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La « paix » est revenue. A Ouagadougou, on a signé les accords, on s’est congratulé et on a envoyé l’administration et l’armée à Kidal. Qu’en est-il du terrain ? Reportage à Kidal, au cœur d’un bourbier.

« J’ai l’impression d’être en Irlande, au moment où ce pays était divisé en quartiers catholiques et en quartiers protestants », affirme un expert malien, spécialiste des questions de sécurité. Et c’est l’image qui se dégage pour le Malien qui débarque à Kidal.

A Ouagadougou, on a signé, sans certainement prendre en compte des aspects assez importants. En effet, sous les dunes chaudes, sous les montagnes de cailloux couve un magma. La paix n’est entretenue que par le comportement exemplaire des représentants de l’armée et de l’administration envoyés sur place.

« Tous les jours, quand vous empruntez les rues, vous êtes insulté ou provoqué par des enfants de moins de 10 ans. Personne ici ne réagit pour les chasser. En fait, on voit derrière les murs, des adultes qui regardent, n’attendant certainement que le premier incident pour réagir ».

L’administration ? Elle est pire qu’à Gao. En effet, à Gao et à Tombouctou, les bâtiments ont été détruits par le MNLA et les jihadistes, mais, à Kidal, les bâtiments administratifs sont squattés par les rebelles.

Le gouverneur et les préfets, de vrais patriotes, droits dans leurs bottes, incarnent dignement l’Etat dans des conditions infrahumaines. Ils dorment à même le sol dans les locaux du Conseil de cercle. Dans les rues, sur tous les bâtiments, des drapeaux, non maliens, peints. L’hostilité est à couper au couteau.

Tout est à faire

Il faut se rendre au camp I pour se sentir au Mali. Là, aussi, les militaires inspirent la fierté. Visiblement, leurs conditions ne sont pas des meilleures, mais vous n’entendrez aucun murmure, aucune plainte. Les militaires ont accueilli des populations « de toutes les communautés », qui ont eu le seul tort de manifester leur joie à l’arrivée de l’armée à Kidal. Une situation inouïe et qui ne semble émouvoir ni l’opération Serval, ni la Minusma encore moins les médiateurs : des Maliens, des Kidalois réfugiés dans leur ville, obligés de fuir leur maison, juste pour avoir manifesté leur joie.

On se demande d’ailleurs quel est le rôle de la Minusma, pourtant présente à Kidal. Selon les témoignages que nous avons eus, ils ne sont jamais intervenus pour secourir des faibles. Il est vrai que l’on ne voit jamais, devant, des courageux se montrer ou manifester. Ce sont juste des femmes et des gamins qui sont manipulés et mis devant, heureusement, cela a été compris par nos forces de sécurité qui patrouillent deux fois en ville, et qui ont réussi jusque-là, à ignorer les invectives des gamins et des femmes.

A Kidal, tout est à faire. Kidal est une ville martyrisée, par l’administration centrale, pris en otage par des groupes mafieux, qui actionnent des sots, justement en tirant des arguments des erreurs de l’Etat. Le dialogue est urgent à Kidal. La ville est à réconcilier avec elle-même, mais également avec le reste du pays. Elle a besoin d’être pacifiée et à être rassurée sur sa place dans la République.

Au-delà de Ouagadougou, il est urgent, que sur le terrain, l’Etat s’affirme réellement dans notre septentrion, mais également que le processus de dialogue et de réconciliation y soient engagés sans délais.

Pourquoi les ministres de l’Administration territoriale et de la Défense n’y accompagnent pas le président de la République par intérim, Pr. Dioncounda Traoré en visite pour commencer ?

Alexis Kalambry

(envoyé spécial)

Les Échos du 18 Juillet 2013