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L’espoir d’un retour des insurgés de l’Alliance du 23 mai à Kidal et dans le processus de paix, obtenu la semaine dernière à la faveur d’intenses négociations menées tant à Bamako qu’à Kidal et à Alger, s’est vite enlisé hier suite à de nouvelles exigences posées par les trois cents combattants dirigés par le colonel Fagaga et le commandant Ba Moussa. Quelle est la nouvelle donne ? Réponse.

Annoncé pour le dimanche 4 janvier 2009, le retour au sein de l’Armée nationale de 300 éléments des bandes armées regroupés au sein de l’Alliance du 23 mai pour la démocratie et le changement avait été reporté à deux reprises.

D’abord pour le lendemain lundi, ensuite pour le mardi suivant. Désormais, ce retour tant espéré semble confronté à des difficultés. Cette solution, qui devait s’inscrire dans le processus de paix au nord du Mali et était contenue dans les Accords de paix signés à Alger en juillet 2006, avait été obtenue grâce à l’effort conjugué des députés et notabilités de la région, des autorités régionales et nationales, mais également des médiateurs algérien et libyen.

Il faut rappeler que ces 300 jeunes sont tous présentés comme étant des membres de l’Alliance pour la démocratie et le changement (ADC), auteur de l’attaque perpétrée contre le camp militaire de Kidal le 23 mai 2006. Certains avaient été réintégrés dans l’armée après la signature de l’Accord d’Alger. Et ont déserté à nouveau après l’assassinat du commandant M’Barka en avril 2008.

Entrepris par les différentes personnalités précitées, ils ont décidé de revenir dans le processus de paix, et de réintégrer l’armée pour constituer les brigades mixtes chargées de la défense et de la sécurité dans le nord.

Parmi eux, on peut compter trois chefs de groupes armés, des officiers dont le lieutenant-colonel Hassan Fagaga et le commandant Ba Moussa, et environ quatre-vingt-dix déserteurs des forces armées et de sécurité. Le reste du contingent est composé d’éléments qui avaient rejoint le mouvement avant, pendant et après l’attaque du camp militaire de Kidal.

A la suite de l’implication des uns et des autres et des négociations qui ont suivi, ils ont accepté donc de réintégrer le processus. C’est à ce niveau qu’ils sont revenus et ont campé aux abords de la ville de Kidal. Tout était donc prêt. Les insurgés avaient même indiqué les itinéraires qu’ils comptaient emprunter pour rentrer dans la ville. Mais apparemment, les deux parties ne s’étaient pas comprises sur les détails de l’opération de retour.

Incompréhension ou méfiance ?

En effet, dans l’entendement des autorités, les insurgés devaient d’abord être désarmés avant d’être cantonnés. Et cela devait se faire sur les lieux mêmes où ils avaient campé, c’est-à-dire à une dizaine de kilomètres de la ville de Kidal. Les insurgés quant à eux imaginaient un scénario contraire.

Il n’était pas question pour eux de rentrer dans la ville sans armes. L’armée ayant refusé cette option, et les insurgés ne voulant rien entendre, la situation s’est crispée. Au point d’occasionner deux reports successifs, avant que le dialogue ne soit brusquement interrompu. Sans qu’une autre date soit fixée pour le retour des insurgés. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ? Y a-t-il eu une incompréhension, dès le départ ?

En réalité, il semble que l’enlisement de la situation est dû plutôt à une méfiance réciproque. Selon certaines sources, les insurgés ne voulaient pas désarmer parce qu’ils avaient eu vent de la présence, à Kidal, de milices armées prêtes à en découdre avec eux, suite à l’attaque dont leur ville avait été la victime.

Ces milices n’auraient pas apprécié que le développement de leur région soit compromis par les agissements des groupes armés qui ont créé une insécurité permanente, au point de faire fuir les partenaires et de retarder le démarrage de certains programmes de développement dont le Projet de développement intégré de la région de Kidal (PDIRK).

De plus, les différentes communautés ethniques de la région, qui s’étaient dès le début désolidarisées des insurgés, ne croyaient pas au repentir définitif d’éléments habitués aux voltes faces.

Sachant tout cela, les insurgés ne s’attendaient pas à être accueillis à bras ouverts. D’autre part, l’armée, selon d’autres sources, avait été informée de l’existence, parmi ces 300 jeunes, d’éléments infiltrés par l’Alliance touarègue du nord Mali pour le changement (ATNMC conduite par Ibrahim Ag Bahanga), une dissidence extrémiste de l’ADC.


Désarmement d’abord, cantonnement ensuite

C’est d’ailleurs pourquoi, alors même que les militaires croyaient que le désarmement allait se faire ailleurs, ils avaient pris le soin de boucler la ville, d’en contrôler tous les points d’accès. La surveillance s’est encore accrue avec l’exigence des insurgés de pénétrer dans la ville avec armes et véhicules. En outre, les insurgés avaient également exigé que leurs itinéraires soient dégagés de la présence de l’armée et des forces de sécurité. Les militaires avaient sans doute à l’esprit cet épisode de la tragédie grecque, « le cheval de Troie », stratagème dont ont usé Achille et ses compagnons pour forcer les portes de Troie.

Et de toutes les manières, les autorités militaires et civiles entendent que cette opération se passe exactement comme les précédentes : désarmement d’abord, cantonnement ensuite. Tout cela sous l’œil bienveillant du médiateur. Qu’on se rappelle, en 1992, après la signature du Pacte national, 2 000 combattants avaient été désarmés d’abord avant d’être cantonnés sur les différents sites de cantonnement dans les régions du nord.

C’est après toutes ces opérations qu’ils ont été intégrés dans les différents corps de l’administration et des forces armées et de sécurité. En 2006, après la signature de l’Accord d’Alger, ce fut le même scénario. Les éléments de l’Alliance pour la démocratie et le changement avaient d’abord remis les armes au médiateur algérien avant d’être réintégrés.

Aux dernières nouvelles, les insurgés s’apprêtaient à regagner leurs bases, dans les montagnes de Tegharghar, lorsque de nouvelles négociations menées par les notabilités et les membres du Comité de suivi des Accords d’Alger dirigés par l’inspecteur de police Mahamadou Diagouraga, les ont fait camper en route, à une quarantaine de kilomètres de Kidal. Mais là, ils se sont scindés en deux groupes. Le premier est sur la route de Tin Essako. Ils exigent de l’armée le contrôle du check point de cette localité. L’autre groupe serait sur la route menant à Abeïbara.

Hier, pour tous les médiateurs, c’était une véritable course contre la montre pour décanter la situation, afin d’éviter de tout remettre en cause et ramener tout le monde à la case de départ.


C.H. Sylla/Cheick Tandina

08 Janvier 2009