Partager

L’objectif assigné à l’Office riz Ségou (ORS) dans l’atteinte de « l’Initiative riz » est de 60 000 tonnes de riz. A mi-parcours de la campagne en cours, le directeur général de l’ORS, Kassoum Denon, se veut optimiste et table même sur une production record dans sa zone d’intervention. Il évoque sans tabou les mesures prises, la mise à la disposition des producteurs des semences et intrants, la redevance eau, la moralisation de l’attribution des parcelles à l’Office riz Ségou. Entretien.


Les Echos : Comment se passe à mi-parcours la campagne agricole 2008-2009 à l’Office riz Ségou dans le cadre de « l’Initiative riz » ?


Kassoum Dénon :
A ce jour, on peut affirmer sans se tromper que la campagne agricole se déroule normalement dans la zone Office riz Ségou. A preuve, les réalisations aujourd’hui sont bien en avance comparées à celles de l’année dernière.

Du point de vue déroulement, la mise en valeur a beaucoup avancé par rapport à l’année dernière. Mieux que ça, du point de vue préparatif de « l’Initiative riz », tous les engrais sont pratiquement en place, les labours-semis ont démarré.

Aujourd’hui, les paysans sont prêts pour la mise en valeur avec beaucoup plus de courage et beaucoup plus de détermination. Nous pouvons dire à mi-parcours que nous sommes nettement en avance sur l’année dernière tant du point de vue pluviométrie que de mise en valeur.

Sur le plan de la pluviométrie, au niveau de toutes nos stations, la situation est supérieure à l’année dernière. Du point de vue de mise en valeur, au niveau du riz, qui est la principale spéculation, nous sommes à 26,74 % contre 9,4 % l’année dernière. Pour le mil, nous sommes à 97 % et pour le sorgho à 95 % contre 91 % l’année dernière.

Pour les préparatifs de « l’Initiative riz », dès que le gouvernement a lancé l’idée, l’objectif de l’Office riz étant fixé à 60 000 tonnes, nous avons aussitôt cru devoir engager une démarche pour sensibiliser largement les producteurs sur l’esprit de « l’Initiative riz ».

Dans ce cadre, nous avons sillonné toute la zone en rapport avec les élus locaux, les représentants de la Chambre d’agriculture, l’administration pour expliquer les ambitions du Mali à nourrir suffisamment le peuple d’ici à l’an 2012. Ce qui constitue l’ossature du PDES du président de la République.

Depuis le mois de mai, nous avons signé tous nos contacts avec deux fournisseurs : Somadeco et Faso-Jigi. Seulement, nous avons quelques petites difficultés à acheminer l’engrais derrière le fleuve. L’hivernage s’étant vite installé, les camions ont du mal à atteindre certaines zones.

Mais, nous sommes en train de prendre des mesures conservatoires pour endiguer ces petites contraintes pour acheminer l’engrais à Farako. Nous espérons que la campagne va se dérouler dans des conditions normales si les conditions pluviométriques et de la crue sont suffisamment réunies.

Les Echos : Est-ce à dire qu’il n’y a plus de handicap pour l’atteinte des objectifs de « l’Initiative riz à l’Office riz Ségou ?


K. D. :
Si je me réfère aux conditions techniques de mise en valeur, c’est-à-dire les moyens matériels et humains, nous pouvons dire que nous allons atteindre les objectifs fixés surtout que nous avons bénéficié de la réhabilitation des casiers de Farako, de Tamani pour un montant de 2,7 milliards.

Nous pensons que ces travaux qui sont en train d’être réceptionnés aujourd’hui doivent constituer des conditions très favorables pour la production du riz, si et seulement si les conditions pluviométriques et de la crue sont réunies. Depuis l’arrivée de « l’Initiative riz », l’ORS a, dans le cadre des préparatifs, acheté plus de 110 tonnes de riz composé de différentes variétés de riz de submersion contrôlées.

De plus, nous avons payé sur fonds propres (fonds sinistres) 5 tonnes de « Nérica » que nous avons placées au niveau des producteurs. Cela, ajouté aux semences déjà disponibles au niveau des producteurs, le problème de semences ne s’est jamais posé à notre niveau cette année.

Pour ce qui concerne les engrais, Dioro est approvisionnée à 100 %, Sansanding qui est la deuxième zone à 100 %, Konodimi et Farako sont approvisionnés à hauteur de 60 %. Comme c’est l’urée qui vient en dernière position, nous pensons que tout va rentrer dans l’ordre avant la fin des dates limites des semis qui sont prévues entre le 20 août et 30 août pour le riz dressé. Si la pluviométrie et la crue sont au rendez-vous, nous irons à une production record.

Les Echos : Quels sont vos rapports présentement avec les paysans ?

K. D. : Nos rapports sont au beau fixe. Depuis que nous sommes là, nous avons développé une démarche participative. Donc, tout ce qui se décide, tout ce qui s’initie l’est en rapport avec les producteurs. Dans ce contexte, tout ce que nous avons engagé comme effort pour préparer la campagne, nous l’avons suffisamment partagé avec les producteurs.

Nos rapports aujourd’hui sont on ne peut plus cordiaux. Ils l’ont dit devant le ministre, ils ont parlé avec leur cœur, ils sont décidés pour eux-mêmes et pour la nation entière comme pour dire si « l’Initiative riz » n’était pas là, il fallait la créer parce que par rapport à la conjoncture actuelle, à la vie chère, il était difficile pour le paysan malien d’acquérir un sac de DAP, qui coûte 25 000 F CFA.

Si le gouvernement ramène ce prix à 12 500 F CFA, nos paysans estiment que le gouvernement a fait ce qu’il pouvait. Il reste à eux maintenant de s’engager. Donc, dans cet esprit, les rapports avec les producteurs sont excellents.


Les Echos : Est-ce que la question de la redevance eau est toujours d’actualité à l’ORS ?


K. D. :
Chez nous, la redevance n’est plus d’actualité. Elle se paye sans qu’on s’en rende compte au niveau de la direction parce qu’il y a un schéma qui est mis en place et qui ne souffre d’aucune insuffisance. A preuve, cette année, nous sommes à 97,15 % de recouvrement en moyenne. Ça veut dire, qu’il y en a qui ont fait 99 %. La redevance eau se paie correctement à l’Office riz Ségou et elle se paye par les producteurs mêmes qui sont chargés de récupérer et de la verser dans les caisses de l’Office riz Ségou.

Les Echos : Où en êtes-vous avec la moralisation dans l’attribution des parcelles ?


K. D. :
Pour l’attribution des parcelles, cette année, nous avons mis en place une commission composée des producteurs et de l’encadrement pour davantage la moraliser. Nous avons constaté que certains détiennent 12 à 20 hectares tandis qu’il y a des paysans qui n’ont qu’un ou deux hectares. Nous avons estimé qu’en cela il n’y a pas de justice parce que comme vous le savez, la population du Mali aujourd’hui a doublé dans chaque village sinon triplée.

Donc, s’il y a des familles qui ont 20 hectares et d’autres qui sont à côté et n’ayant même pas deux hectares, nous disons que cela est injuste et nous avons mis une commission en place pour essayer d’atténuer cette disproportion d’attribution des parcelles. Déjà, c’est une première campagne et ce qui a été fait cette année est appréciable. Cette dynamique enclenchée se maintiendra. D’ici 2 à 3 ans, nous allons essayer d’équilibrer au moins l’attribution moyenne dans notre zone d’intervention.

Les Echos : Y a-t-il une menace de prédateurs dans votre zone d’intervention ?


K. D. :
Pour le moment, nous rendons grâce à Allah. Aujourd’hui, il n’y a aucune signalisation de prédateurs, ni de chenilles, ni d’oiseaux granivores. Aujourd’hui, la situation est très calme.

Mais des mesures sont prises déjà en rapport avec l’Office de protection des végétaux (OPV), qui a une antenne à Ségou qui travaille en étroite collaboration avec l’Office riz Ségou. Les brigades constituées sont en état de veille en rapport étroit avec l’antenne OPV de Ségou. Nous sommes aussi en rapport avec la direction générale de l’OPV de Bamako, qui nous donne tous les renseignements relatifs à la menace éventuelle d’oiseaux granivores et de prédateurs.


Propos recueillis par

Mohamed Daou

11 Aout 2008