Partager

A l’Office riz Ségou (ORS), l’optimisme est certain, le terrain étant déblayé pour l’atteinte des 60 000 tonnes, quota fixé à la zone ORS. A l’issue d’une tournée de cinq jours sur le terrain le directeur général de l’ORS, Kassoum Dénon, a bien voulu se prononcer sur « l’Initiative riz » du Premier ministre en laquelle il croit et qui serait l’occasion d’amélioration des conditions de vie et de travail des producteurs en particulier, et de source de devises pour le pays.

Interview.

Les Echos : Croyez-vous sincèrement en la réussite de « l’Initiative riz » ?


Kassim Dénon :
Moi, sincèrement parlant, j’y crois. Je crois en la faisabilité de « l’Initiative riz ». Dans un pays, il faut, à un moment donné, avoir des ambitions. Il y a un retraité qui nous a dit à Dioro que quand il quittait l’Office du Niger en 1962, les superficies de l’Office du Niger n’ont pas été évaluées. Cela veut dire quelque part qu’il y avait une léthargie.

Si aujourd’hui, le gouvernement en place face à la crise mondiale prend cette décision politique, cette décision volontariste, moi j’y crois sincèrement parce que je suis dans le secteur depuis bientôt 30 ans. J’ai fait tous les paliers de l’agriculture et aujourd’hui, je suis à un niveau où je peux, en jetant un regard rétrospectif, réussir. Je crois aujourd’hui que si les gens s’y mettent on peut même dépasser les 1,6 millions tonnes.

Nous ne le souhaitons pas, mais même si on ne les a pas cette année, nous avons trois avantages, sinon quatre. D’abord, « l’Initiative riz » a l’avantage de mettre tout le monde en mouvement. Deuxièmement, elle a l’avantage d’être une prise de conscience collective.

Troisième chose, si on y va et qu’on n’y arrive pas, nous pourrions au moins identifier les goulots d’étranglement et les traiter conséquemment d’ici l’année prochaine. Ce qui veut dire qu’à très court terme, nous sommes en mesure de réaliser cet objectif.

C’est pourquoi, moi j’y crois et comme vous l’avez vu, j’ai fait le tour avec les producteurs. Les producteurs croient et peuvent faire mieux que ça si toutes les mesures d’accompagnement qui sont énoncées arrivent à être réalisées de la part du gouvernement en termes d’appui.


Les Echos : Est-ce à dire que l’Office riz Ségou serait en mesure d’honorer le quota qui lui a été attribué, c’est-à-dire les 60 000 tonnes ?

K. D. : L’Office riz Ségou serait en mesure d’honorer le quota qui lui a été attribué. Nous-mêmes projetions 30 000 hectares cette année, mais nos rendements oscillaient entre 1,8 et 1,9 tonne. Moi, je pense que nous pouvons valablement l’atteindre.

Il s’agit maintenant de mener un encadrement de proximité, d’échanger avec les producteurs, de changer même d’attitude au regard de moyens qui vont être mis en œuvre. Les 60 000 tonnes, nous, nous sommes en mesure de les atteindre.


Les Echos : Les producteurs sont-ils disposés à vous accompagner dans le parcours à la lumière des contacts que vous avez eus avec eux durant la tournée ?

K. D. : Les producteurs sont prêts. Certains ont même pris l’engagement d’aller au-delà du quota qu’on leur demande, à condition que les engrais, les semences et la commercialisation soient suffisamment organisés. Nous avons l’avantage que les producteurs ont l’habitude de la riziculture, ils sont déjà rompus à cette technique.

Je pense qu’ils sont en mesure si les mesures d’accompagnement sont là et qui est un encadrement, une bonne organisation, d’aller au-delà des tonnages qu’on leur a demandés.


Les Echos : Selon vous quelles sont les difficultés de nature à compromettre la concrétisation de « l’Initiative riz » ?

K. D. : Les difficultés aujourd’hui qui peuvent être de nature à ne pas nous permettre d’atteindre les objectifs, il y a le problème des casiers à insécurité hydraulique comme Tamani et Farako dont le riz est produit avec l’effet combiné de la pluviométrie et de la crue du fleuve.

Une fois que la crue ou la pluviométrie n’est pas au rendez-vous, cela peut défavorablement jouer sur le niveau des rendements. Si cela était, nous ne le souhaitons pas, ce sera un facteur exogène indépendant de notre volonté.

Nous pensons que même si cela arrivait, à la faveur des grands travaux qui sont en train d’être réalisés en l’occurence la réhabilitation de ces casiers, les contraintes peuvent être minimisées. Nous avons beaucoup insisté sur le respect strict du calendrier agricole. Et nous allons prendre des mesures énergiques pour amener les producteurs à son respect.


Les Echos : Quelle sera désormais l’incidence de cette « Initiative » sur la riziculture au Mali ?

K. D. : « L’Initiative riz » au Mali est une chance que nous devons saisir parce que comme je l’ai dit aux paysans, si ce n’est l’or, le Mali n’a pas de ressources.

Aujourd’hui, le coton est en perte de vitesse, le Mali n’a pas de pétrole, le Mali achète tout à l’extérieur qu’il s’agisse du ciment ou du fer. Même pour le riz, si on ne faisait pas attention, on allait l’acheter à l’étranger.

J’ai eu l’avantage d’aller représenter le ministère de l’Agriculture avec le directeur de la Cellule de planification et de statistiques (CPS) à Stamboul l’an dernier à la 42e session de la FAO sur la production des céréales. Ce problème y a été posé.

Il nous a été dit que le problème de déficit céréalier va indibutablement se poser parce que l’Australie, l’Argentine, l’Asie et les Etats-Unis, qui sont les grands producteurs de blé et des grands producteurs du riz, ont converti un quart de leurs productions en biocarburant et que cela devrait avoir une incidence sur la satisfaction des besoins en céréales.

Je savais déjà personnellement après être rentré de mission que ce problème allait venir. Mais puisque, je suis loin des centres de décision, nous avons eu à rendre compte à qui de droit.

« L’Initiative riz » reste néanmoins une chance pour le Mali parce que le potentiel dont nous disposons n’est comparable qu’au potentiel de l’Egypte où j’ai fait un stage de 6 mois de spécialisation en vulgarisation.

Je sais que ce pays dispose des potentialités, mais en matière d’irrigation, nous avons beaucoup plus de facilités que l’Egypte. Avec toutes les plaines inondables que nous avons ici, nous pouvons tirer beaucoup de profits.

Je pense que l’occasion est donnée aux Maliens de prendre non seulement le F CFA des voisins comme ressources et amener l’euro ou le yen des autres.

Les Echos : Peut-on d’ores et déjà dire qu’avec « l’Initiative riz », on peut s’attendre à une amélioration des conditions de vie des paysans ?


K. D. :
Ça fait 20 ans que je suis dans le système de riziculture irriguée. J’ai participé à toutes sortes de colloques au niveau national et international, mais je dis aujourd’hui aux paysans que c’est la première fois depuis que je suis dans l’agriculture que l’Etat subventionne le riz.

Avant les producteurs venaient nous voir pour dire qu’ils ont pris des crédits, mais qu’ils ont des difficultés à écouler leurs produits.
Mais aujourd’hui, il n’y a pas de problème, le riz sera acheté.

Je pense que c’est le tour maintenant des riziculteurs de s’enrichir. Si « l’Initiative riz » était poursuivie avec tout l’engagement politique, toute la détermination des producteurs et des autorités politiques, cela va améliorer notablement les conditions de vie des producteurs surtout des riziculteurs.


Les Echos : Au cours de la tournée, il a été beaucoup question de la redevance eau et de la sous-traitance des parcelles. Qu’avez-vous à dire sur ces deux points ?


K. D. :
Au niveau de la redevance eau, je me réjouis du fait que nous sommes à 95,80 % de taux de recouvrement. Cela veut dire que ce problème est complètement maîtrisé à l’ORS.

Et ce sont les paysans mêmes qui récupèrent la redevance pour aller la reverser au niveau des caisses de l’Office riz. Mais, il m’a fallu au moins 10 ans de sensibilisation, de brutalité, d’explications et de conviction. Aujourd’hui, la question qui se pose, c’est qu’il y a une mauvaise répartition des parcelles.

Il y a des gens qui disposaient de 20 hectares tandis qu’il y a des paysans qui n’ont que 2 ou 3 hectares. Il y a des gens qui ont travaillé ici à l’Office riz Ségou et qu’ils ne sont plus là, mais disposent de plus de 22 ha, 30 ha qui sont exploités à leur compte. Je dis que je mettrais fin à cela. Les producteurs sont d’accord, ils ont dit que j’ai même tardé.

Ce n’est pas facile, mais nous allons nous y engager. Nous avons fait la lutte pour assainir le remboursement de la redevance, nous allons faire la lutte également pour assainir l’exploitation des producteurs.
Les producteurs sont convaincus qu’il faut cette mesure énergique et nous allons y arriver.

J’ai déjà dit qu’avec « l’Initiative riz », on ne plus se permettre de s’accrocher à 20 hectares et qu’on ne peut pas sortir le rendement exempté. Cela n’est pas possible, car ce n’est pas équitable.

C’est un message fort que nous avons lancé. La décision a été prise devant les élus locaux, devant l’administration et j’ose espérer de l’appui des uns et des autres pour arriver à ce changement de comportement pour au moins rendre l’exploitation équitable.


Les Echos : Quelle image gardez-vous des producteurs aux termes de votre tournée de sensibilisation ?

K. D. : Vraiment, je garde de très bonnes images des producteurs. Je suis resté ici pendant plus de 10 ans, je me suis rendu compte aujourd’hui que tout ce que nous avons déployé comme efforts de sensibilisation et de vulgarisation est perçu.

C’est vrai, il y a quelques angoisses qu’on peut constater ça et là, parce que chaque fois qu’il s’agit de retirer une parcelle à un paysan, c’est à ce moment qu’il se met dans tous ses états. Il faut le gérer ainsi. Sinon, aujourd’hui, je suis très confiant. Je suis très réconforté quelles que soient les petites craintes de certains.

Je me suis rendu compte que les efforts ont porté fruit parce que vous avez vu, sur tout le long du trajet, que les producteurs ont fait des améliorations de système. Ça veut dire qu’ils commencent à comprendre.


Propos recueillis, à Ségou, par

Mohamed Daou

(envoyé spécial)

21 Mai 2008