Partager

Dans notre édition, L’Aube 127 du 26 janvier 2009, nous avions vu juste en titrant « Bahanga, la fin ». En effet, de plus en plus isolé et activement recherché par les Forces armées, Ibrahim Ag Bahanga s’est enfui à l’extérieur, alors que certains de ses fidèles cherchent à regagner Kidal. C’est inéluctablement la fin pour le bandit.

En fin de semaine dernière, en compagnie d’une poignée de fidèles à bord de 5 véhicules, Bahanga a quitté la zone de Kidal. Selon certaines informations, il serait déjà à Djanet (Algérie), où il aurait demandé l’asile aux autorités libyennes. Pour l’instant, le bandit n’aurait reçu aucune réponse. Les autorités libyennes lui auraient indique qu’elles ne seraient prêtes à l’accueillir, cette fois-ci, qu’après l’accord des autorités maliennes.

A Kidal, la fuite du bandit a été confirmée par le lieutenant-colonel El Hadj Gamou, chef du poste de commandement (PC), chargé des opérations. De retour du front, le vendredi dernier, Gamou aurait effectivement confirmé que des éléments de l’armée lancés aux trousses de Bahanga, depuis quelques semaines, l’ont pourchassé jusqu’au niveau de nos frontières.

En désaccord avec les Algériens depuis des mois, Ibrahim Ag Bahanga ne pouvait que se diriger vers la Libye, où les autorités de ce pays tentent de le raisonner depuis des mois. On se rappelle que les autorités libyennes lui avaient déjà offert une résidence. Il semble que Tripoli n’est pas prêt de renouveler l’expérience. Car, la première fois, Bahanga a vite quitté Tripoli pour revenir au Mali.

Ce retour au pays avait coïncidé avec des attaques perpétrées dans le Sahel occidental contre des positions militaires et des transporteurs civils. En particulier, l’attaque de Nampala qui a donné l’occasion à l’armée de changer de stratégie. La suite est connue. Le chef de l’ATNMC a été isolé, perdant de nombreuses positions, des hommes et du matériel.

S’étant tourné, en début de semaine dernière, vers l’Algérie pour un retour dans l’Accord d’Alger, il aurait été éconduit par les autorités de ce pays, ce qui a fait dire à de nombreuses personnes que l’Algérie s’est véritablement impliquée dans la résolution du conflit.

Le clou vient d’être enfoncé avec la défection de son bras droit, Hamma Ag Moussa, celui-là même qui s’était montré jusque là le plus irréductible. En effet, il avait choisi l’assassinat de son imam de frère pour mener une sanglante croisade auprès de Bahanga. La semaine dernière, il a rejoint les positions de l’ADC et demandé à revenir dans l’Accord d’Alger.

De même que d’autres chefs de groupes qui ont également été vus aux côtés du chef dissident. Il s’agit des officiers déserteurs Haroun et Malick. Selon d’autres sources, plusieurs éléments de l’ATNMC chercheraient à rallier le mouvement de retour vers Kidal. Malheureusement, indique-t-on, ils n’auraient plus de carburant et de vivres pour ce faire.

Non loin de Kidal, les différents groupuscules qui forment l’Alliance pour la démocratie et le changement ne parleraient plus le même langage à propos du retour de leurs éléments en ville. Des notabilités ont décidé de continuer à s’investir pour un retour définitif à la normale.

L’équation du retour…

L’Alliance pour la démocratie et le changement ne parle plus le même langage. Composée de plusieurs groupuscules autonomes, l’ADC est aujourd’hui confrontée à plusieurs problèmes qui retarderaient le retour de ses éléments dans la ville de Kidal.

Annoncée depuis le 4 janvier dernier, l’opération de désarmement et de cantonnement de 300 jeunes combattants se prépare. Mais, cette opération rencontre encore quelques difficultés. En effet, les différentes composantes de l’ADC ne seraient plus d’accord sur les éléments à cantonner et, de son côté, l’armée ne serait plus d’accord avec l’intégration de certains « combattants ».

De sources proches du dossier, les soldats qui sont sur le terrain et qui connaissent la plupart de leurs adversaires sont sceptiques quant à l’existence de 300 membres de l’alliance. Selon eux, ce chiffre est largement au-delà de la réalité. En réalité, pour eux, le nombre ne devrait pas dépasser la centaine.

Certains observateurs, également sur le terrain, donnent raison aux militaires. Ils reconnaissent que les hommes qui avaient perpétré l’attaque du 23 mai 2006 contre la ville de Kidal sont loin de valoir ce chiffre, même si on ajoutait ceux qui les avaient volontairement suivi dans le maquis.

Par ailleurs, selon certains hommes en uniforme, les combattants qu’ils rencontrent sur le terrain ne sont pas les hommes aguerris auxquels ils s’attendaient. En effet, d’après plusieurs témoignages, les hommes qui sont à la solde des groupes armés, notamment de celui de Bahanga, sont de tout jeunes hommes, voire des enfants. Ainsi, un responsable de l’administration scolaire affirme avoir reconnu parmi ces combattants, un de ses élèves de 6è année.

Plusieurs militaires sur le terrain ont confirmé que les chefs des différents groupes armés, de gré ou de force, enrôlent, arment et utilisent des adolescents. Or, ces adolescents ne figurent pas dans les rangs des personnes que l’Alliance cherche à faire intégrer.

Pour eux, l’Alliance cherche à caser dans les rangs des forces armées et de sécurité certains de leurs parents, bergers, vendeurs de dates, contrebandiers, qui se trouvent actuellement au chômage et dont la plupart n’ont jamais manié une arme à fortiori participé à une attaque. D’où l’empressement de certains milieux à ce que le retour se fasse le plus rapidement possible.

Mais le problème viendrait du fait que chaque clan veut faire intégrer le maximum de ses membres. D’où les voix dispersées qui se font entendre. La semaine dernière, c’est une liste de 48 combattants qui aurait été envoyée au comité de suivi de l’Accord d’Alger.

Renseignements pris, il s’agissait d’une liste, concoctée sans concertation avec les autres, envoyée par un groupuscule proche d’une des familles dominantes de Kidal. Cette initiative n’aurait pas été favorablement accueillie par les autres.

C’est pourquoi, alors que tous étaient regroupés au même endroit, les groupes se sont séparés et ont changé de lieux de campement. Cela a également soulevé des inquiétudes au sein des forces loyalistes qui ont cru à une stratégie d’affrontement.

Depuis, plusieurs entités dont les membres de la famille du député de Kidal s’activent à calmer le jeu. Devant tous ces imprévus, le comité de suivi de l’Accord d’Alger aurait décidé d’accéder à la demande de certaines notabilités de laisser entrer les membres de l’Alliance par groupe et d’examiner au cas par cas.


Cheick Tandina

Envoyé spécial à Kidal

09 Février 2009