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« Nous avons humilié et vaincu nos assaillants » ; ainsi s’exprimait triomphalement le président kényan, Uhuru Kenyatta, pour annoncer la défaite du commando terroriste des shebabs somaliens qui occupait, depuis le 21 septembre dernier, le luxueux centre commercial Westgate de Naïrobi. Si la fin de ce triste feuilleton sanglant est un grand soulagement pour tous les hommes épris de paix et de liberté sur cette terre, Uhuru Kenyatta doit avoir le triomphe modeste eu égard au grand nombre d’innocents qui ont perdu la vie dans cette attaque dont le décompte macabre est encore loin d’être terminé, de nombreux corps étant encore ensevelis sous les décombres.
D’ailleurs, à y regarder de près, n’est-ce pas plus une victoire des terroristes dont la philosophie est de faire, au péril de leur vie, le maximum de morts et de dégâts matériels et attirer ainsi l’attention sur eux ? En cela, ils auront largement atteint leur objectif car ils ont incontestablement réussi à créer l’émoi au sein de la communauté internationale, marquer durablement les esprits et endeuiller des familles innocentes.

Au-delà de cet épisode macabre du Kenya, et au regard de la succession de certains faits marquants comme l’attaque du site gazier en Algérie, l’enlèvement et la prise d’otages au Niger et au Cameroun, la parenthèse du Nord-Mali, les attaques du tristement célèbre Boko Haram au Nigeria et de la Séléka en RCA, on se rend compte que, petit à petit, la menace terroriste a atteint l’Afrique. En raison de la défaillance, voire l’inexistence des systèmes de défense appropriés des Etats africains face à ce nouveau type de menace, d’une part, et le chômage chronique de la jeunesse qui est un potentiel terreau fertile de recrutement, d’autre part, on peut dire que le terrorisme a encore de beaux jours en Afrique. Car conscients qu’il est difficile d’attaquer les Occidentaux sur leur propre sol, les terroristes s’attaquent à leurs intérêts sur le sol africain.

Il faudrait travailler à identifier et à tarir les sources de financement de ces terroristes qui bénéficient non seulement de moyens colossaux pour s’équiper en armements de guerre, mais aussi de complicités

Cette situation interpelle donc les dirigeants africains, à prendre le problème à bras-le-corps dans une vision globale et surtout à développer une synergie d’actions dans une stratégie globale à dimension régionale et panafricaine pour contrer ce phénomène. Il y a, en outre, la nécessité de renforcer la formation d’unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme au sein de nos services de sécurité comme cela se fait déjà dans certains pays, en plus de l’expertise de la communauté internationale qui viendrait en appui. D’un autre côté, il faudrait travailler à identifier et à tarir les sources de financement de ces terroristes qui bénéficient non seulement de moyens colossaux pour s’équiper en armements de guerre, mais aussi de complicités.
De toute évidence, l’Afrique, sans le soutien et l’indispensable apport de la communauté internationale comme ce fut le cas au Mali, ne peut affronter ce phénomène qui donne du fil à retordre même aux Etats les plus puissants.

En tout état de cause, les dirigeants africains doivent tirer les leçons de l’épisode kényan qui s’achève

En cela, il faut saluer la justesse des propos de François Hollande qui, se faisant grand avocat de l’Afrique à la tribune de l’ONU, a interpellé la communauté internationale sur le cas de la RCA qui, si on n’y prend garde, pourrait devenir le nouveau sanctuaire des terroristes. Cette position doit, du reste, sonner le réveil de l’Union africaine qui doit exploiter cette volonté affichée et cette disposition d’esprit des autorités françaises de combattre ce phénomène, elle qui manque cruellement de stratégies. L’envoi de troupes tchadiennes sur le terrain en RCA est déjà à saluer, d’autant que cela permettra de parer dans une certaine mesure à toute éventualité. En tout état de cause, les dirigeants africains doivent tirer les leçons de l’épisode kényan qui s’achève, se convaincre non seulement de la forte capacité de nuisance de ces extrémistes mais surtout avoir à l’esprit ces propos du Premier ministre somalien, Abdi Farah Shirdon pour qui, « le terrorisme n’a pas de frontières ». Nul n’est donc à l’abri et à tout moment, ces fous d’Allah peuvent frapper.

Outélé KEITA

Publié le jeudi 26 septembre 2013

Source: Lepays.bf