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Après de violents affrontements, les combattants du Gatia, le groupe d’autodéfense des Touaregs de la tribu des Imrads, ont quitté, le samedi dernier, Kidal. Ils auraient, sous la pression des forces françaises et de la Minusma, plié armes et bagages, laissant la ville à la merci des rebelles touaregs de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). C’est dire que l’intervention française au nord du Mali se transforme en une ingérence entre les parties. Paris a manifestement choisi son camp. Cela doit être connu des Maliens.

Des témoins ont vu effectivement les combattants du Gatia dans une vallée située à huit kilomètres au nord de Kidal, mais surtout dans la localité d’Anéfis. Ce retrait, loin d’être une défaite militaire, est un Ouf de soulagement pour la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) qui se targue d’avoir «chassé le Gatia de Kidal». En réalité, le Gatia a quitté la ville sous la pression (l’intervention ?) des forces françaises et de la Minusma. Et dès le vendredi 22 juillet dernier, des responsables du Gatia et de la Plateforme ont dénoncé cette ingérence française. « Les français ont sauvé leurs protégés », affirme un responsable du mouvement sur les réseaux sociaux.

Ainsi se réédite le scénario de Ménaka. En effet, la plateforme avait pris cette localité, le 27 avril 2015. Elle sera contrainte, à la faveur d’un « arrangement sécuritaire » de quitter cette localité. La pression de la médiation visait surtout à satisfaire les désidératas de la CMA, qui avait fait de ce retrait un préalable à la signature de l’accord de paix déjà entériné le 15 mai 2015 par le gouvernement malien, ses alliés et la médiation. La Coordination avait, à cet effet, bénéficié de soutiens à peine voilés de la mission onusienne qui avait ordonné au Gatia de quitter Ménaka, sous prétexte que cette localité a été conquise en violation du cessez-le-feu. On se souvient encore de ces propos de Fahad Ag Almahmoud : « Dans un premier temps, la Plateforme avait refusé de quitter Ménaka, mais on a subi des pressions de part et d’autre pour le faire ».

Toujours sur fond de chantages et de fourberies, la CMA avait aussi réussi à retrouver ses positions à Anéfis, d’où elle avait été chassée par la Plateforme, en septembre dernier. Cette localité stratégique du nord du Mali avait été prise, en mi-août, aux rebelles de la CMA. Pour y revenir, elle a dû faire appel à ses soutiens occultes. Et au-delà, la Minusma et le président Ibrahim Boubacar Keïta – qui a publiquement réclamé son départ de cette localité – sont entrés en jeu pour obtenir le retrait de la plateforme.

Après les évènements d’Anéfis, survint ceux de Kidal. Là également, les casques bleus de la Minusma ont unilatéralement établi (18 août 2015) une zone de sécurité autour de la ville de Kidal, afin d’empêcher le Gatia d’entrer dans la ville de Kidal.

En réalité, le jeu français consiste à maintenir Kidal sous le contrôle des rebelles de la CMA. Et Paris avait déjà dévoilé sa stratégie de partage du Mali en 2012. A cette époque, l’opération Serval, après avoir libéré les régions de Gao et Tombouctou, avait interdit l’accès de Kidal à l’armée malienne. Ensuite, sur ordre de la France, 250 militaires maliens ont été acceptés à Kidal. Aujourd’hui, il apparait clairement que les autorités françaises veulent imposer aux Maliens l’existence de Kidal comme Etat… Un Etat sous le contrôle des rebelles de la CMA…

L’Aube du 25 Juillet 2016