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Si dans les années 1990, la rébellion du nord était sous-tendue par des revendications plus ou moins légitimes, l’actuelle crise est le fait d’un homme qui a décidé de se mettre hors la loi : Ibrahim Ag Bahanga. Qui est-il ? D’où vient-il ? Que veut-il ? Réponses.

Il y a quelques jours, les Maliens ont en l’occasion de se souvenir d’un acte de très grande portée dans la vie de la Nation. En effet, c’est le 11 avril 1992 qu’a été signé entre le gouvernement et les mouvements du Nord, « Le Pace national pour le développement des régions du nord ». En acceptant de signer ce document, le gouvernement reconnaissait de fait la légitimité des revendications des MFUA (Mouvements et fronts unifiés de l’AZAWAD).

Du reste, les nouvelles autorités issues du 26 mars 1991 avaient déjà accordé aux Mouvements deux places au sein du CTSP, et les avaient invités à participer aux travaux de la Conférence nationale qui avait posé les fondements de la 3ème République. Il faut reconnaître que les Mouvements avaient de quoi se faire entendre.

Ils s’étaient organisés et structurés en branche armée et aile politique. Surtout, ils pouvaient se prévaloir d’une légitimité populaire, ayant l’adhésion et le soutien de leurs communautés de base, et d’une certaine légalité conférée par la reconnaissance officielle.

C’est pourquoi, ils étaient sûrs d’être entendus et ont alors choisi d’accepter le dialogue. Cela a été payant puisque « le Pacte national » est venu consacrer la prise en charge de toutes leurs revendications. Aussi, grâce au dialogue, les armes ont été détruites, les ex-combattants ont été intégrés, et un plan véritable de développement du nord a vu le jour.

Le 23 mai 2006, à la suite de l’attaque de Kidal, une table ronde s’est tenue à Alger et a réuni le gouvernement et les assaillants regroupés au sein de « l’Alliance du 23 mai ». Cette fois encore, les vertus du dialogue ont été reconnues avec la signature de « l’Accord d’Alger », un document qui reprend dans ses grandes lignes le « Pacte national ». Un Forum s’en est suivi, qui s’est tenu à Kidal et a permis de baliser la relance du processus de développement du Nord.

Tout semblait indiquer que la paix était revenue quand l’Alliance s’est scindée. Les têtes brûlées et va-t-en guerre ayant pris pour nom de guerre l’«Alliance touarègue du nord-Mali pour le changement » ATNMC, ont décidé de ne point laisser les armes. Ils sont dirigés par un certain Ibrahim Ag Bahanga.

Dès ses débuts, l’Alliance s’est révélée difficile à cerner. D’abord, leurs revendications sont focalisées sur la seule région de Kidal où ils ne veulent plus de la présence militaire.
Ensuite, leur modus opérandi consiste à poser des mines anti personnel, à tendre des embuscades, à prendre des otages, à lancer des ultimatums, à faire chanter le pouvoir puis à jouer les victimes aux yeux de l’opinion internationale.

Et enfin, en guise de dialogue, ils sont dépourvus du moindre projet et de la plus petite vision politique. La popularité dont ils ont pu bénéficier du temps de l’Alliance du 23 mai s’est effritée au point qu’ils ont été publiquement désavoués par leurs communautés d’origine. Leur chef en est réduit à avoir recours à des mercenaires étrangers.


Qui est réellement Bahanga ? D’où vient-il ?

Certains prétendent qu’Ibrahim Ag Bahanga est un officier déserteur de l’Armée nationale. Il n’en est rien. Il n’a jamais fait partie des effectifs des forces armées et de sécurité. D’autres croient qu’il est un ancien berger qui a troqué son bâton contre un fusil, et a décidé de vivre hors la loi.

Bahanga s’est révélé au grand public lors des élections communales de 1997, alors qu’il venait d’enlever des agents électoraux et exigeait que sa localité soit érigée en commune. L’expérience ayant été concluante, il s’est donc converti dans le grand banditisme : vol de bétail, enlèvement de véhicules et de matériels, pillage, trafic.

Le citoyen anonyme est subitement devenu un bandit de grand chemin, un coupeur de route, un vulgaire voleur. Il ne tardera pas à évoluer, sans doute au contact de membres de membres du GSPC et du MNJ. Alors, l’homme donnera à ses actions les atours politiques : retrait de l’armée du nord, constitution d’unités spéciales, cantonnement et intégration de ses hommes.

Les Autorités, évidemment pour tenter d’instaurer la paix et la quiétude dans le nord, sont d’accord sur tout sauf le retrait de l’armée. Ce point est en réalité le seul dont l’exécution intéresse les bandits. En se retirant du nord, les militaires donnent les moyens à Bahanga et consorts de perpétrer tous les crimes et exactions dont ils sont capables.

La dernière trouvaille de ces bandits est sans doute la plus pernicieuse. Ils tentent de rejeter sur l’armée la mort d’un officier targui survenue le 10 avril à Kidal. Le but des insinuations de l’ATNMC n’est autre que de pousser les militaires touaregs intégrés à la révolte contre un pouvoir légaliste qu’ils ont choisi de suivre.

En l’absence de toute conclusion de l’enquête en cours, il est pourtant facile de comprendre que ce commandant targui a été exécuté. Mains ligotées dans le dos et une balle dans la nuque sont des méthodes utilisés par les terroristes et criminels pour punir les traîtres ou supposés tels, et non des pratiques en cours dans les casernes.

Du reste, l’armée n’avait aucun intérêt ou motif pour tuer un homme qui s’était résolument tourné vers la paix et l’Accord d’Alger. Ces assassins sont à chercher ailleurs, en particulier au sein de ce groupe de bandits décidé à conduire le nord dans un conflit ethnique ou une guerre civile dans lesquels les seuls perdants seront les différentes communautés sédentaires et nomades, innocentes.

Cheick Tandina

17 avril 2008.