Partager

Ex-colonel intégré dans l’armée, à la faveur de l’intégration des ex-combattants de la rébellion, déserteur des rangs depuis deux ans :
voilà la carte d’identité d’un certain Hassane Fagaga, qui avant sa désertion servait dans les rangs de la Garde nationale.

Mais depuis quelques jours, cet homme focalise l’attention des Forces armées, de sécurité ainsi que des services de renseignement du pays. Et pour cause.

Selon des sources militaires, en début de cette semaine, Fagaga à la tête d’une centaine d’hommes armés, tous ex-combattants ou déserteurs de l’armée et des services de sécurité, s’est retranché dans les montagnes aux environs de Kidal.

Le groupe armé à bord de plusieurs véhicules enlevés ou volés dans la région de Kidal, est actuellement retranché à une cinquantaine de kilomètres de Kidal.

A partir de leur « base », le Colonel déserteur et ses hommes ont envoyé des messages qui s’adressent à la fois aux autorités maliennes et libyennes.

En effet, ils exigeraient que leur commune – la commune de Tin-Tedzedid – soit prise en charge (financièrement) dans les projets que la Libye s’apprêterait à financer dans certaines localités du Nord.

En fait, cette exigence de Fagaga est consécutive à l’ouverture, il y a juste une semaine, du Consulat de la Jamahirya libyenne dans la localité de Kidal. Dès lors, les « insurgés » sont entrés dans une logique de rébellion afin de réclamer dès maintenant leur part du gâteau, apprend-on.

D’où cette action, accompagnée d’un ultimatum, puisque, selon nos sources, Fagaga et ses hommes menaceraient de s’attaquer au nouveau Consulat et à tous les projets entrepris au Nord par la Libye.

Un récidiviste

Selon un haut responsable de la sécurité, l’entreprise de Fagaga est en réalité révélatrice d’une lutte de leadership entre ex-responsables de la rébellion, notabilités, anciens chefs de guerre et chefs de tribus dans le septentrion. En effet, dès l’annonce de l’ouverture du Consulat libyen, les appétits et la gourmandise des uns et des autres se sont accentués.

Une guerre de positionnement qui, en réalité, ne dit pas son nom est en cours entre différents groupes. La raison ? Au Nord, des rumeurs circulent avec insistance à propos de sommes colossales en provenance de la Libye.
L’action de Fagaga démontre alors à suffisance jusqu’où les uns et les autres sont décidés à amasser les « fonds libyens ».

Jusqu’où peuvent-ils aller ? C’est là la question. Déjà, la menace est très prise au sérieux par les hauts responsables du pays. Témoin, le déplacement au Nord du chef d’Etat-major général des armées, le général Seydou Traoré. A la tête d’une délégation de haut rang, il est actuellement en mission à Kidal pour trouver une solution, avec les chefs militaires de la localité, à cette « rébellion ».

Selon nos sources, cette action de Fagaga aurait des ramifications insoupçonnées dans cette localité. En effet, l’on évoque les noms de certains ex-responsables des MFUA (Mouvement et fronts unifiés de l’Azawad) qui seraient de mèche avec l’ex-colonel Fagaga.

Un homme qui, au lendemain des élections communales de 1997, s’est signalé à l’opinion nationale par la prise en otage de certains administrateurs de Kidal et de nombreuses urnes en attaquant des bureaux de vote de la localité.

A l’époque, Hassane Fagaga et un certain Ibrahim Bahanga (ils sont cousins) étaient les cerveaux de cette prise d’otages. Finalement, l’Etat aurait été obligé de verser une forte rançon aux deux bandits. Avec cette nouvelle rébellion, quelle sera l’attitude des autorités ?

Au vu de cette situation et pour éviter que le septentrion ne bascule dans la terreur, les autorités maliennes suivent l’évolution de l’affaire, selon des sources autorisées.

Ainsi les régions militaires de Gao, Tombouctou et Mopti seraient en alerte. Le Chef de l’Etat, ajoutent nos sources, soucieux de préserver la paix et la quiétude dans le pays suit personnellement le dossier.

C.H Sylla

17 février 2006.