être désarmés et cantonnés. En prenant cette décision de plein gré, ils entendent revenir dans le processus de paix dessiné dans l’Accord d’Alger. Serait-ce l’épilogue du feuilleton ou la fin d’un de ses épilogues ? L’avenir le dira. En attendant, d’autres combattants ont déjà décidé de rentrer dans les rangs.

Vendredi dernier, à Kidal, 165 éléments ont déposé les armes. Le scénario s’est déroulé à double vitesse. D’abord, sur les lieux de leur campement, 115 combattants de l’Alliance ont remis tout le matériel militaire en leur possession aux responsables du comité de suivi de l’Accord avant d’être conduits en ville où ils ont été remis à l’administration. Quant aux militaires déserteurs qui étaient en leur sein, ils ont été désarmés avant d’être mis à la disposition de la hiérarchie militaire.

Le lendemain, c’est pratiquement au même scénario que l’on a assisté à Tessalit, à près de 200 kilomètres au nord de Kidal. Ces deux démobilisations présagent de la réussite des différentes négociations entre gouvernement et groupes de bandes armées. Elles ont été obtenues grâce à l’implication non seulement du médiateur algérien, mais aussi de celle de la Libye, de certains officiels maliens et des notabilités de la région de Kidal.

Mais elles n’occultent pas tous les problèmes. L’unité dont se sont longtemps prévalus les différents groupes armés est loin d’être une réalité. A cause, notamment, de la différence des origines de chacun. Lors du regroupement autour de la ville de Kidal, les observateurs ont pu se rendre compte des différents clivages. Aujourd’hui encore, à quelques heures du dénouement espéré par tous, ces différents groupes armés, regroupés sur la base de considérations ethniques ou tribales, sont loin de souffler dans la même trompette.

Ce qui conduit à une certaine surenchère qui ne dit pas son nom. Notamment de la part de certains groupes qui ont rejoint le mouvement longtemps après. Ils seraient les prompts à vouloir profiter au maximum du programme de réinsertion socio-économique que le gouvernement a promis aux éléments non militaires de l’Alliance. Un programme qui, normalement, doit démarrer dès que tous les combattants désireux d’intégrer le processus de paix sont cantonnés et identifiés. Mais déjà, à ce niveau également l’identification semble poser problème.


Et maintenant ?

Alors que l’Alliance avait annoncé, il n’y a pas si longtemps, qu’elle était prête à procéder à la démobilisation de tous ses éléments, c’est-à-dire moins d’un millier, aux dernières nouvelles, c’est une liste de plus de dix mille personnes qui aurait été présentée aux autorités. Selon certaines sources, elle exigerait que toutes ces personnes soient prises en compte et dans le cantonnement et dans le programme de réinsertion.

De même, plusieurs éléments seraient aujourd’hui présentés comme étant des déserteurs alors qu’il n’y aurait aucune trace de leur passage dans les forces armées et de sécurité. Pour couronner le tout, certains éléments déserteurs demanderaient à passer au grade supérieur, une fois réintégrés. Du côté du comité de suivi comme de celui des forces armées cela pose problème. D’où sortent ces 10.000 personnes ?

Comment les prendre en compte dans un programme prévu pour quelques centaines d’éléments ? Il est vrai que ces combattants ont présentement besoin d’être pris en charge. Selon le témoignage de plusieurs d’entre eux, depuis des mois ils n’avaient plus de quoi subsister dans le maquis. Ni vivres, ni véhicules, ni carburant, ni couvertures, ils étaient contraints de se déplacer sans cesse, la plupart du temps à pied, pour échapper aux patrouilles de l’armée.

De plus, leurs bases détruites les unes après les autres, ils n’avaient plus d’endroit où se réfugier en toute sécurité, la plupart des responsables de leurs communautés ayant décidé d’intégrer ou de réintégrer le processus de paix. C’est ainsi que ces mêmes responsables ont pu les raisonner et les amener à déposer les armes. En espérant qu’ils seront pris en charge dans le programme de réinsertion.

Seulement, il y a les autres. C’est-à-dire les chômeurs et sans emploi, également membres des communautés touarègues, qui ont trouvé là l’opportunité d’être insérer dans la vie économique alors qu’ils n’avaient jamais pris les armes contre l’autorité.

C’est de bonne guerre, pensent certains responsables de groupe, il faut que les jeunes aient du travail à n’importe quel prix. Tant mieux, estiment certains responsables politiques, si cela peut contribuer à ramener la paix au nord. Jusqu’à quand, s’interroge le citoyen lambda. Ces dernières soixante douze heures ont certainement dû être mises à profit pour peaufiner tout le processus du retour définitif des éléments de l’Alliance à Kidal.

Cheick Tandina

Envoyé spécial à Kidal

16 Février 2009