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Par ces temps qui courent, s’il y a bien un Malien qui ne dort pas sur ses deux oreilles, c’est assurément le désormais général Amadou Aya Sanogo. D’abord contesté par ses compagnons d’armes mécontents de n’avoir pas bénéficié, comme lui, d’eue promotion, il vient d’être sommé de libérer son QG, le camp militaire de Kati, d’où est parti le mouvement d’humeur des « oubliés » des faveurs accordées à certains officiers putschistes du 22 mars 2012. Une sommation assortie d’un ultimatum de quarante-huit heures. Ordre qu’il a exécuté visiblement au garde-à-vous réglementaire.

Un scénario qui laisse un peu coit ceux qui répétaient à l’envi que le tombeur d’Amadou Toumani Touré était l’homme d’Ibrahim Boubacar Kéita, le président nouvellement élu. Ce dernier a aujourd’hui fait le ménage et est même allé dans la garnison militaire pour donner un violent coup de balai. Aujourd’hui, selon plusieurs témoins, les habitants de cette ville-garnison ont maintenant retrouvé le sommeil.

Et pourtant, avant le nouveau président du Mali, des personnalités, et non des moindres, qui s’étaient frottées à l’épineux capitaine s’y sont piquées. Les « bérets rouges », unité d’élite qui assurait la sécurité de l’ancien président ATT, l’avaient appris à leurs dépens, eux qui ont été matés par les « bérets verts » de Sanogo. Soumaïla Cissé, le candidat malheureux à la présidentielle, a été séquestré à domicile et n’a eu la vie sauve que grâce à l’agilité de ses jambes.

Idem pour le président intérimaire, Dioncounda Traoré, qui a été agressé dans son bureau par les proputschistes. Et que dire de Cheick Modibo Diarra qui a été sommé de démissionner de son poste de Premier ministre par Amadou Aya Sanogo ? Le « démissionné » aimait cependant à rappeler qu’au Mali, il n’y avait personne qui pouvait recevoir sa démission.

Le troublion de Kati est-il fatigué ? Toujours est-il que la nomination au poste de général quatre étoiles ne lui a pas été d’un grand secours. Une décision jusqu’aujourd’hui vivement contestée dans pratiquement tous les milieux. C’était en effet un plat difficile à digérer que de constater qu’un capitaine pouvait devenir général de corps d’armée sans aucun haut fait d’armes, si ce n’est d’avoir profité d’une confusion pour s’emparer du pouvoir.

Mais ne dit-on pas qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ? Il faut saluer le courage d’IBK, qui essaie de mettre au pas le remuant officier. Certes l’homme du 22-Mars peut toujours avoir quelques relais au sein de la grande muette et il a toujours ses hommes au gouvernement, mais avouons que ses revers de Kati peuvent sonner le glas de ses ambitions.

Toutes les armes de Kati ont été réquisitionnées, et un militaire sans armes, c’est comme un lion sans dents et même sans griffes. D’aucuns estiment également qu’il a dû recevoir des gages de la part du nouveau locataire de Koulouba, soupçonné à raison ou à tort d’être un de ses proches.

Il est également revenu que le ministre des Domaines de l’Etat n’a pas trouvé mieux que le bureau de l’ancien président de la République, Amadou Toumani Touré, en exil au Sénégal, pour reloger l’encombrant général. N’empêche, l’opération « Saniya », déclenchée par Ibrahim Boubacar Kéita une fois rentré de France, a sérieusement entamé la capacité de nuisance de bien des empêcheurs de gouverner sur les bords du fleuve Djoliba.

Il fallait le faire pour orienter les forces ailleurs. Aujourd’hui, la maison Mali est mise à rude épreuve par le cas « MNLA » et surtout par AQMI, qui est loin d’avoir dit son dernier mot. Les récents tirs de roquettes sur Gao en sont illustratifs. Il ne faut pas se laisser distraire par des sujets entrés dans l’histoire par effraction, car le vrai combat est du côté de Tombouctou, de Gao et de Kidal, de nouveau menacées par les groupes djihadistes armés.

Issa K. Barry

Mise à jour le Mardi, 08 Octobre 2013 20:18

Source : L’observateur Palaaga