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Un marabout pas comme les autres, Taïba Diané, était l’Imam de la grande mosquée du village de Kéniéroba, dans le Mandé profond. L’Imam guérisseur de fous est décédé le vendredi 26 Décembre 2008 dernier.
Son inhumation a eu lieu le samedi 27 Décembre, devant une foule nombreuse de fidèles, amis et parents venus des quatre coins du Mandé.


Le saint de Kéniéroba

Taïba Diané n’a pas vécu inutile. Né dans la misère, Taïba a vécu dans la misère et est décédé dans la misère. Mais cela n’a jamais entamé sa foi religieuse. Cette situation, il l’a voulue. Il a remis à l’au-delà sa récompense. En effet, Taïba était connu de tout le Mandé comme guérisseur de fous. Vu les nombreux résultats obtenus, sa renommée avait dépassé les frontières du Mali. C’est pourquoi des malades mentaux venaient de la Guinée, de la Côte d’Ivoire et même du Sénégal. Et tous repartaient guéris.

Comment une telle personne pouvait-il mourir dans la misère? Si c’était cet autre marabout, il allait se baigner dans la richesse, construire de nombreuses villas. Mais tel n’a pas été le cas de l’imam de Kéniéroba qui est resté humble et égal à lui-même. Ne disait-il pas à ses patients que son souci majeur est de pouvoir satisfaire la confiance pour laquelle ceux-ci ont recouru à des services?

De même, au terme des traitements et une foi leur guérison définitive, Taïba Diané demandait, en récompense, à ses patients, que ceux-ci lui fassent des bénédictions. Et tous ensemble, ils devaient rendre grâce à Dieu qui lui a donné ses pouvoirs divins de traitement des fous. En plus de ce pouvoir, l’Imam était un saint auprès de qui beaucoup de personnes venaient solliciter des bénédictions.

Cérémonie funèbre

Cultivateur infatigable, l’Imam Diané a vécu à la sueur de son front. Avec ses enfants, ils tiraient sa subsistance du travail de la terre (la houe, la daba). Ayant remplacé le Grand Imam Ladji Doumbia, empêché pour cause de vieillesse, au prétoire de la grande mosquée du village de Kéniéroba, Taïba Diané ne manquait pas d’occasion de dire la parole de Dieu aux nombreux fidèles.

Versé dans la Coran qu’il a appris à Touba, dans le cercle de Banamba, l’Imam, lors de ses prêches de vendredi, s’attaquait aux féticheurs, aux idolâtres, et dénonçait le syncrétisme religieux (ceux qui ajoutaient autre chose à Dieu, les faux musulmans “filankafo”). Il a exercé cette fonction jusqu’au vendredi 26 Décembre 2008. Au moment même où la prière du jour saint débutait, il rendit l’âme à la suite d’une terrible maladie.

Comme un fait de Dieu, la dernière grande sortie de l’Imam a été la fête de Tabaski dernière, à savoir le dimanche 7 décembre 2008 où il a dirigé les prières. Ce jour, l’Imam a fait un long réquisitoire ou cours duquel il a invité les fidèles à resserrer les liens autour de l’Islam.

Et par la même occasion, il a présenté toutes ses excuses à la population du Mandé, et en même temps, sollicité leur pardon. Vingt jours après, l’Imam décédait. Et son enterrement a eu lieu le samedi 27 Décembre 2008 à Kéniéroba. C’est en larmes que les nombreux fidèles l’ont accompagné dans sa dernière demeure.

Des témoignages sur la sainteté de cet homme fuseraient de toutes parts. Combien de mariages n’a t-il pas réglés dans le Mandé? Combien de litiges n’a-t-il pas résolus?

Le dernier voeux de l’Imam était la construction de la nouvelle grande mosquée de Kéniéroba : celle-ci est en chantier.

Mais faute de moyens, elle n’a pas pu être activé à temps. C’est pourquoi c’est l’occasion, pour nous, d’inviter toutes les bonnes volontés à venir en aide à la communauté musulmane de Kéniéroba, afin que ce vœux le plus cher de l’illustre disparu soit exaucé.

Une fois de plus, l’Imam Taïba Diané n’a pas vécu inutile, car le jour même de son enterrement a coïncidé avec l’arrivée de deux malades mentaux venus se soigner. Si décoration il y a, Taïba la mérite, même si c’est à titre posthume.

Lamine TOUNKARA, Correspondant de presse au Mandé

07 Janvier 2009