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Kassim Traoré, journaliste à l’hebdomadaire ‘’Le Reporter’’, après son reportage dans le camp militaire ‘’Soundiata’’ de Kati, s’est confié au journal ‘’Le Républicain’’. Il dévoile à cœur ouvert le grand bluff du gouvernement malien. Les nouvelles autorités maliennes, face à la question de normalisation de la vie constitutionnelle et de la nécessaire soumission de l’autorité militaire au pouvoir civil, ont-elles choisi de rouler dans la farine, les Maliens, l’opinion nationale et internationale ? Sans langue de bois le journaliste Kassim Traoré dévoile la politique d’autruche du pouvoir d’Ibrahim Boubacar Kéita, face au Général Amadou Aya Sanogo : Kati ferait peur à Bamako, et même à Koulouba. Une interview à lire !

Le Républicain : Suite à l’annonce faite par le gouvernement de son contrôle désormais sur le camp ‘’Soundjata’’ de Kati, vous vous êtes rendu sur le terrain pour constater de visu. Le titre de votre article a fait sensation : « arrestation de militaire à Kati/Le grand bluff du gouvernement ». Qu’est ce que vous avez constaté à Kati au cours de votre visite ?

Kassim Traoré : D’abord, ce qui nous a poussé à faire cette visite, c’est que c’est bien qu’un gouvernement communique avec autant de ferveur et d’enthousiasme, mais au delà du communiqué, est-ce que nous même en tant que journaliste, nous ne pouvions pas aller sur le terrain voir de visu ce qui se passe ? Ce samedi, j’ai profité du baptême d’un collègue, pour faire le tour du camp.

Entre la descente dite musclée, le discours de ‘’neutralisation’’ des mutins et de récupération des armes du Général Amadou Aya Sanogo, et la sécurité imposée par l’opération Saniya, telle qu’annoncée par le gouvernement, quelle était la réalité de l’état des lieux ? Kati a-t-il été assaini comme indique l’opération Saniya ? Notre grande surprise a été de constater la peur dans laquelle sont plongées les populations de Kati, contrairement au discours officiel.

Le Républicain : Qu’avez-vous constaté dans le camp de Kati ?

Kassim Traoré : Le samedi, date de notre visite, au Camp Soundjata de Kati, nous avons vu que le Général Amadou Aya Sanogo occupait toujours le même bâtiment et le dispositif de sécurité y était bien renforcé. Des éléments de l’opération dit Saniya se trouvaient tout autour pour y assurer la sécurité.

En plus des gardes, des BRDM étaient dans la cour du Général Amadou Haya, ainsi que sa garde rapproché bien équipé. Certains militaires nous ont dit que les éléments de l’opération Sanya étaient restés à environ 200 mètres de la résidence de Sanogo et n’y ont jamais mis pied.

« La preuve est que vous ne voyez aucun impact de balle ici. Par contre les impacts sont bien visibles à 200 mètres de nous, au niveau du comité militaire, où ils se sont limités », nous ont témoigné certains. Là-bas, nous avons vu effectivement, des débris de vitres et des véhicules en caillasses, devant la porte fermée du Comité militaire. La résidence du Général Amadou Aya Sanogo n’aura été nullement touchée par cette opération Saniya.

Le Républicain : Comment la population de Kati perçoit-elle cette opération Saniya qui n’a nullement inquiété Sanogo ?

Kassim Traoré : La population de Kati parle de cette opération avec ironie, à l’allure d’une mise en scène. Pour elle, il n’y a pas eu d’assainissement, il n’y a rien eu. Seulement les révoltés ont été neutralisés. Toute la tête de la junte est sur place. Par ce que Amadou Aya est sur place bien équipé, mieux sécurisé. En outre, Seyba Diarra, le cerveau même du coup d’Etat du 22 mars 2012 est chez lui. Nous l’avons trouvé ce samedi autour d’une tasse, mangeant très tranquillement chez lui avec des gardes, plusieurs véhicules à la porte, tous neufs. Alors nous nous sommes dit que les populations avaient raison en nous disant que ce que notre gouvernement évoque était loin de la réalité. Et donc la synthèse pour nous, toute cette opération, ce n’est que du bluff de la part du gouvernement.

Républicain : Le communiqué du ministre de la défense Soumeylou Boubeye Maiga, soutenait que toutes les armes des mutins et celles à la résidence du Général Sanogo avaient été récupérées et mises à la disposition de l’état major général des armées. Au regard de ce que vous avez vu quel commentaire faites-vous?

Kassim Traoré: Personnellement après le samedi, je suis retourné à Kati le dimanche par simple curiosité de journaliste, j’ai trouvé qu’au contraire les armes au niveau du Général Sanogo n’ont pas été récupérées, en tout cas jusqu’au moment où nous avons quitté. Non seulement les armes chez Sanogo n’ont pas été récupérées, mais au contraire, des éléments qui y sont venus sont là en train de renforcer sa sécurité.

Républicain: est-ce pour cette mission qu’ils sont arrivés : la protection du General Sanogo?

KassimTraoré: Selon la population, Sanogo devait quitter le camp avec l’opération Saniya. Par ce qu’il y a un autre un problème en sourdine qui est qu’en présence de Sanogo, le commandement militaire normal du camp ne peut pas travailler, ça c’est un vrai problème.

Républicain : La présence de Haya fait elle obstacle ?

Kassim Traoré: Certains disent clairement qu’il y a des décisions qui ne peuvent pas être prises au niveau du camp de Kati, du fait de la présence du General Amadou Aya Sanogo. D’où pour eux, l’intérêt même de l’intervention de l’opération Saniya, c’était de mettre tout le monde sur le même pied d’égalité. Mais ce que la population a constaté et qui est visible aujourd’hui, c’est que seuls les mutins ont été neutralisés, désarmés, arrêtés et interrogés. En revanche, les barons de l’ex junte n’ont pas d’inquiétudes.

Républicain : L’opération Saniya a plutôt profité à Amadou Aya Sanogo ?

Kassim Traoré: Elle lui a profité plus que tout le monde, par ce que jusqu’à la preuve du contraire, on continue de dire que le gouvernement va trouver une solution pour le faire sortir de Kati.

Républicain: Apparemment, il n’est pas sur le départ ?

Kassim Traoré: Non Sanogo n’est pas en train de préparer son départ, franchement. J’ai vu des gens renforcés et qui sont sûrs qu’il n’y aura rien de mal contre eux. C’est un peu, à la limite même ce que les petits enfants de Kati vous disent, « Kati va faire peur à Bamako parce que Kati est renforcé ».

Républicain: Après avoir fait cette révélation sur la situation à Kati, êtes-vous inquiété, vous sentez-vous menacé ?

Kassim Traoré: Franchement je ne suis pas inquiet, même si je reçois des menaces. Il y a certainement des individus qui ont essayé de nous intimider, de nous harceler avec des messages …

Républicain: Après la publication de l’article vous avez reçu des menaces ?

Kassim Traoré: Il y a des gens qui essayent de nous dire on sait ce que tu fais, où tu vas, fais attention! Malgré ces messages nous ferons notre travail.

Républicain: Connaissez-vous les personnes qui vous menacent ?

Kassim Traoré: Non, il s’agit souvent d’appels masqués.

Réalisée par Aguibou Sogodogo,

Ousmane Baba Dramé

Boukary Daou

Source: Lerepublicain du 10 Octobre 2013