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Kidal : «Ceux qui discutent au nom du Mnla ne peuvent rien régler sur le terrain», selon un boutiquier dont l’établissement a été pillé jeudi nuit

À une semaine de l’élection présidentielle du 28 juillet, la problématique du vote à Kidal, huitième région administrative du pays, se pose avec acuité en raison des actes de sabotage du processus électoral qui se multiplient, démontrant ainsi l’absence de maitrise du Mnla sur le territoire revendiqué.

Quatre morts et de nombreux blessés : c’est le bilan d’une série d’attaques ciblées menés par des groupes armés dans la ville de Kidal.
Ce sont les maisons et les boutiques de populations noires qui ont été pillées et saccagées le 18 juillet aux environs de 22 heures. Le lendemain, le marché central de la ville fut mis à feu.
Aujourd’hui, les victimes s’attèlent à l’inventaire des dégâts matériels. «Ceux qui ont pillés nos boutiques sont des jeunes éléments du Mnla (Mouvement national de libération de l’Azawad, Ndlr)», affirme un boutiquier Sonrhaï joint par nos soins, ajoutant : « Nous connaissons les voleurs ainsi que l’endroit où ils ont stocké les marchandises volées. Tous ces détails ont été transmis aux gendarmes qui ont procédé avec nous à l’état des lieux».

Dans le milieu des couches brimées, on ne veut pas se laisser aveugler par la provocation. «Je vous le dis, il n’y a pas de problème ethnique ici. Ce sont certaines personnes qui veulent coûte que coûte provoquer des situations pareilles», a-t-il souligné.

Selon notre interlocuteur, l’opération d’inventaire se déroulait sous la supervision des gendarmes maliens à l’heure même où nous étions en communication ce jour aux environs de 13h. A la suite des vols du 18 juillet, le détachement militaire malien présent dans la ville aurait procédé à plusieurs arrestations dont des éléments déserteurs de l’armée. Ces personnes désignées par les commerçants, selon nos sources, auraient tout simplement été relâchés. Pourquoi ? Nous avons posé la question à la Direction de l’information et des relations publiques de l’armée (Dirpa) qui nous a affirmé ne pas posséder d’information concernant ces libérations.

La Dirpa reconnaît toutefois que les auteurs des agressions sont effectivement «des jeunes identifiés comme appartenant au Mnla qui sont supposés être cantonnés» et estime que «quelqu’un n’a pas fait son travail» dans le processus de cantonnement des mouvements armés.

L’enlèvement, le samedi, de cinq agents électoraux et un d’élu municipal du cercle de Tessalit (dans la même région) par Baye Ag Dikhane, un autre responsable du Mnla, avant de les relâcher le jour suivant, en rajoute au triste spectacle offert par ce groupe armé qui revendique l’indépendance du nord du Mali.

Selon des sources concordantes, le Mnla qui se dit représentatif des touaregs du Mali et dont une frange est actuellement en pourparlers à Koulouba, n’arrive même pas à contrôler ses propres éléments alors même qu’il prétend vouloir gérer les 2/3 de notre territoire national.

«En réalité, le Mnla n’a aucun responsable. Même ceux qui discutent
en son nom ne peuvent rien régler de la situation à Kidal», nous confie un commerçant de la région.

Seydou Coulibaly

© AFRIBONE – Le 22 Juillet 2013