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Août 2007 : une mission du ministère de l’Agriculture effectue une tournée à Kidal dans le cadre de la lutte antiacridienne. Contre toute attente, la mission est attaquée par un groupe d’assaillants dirigés par … Ibrahim Ag Bahanga. Les agents du département (tous civils) et les éléments de l’escorte (Gendarmes et Gardes) sont pris en otage.

Par cette opération, Bahanga, qui n’était pas à son premier coup, se signale à l’attention de l’opinion, au moment où Kidal renouait avec une certaine quiétude, suite à l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006 entre le gouvernement et l’Alliance du 23 mai pour le changement.

Le 22 septembre 2007, dans son adresse à la nation, le président de la République s’exprime ainsi : « depuis quelques jours, des problèmes ont surgi au nord-est de la région de Kidal. Je tiens à manifester, au nom de la nation, une pensée fraternelle pour les civils et militaires, enlevés dans l’exercice de leur fonction notamment la lutte antiacridienne et retenus en otage par la bande à Bahanga ».

Le chef de l’Etat a saisi l’occasion pour réaffirmer la position des autorités maliennes face à la crise qui venait d’éclater et qui depuis tient le pays en haleine: « je voudrais répéter, si besoin est, que l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006, conclu avec l’Alliance du 23 mai, dont je salue l’implication militaire et la médiation, reste le seul cadre de dialogue et de concertation. Cet accord, qui est en cours d’application, sera respecté conformément à nos engagements affirmés en présence du facilitateur algérien ».

Cependant, à l’adresse de Bahanga, Amadou Toumani Touré, a tenu à lancer cette mise en garde : « aucun acte, aucun comportement pouvant porter atteinte à l’intégrité territoriale de notre pays et à la cohésion nationale, ne sera accepté ».

Dès lors, la position affichée par les autorités face à la crise est restée constante.

D’août 2007 à maintenant, toutes les démarches du chef de l’Etat s’inscrivent dans la recherche d’une solution négociée. Mais très vite, des dispositions sécuritaires seront prises pour assurer la défense de l’intégrité territoriale, face à la meute de bandits. En effet, la hiérarchie militaire a déployé à Kidal et dans d’autres localités du Nord un important dispositif.

Dans un premier temps, l’ordre donné aux militaires était précis : sécuriser Kidal et d’autres zones sensibles de la région.

Dossier des otages : ATT au front

En même temps, les autorités maliennes, en première ligne le chef de l’Etat, vont multiplier les contacts afin d’obtenir la libération des otages. Résultat : en septembre 2007, une dizaine d’otages recouvre la liberté.
Le 30 décembre 2007 : un second et dernier groupe d’otages est libéré ; une libération acquise grâce aux efforts conjugués des notabilités locales et des membres de l’Alliance du 23 mai. A l’occasion, le gouvernement du Mali a salué « respectueusement et chaleureusement, le président Abdelaziz Bouteflicka, pour son implication personnelle qui a été déterminante dans cette libération ».

Malgré cette libération, la série de prises d’otages était loin de connaître son épilogue. Une première dans les annales de la rébellion au nord : Bahanga a basé sa stratégie sur l’enlèvement de militaires au cours d’attaques, souvent menées contre des convois de l’armée. C’est ainsi que lors d’une opération contre la garnison de Tinzawaten, en novembre 2007, il prend 22 militaires et gendarmes en otage.

Là également, il a fallu au chef de l’Etat une dépense d’énergie pour obtenir leur libération, intervenue le 10 mars 2007, grâce surtout à l’implication de la Fondation Seïf El Islam Kadhafi.

Amadou Toumani Touré, pour manifester la solidarité de toute la nation, a personnellement fait le déplacement à Gao, pour aller accueillir les ex-otages. Occasion pour lui, d’adresser ses vifs remerciements au Guide la révolution libyenne pour ses efforts dans la recherche de la paix au nord de notre pays.

Aux ex-otages, ATT dira : « chaque malienne, chaque malien a vécu dans sa chair les dures épreuves que vous avez endurées durant ces longs mois ».

De retour à Bamako, le président de la République a tenu à préciser que l’Etat malien n’a déboursé aucun centime pour la libération des otages. Rançon payée ou pas payée ? ATT s’est dit choqué de voir certains ramener tout à l’argent, au moment où le retour de nos militaires devait plutôt réjouir tout le monde.

Le président Touré a, par ailleurs, rappelé à nouveau aux bandits, que le seul cadres de dialogue reste l’Accord d’Alger.

Pourparlers de Tripoli

Cette position de principe des autorités maliennes a été maintes fois exprimée depuis l’éclatement de la crise de Kidal, notamment lors des pourparlers entre les représentants de l’Etat et de la bande à Bahanga, au mois d’avril 2008 à Tripoli, sous l’égide des autorités libyennes.

Malgré cette bonne disposition des autorités maliennes, Bahanga et sa bande ont continué leurs attaques.
La rencontre de Tripoli, intervenue à la demande de Bahanga, devrait aboutir à la libération des otages, à la cessation des hostilités et à l’entame de pourparlers dans le cadre de l’Accord d’Alger.

A ce sujet, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Moctar Ouane, a rencontré les diplomates accrédités dans notre pays. Objectif : édifier la communauté internationale sur la position des autorités maliennes par rapport à la crise entretenue par Bahanga et sa bande. Cette position est faite de fermeté par rapport aux véritables motivations des bandits, à savoir faire de la bande sahélo-saharienne une zone de trafics et d’insécurité.

Face justement aux problèmes sécuritaires qui deviennent récurrents le long de cette bande, le président Amadou Toumani Touré, a, en septembre 2007 proposé la tenue à Bamako d’une conférence regroupant l’ensemble des pays sahélo-sahariens.

Dans la vision du chef de l’Etat malien, cette rencontre devra débattre de tous les problèmes sécuritaires auxquels ces pays sont confrontés. Occasion pour eux de plancher à la fois sur des sujets relatifs à la paix et au développement dans la région sahélo-saharienne. A ce sujet, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale Moctar Ouane a déjà sillonné plusieurs pays. Et l’idée du président Touré a été favorablement accueillie par ses pairs.

CH. Sylla

05 juin 2008