Partager

Toute la notoriété de Malick Coulibaly, aujourd’hui ministre de la justice du gouvernement Cheikh Modibo Diarra, est fondée sur son refus de l’immixtion de la politique dans le droit, son refus de l’instrumentalisation de la justice, le refus catégorique de croiser les bras et de regarder ailleurs quand la loi est bafouée et piétinée. C’est cette posture qui lui a valu d’être aujourd’hui a la table du conseil des ministres, d’être appelé parmi les premiers, parmi les preux et les défenseurs de la République et de l’état de droit. Si, par extraordinaire, il venait à déroger aux principes qu’il a créés ou remis à l’honneur, alors il n’a plus aucune raison d’exister à ce niveau de l’Etat, il n’a plus de raison de continuer à exister en tant que garant du respect de la loi. C’est tout le sens de la longue lettre ( détaillée à souhait comme savent le faire les hommes de loi pour que chaque chose soit pesée et comprise , pour que la balance et l’épée symbolique de Damoclès soient toujours en phase,) que le collectif d’avocats Mes Magatte Sèye, Amidou Diabaté et Arandane Touré lui a adressée et dont notre confrère L’Indépendant sous la plume de Bruno Segbedji s’est abondamment fait l’écho.

Le contenu de la lettre ne laisse aucun doute sur l’accusation de violation des droits de l’ homme en rapport avec les arrestations de cadres militaires et des hommes du rang, en détention à Kati. Soumis à des privations en tout genres, à des tortures et autres humiliations inhumaines comme en témoignait dans nos colonnes, le 7 juin dernier Maitre Arandane Touré, ils sont abandonnés à eux-mêmes sans aucune assistance ni de l’Association Malienne des Droits de l’Homme, ni du Conseil Malien des droit de l’ Homme, encore moins des associations de défense des droits humains et même des autorités gouvernementales dont le rôle est d’assurer la prééminence du droit sur l’arbitraire, de l’ arme du droit sur le droit des armes.

Et pourtant, quel que soit la faute commise, et il y a obligation à établir le délit, tout homme selon les principes de droit et du respect de la personne humaine a droit à un traitement en conformité avec les lois et les traités dont notre pays est signataire.

C’est pour cette raison que les avocats Sèye, Diabaté et Touré, dans leur logique de la quête du droit, interpellent le barreau dans son intégralité et au premier chef le Bâtonnier pour dire leur inquiétude et leur indignation. En effet, leur lettre à l’autorité de tutelle de la profession , dont nous avons obtenu copie, note que « les événements regrettables en rapport avec les incidents du 30 au 2 avril ont atteint aujourd’hui un niveau qui ne permet plus aux défenseurs de tous les droits que nous sommes de rester les bras croisés ».

L’interpellation de trois ténors du barreau Malien se fait plus incisive quand ils rappellent que « les hommes du rang et les sous officiers restent à la merci de leur geôliers qui en font ce qu’ils veulent, jour et nuit, sans aucun répit, y compris par des actes que la morale reprouve ». Ils dénoncent des faits attentatoires à la vie humaine. Et la lettre au Bâtonnier de l’ordre des avocats de poursuivre : « pour un avocat la simple dénonciation ne suffit pas, notre rôle, notre essence, notre raison d’être est la défense des droits humains, celle des libertés individuelles et collectives. Nous n’avons pas le droit d’oublier que certains de nos compatriotes sont détenus dans un camp militaire à Kati pour des pseudo-raisons de sécurité. Que ces compatriotes n’ont pas les moyens de se « payer » un avocat et qu’il faut par conséquent les aider, les soutenir et les sortir de ce gouffre »

Au delà du Ministre de la justice, hier, dans la lettre que nous «évoquions plus haut et du Bâtonnier Issaka Keita, aujourd’hui, c’est le premier ministre « de pleins pouvoirs » de la transition, lui-même qui est interpelé. Lui aujourd’hui, le garant du respect des lois de la République et des engagements internationaux, en ce domaine. Avec lui l’ensemble du gouvernement et des Maliens.

Les Conseils, du reste, ne demandent que le strict respect des lois et règlements en la matière pour ainsi éviter à notre pays un nouveau Taoudénit, à peine quinze kilomètres de la capitale, éviter un nouveau camp Boiro, de triste mémoire et d’installer un goulag de crimes et d’horreurs.

C’est pourquoi Maîtres Sèye , Diabaté et Touré en appellent au « sens élevé du devoir » du premier d’entre eux, le Bâtonnier Keita « l’exhortent à exiger la liste complète de toutes les personnes détenues à ce jour à Kati afin qu’elles puissent être défendues par des avocats et enfin recouvrer leur dignité de Malien et d’homme tout court. Car tout compte fait, eux aussi sont présumés innocents »

Et notre confrère 22 septembre de s’interroger : le ministre Malick Coulibaly réputé pour son souci du respect des droits et des libertés fondamentales restera-t-il les bras croisés devant cette situation insupportable et inhumaine, indigne du Mali démocratique ? En tout état de cause, commente L’Indépendant, dans son avant dernière livraison, « en ne mettant pas fin à cette torture, à ces violations de la loi, le Gouvernement, l’Etat du Mali se rendent simplement responsables ou coupables d’une succession de délits ou de crimes ».

S.El kounta

Le Républicain du 13 Juin 2012