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Après le sacre du Djoliba AC en championnat et en Coupe du Mali et un parcours honorable en Coupe CAF, le président du Djoliba Athlétic Club de Bamako, Karounga Kéïta dit «Kéké» nous a accordé une interview. Etant heureux d’avoir fait le doublé cette année, il s’est dit également soucieux pour relever les défis de l’année prochaine notamment en ligue des champions africains qui demande beaucoup de moyens financiers. Par ailleurs, il est revenu sur le départ de Souleymane Dembélé en Hongrie sans l’aval du club, le manque de fair-play des supporters du Djoliba lors de la finale de la Coupe du maire et la déroute des Aigles face au Congo Brazza, le 7 septembre 2008.

Le Républicain : Au début de cette saison 2008, vous vous êtes fixé trois objectifs : rentrer dans la phase des poules de la Coupe de la Confédération africaine de football (CAF), être le champion du Mali et remporter la Coupe du Mali. De ces trois objectifs, deux ont été atteints à savoir le championnat et la Coupe du Mali. Quels sont alors vos sentiments après le doublé de votre club ?

Karounga Kéïta : A la date d’aujourd’hui, je suis satisfait, très heureux de la performance accomplie par mon club, le Djoliba Athlétic Club de Bamako. C’est une performance qui est quand même relative, parce que nous nous étions fixés trois objectifs. C’est le championnat du Mali qui était notre objectif numéro un. Rentrer dans la phase de poule de la coupe CAF, c’était l’objectif numéro deux. Et mieux que ça vous savez ce n’est pas être prétentieux. Non seulement on voudrait rentrer dans la phase de poule, mais pourquoi ne pas gagner la coupe de la CAF.

En réalité c’était notre objectif. Et le dernier objectif, c’était quand même de garder la Coupe Dame qu’on avait déjà gagnée la saison 2006-2007. Alors ceci étant, je vous disais tout à l’heure que je suis heureux. Sans plus, parce qu’un président de club c’est toujours un éternel recommencement. Il y a déjà la saison 2008-2009 qui pointe à l’horizon et il faut pour cela garder notre statut de bonne équipe au Mali. C’est de refaire le même chemin que la dernière fois, la saison 2007-2008. C’est-à-dire gagner le championnat du Mali, gagner la Coupe du Mali et rentrer dans la ligue des champions. Mais ceci n’est pas facile, parce que pour cela il faut franchir d’autres obstacles.

Vous êtes passé de justesse à côté de la phase de poules de la Coupe CAF. Qu’est-ce qui n’a pas marché, d’après vous ?

Non, si on revoit le film du match, tout a marché ce jour-là. Je dirai tout simplement que la chance n’était pas avec nous surtout quand on a un penalty en milieu de deuxième mi-temps et le rater. Bon, nous avons même un deuxième penalty que le référé n’a pas sifflé et puis les tirs au but. D’ailleurs footballistiquement parlant, ce n’est pas une défaite, c’est tout simplement une élimination aux tirs au but. Donc, je ne regrette pas cela sur le plan sportif. Je vous dirai ce qui m’a le plus ému, c’est de voir ce jour-là tout le terrain en rouge. C’est une image que j’ai fixée dans ma tête et que je n’oublierai jamais. Il y avait peut-être 50 000 personnes toutes en rouge pour supporter le Djoliba. Et cela, c’est un des meilleurs souvenirs de mon titre de président.

Après avoir remporté le titre de champion 2008, le Djoliba sera le représentant du Mali en ligue des champions africains l’année prochaine. Et cela demande beaucoup de moyens financiers. Que comptez-vous faire pour réunir les conditions afin de bien aborder vos différents matches ?

Oui, je vous disais tout à l’heure que j’étais un président heureux, mais soucieux, parce qu’il faut avoir les moyens de ses ambitions toujours. Au Mali, malheureusement les clubs ne bénéficient pas de soutien financier. Comme l‘équipe nationale de football du Mali. Par exemple, les Aigles qui sont supportés par l’Etat. Dans mon pays, on n’a pas malheureusement la culture du sponsoring. Des grosses sociétés qui viennent aider les clubs. A titre d’exemple, une équipe comme l’ASEC d’Abidjan, avant la crise en Côte d’Ivoire, bénéficiait de plus d‘un milliard avec les sponsors.

Au Burkina Faso à côté, l’ASFA Yenenga, par exemple, a aussi des sponsors. C’est qu’il n’est pas donné aux clubs maliens d’avoir toujours le soutien des grosses sociétés. Et c’est pourquoi mon souhait est que l’Etat, le gouvernement, ainsi que les grosses sociétés sponsorisent les clubs de football. Et avec des sommes vraiment raisonnables, mais vraiment pas dérisoires.

Pour faire un parcours honorable dans cette compétition, il faut avoir de bons joueurs. Or, on constate que certains de vos titulaires commencent à partir pour d’autres clubs. Pensez-vous que ces départs n’auront pas un impact négatif sur la performance du club ?

Si, si nous perdons nos joueurs, c’est sûr que cela va faire un impact négatif, parce que non seulement ce sont de bons joueurs, mais surtout entre eux, il y avait une osmose, une harmonie dans le jeu. Nous pouvons recruter de bons joueurs, mais il y a toujours une période d’adaptation des uns par rapport aux autres. Bon, pour le moment, rien n’est fait. Il y a des lettres d’intention qui nous sont arrivées à propos de certains de nos joueurs. Mais aucune partance n’est sûre encore comme aucune arrivée n’est encore en lice. Nous sommes en train de reconstituer ou du moins de refaire l’équipe pour la saison prochaine. Et nous souhaitons qu’elle soit meilleure que la saison passée.


C’est dire que vous allez faire des recrutements de haut niveau pour remplacer les partants ?

Bon recrutement de haut niveau, c’est un gros mot, parce qu’il faut avoir les moyens de sa politique. On nous a même proposé de bons joueurs venant de pays étrangers, mais il faut avoir la somme pour les payer. Deuxièmement, ces joueurs, est-ce qu’ils vont s’adapter tout de suite au Djoliba ? Notre souhait comme je vous ai dit, c’est de garder le groupe qui existe et de nous renforcer. Mais cela n’est pas facile. Nous n’avons pas le budget par exemple de l’Etoile du Sahel qui est de 13 milliards de F Cfa, des autres équipes, des autres clubs maghrébins. Alors, moi je pense que le plus important pour nous, c’est de garder l’effectif et de travailler encore plus.

Il y a une situation qui défraie la chronique ces derniers temps. Il s’agit du départ de Souleymane Dembélé pour la Hongrie. Certains disent même qu’il est allé sans l’aval du club. Quel est votre point de vue sur ce cas ?

Effectivement, Souleymane Dembélé est parti sans que nous soyons au courant en Hongrie avec une équipe, je crois Honved de la capitale de Budapest. Nous n’étions pas au courant. Notre politique, nous ne sommes jamais contre le départ des joueurs en raison de la philosophie de la CAF (Confédération africaine de football) qui consiste à laisser les joueurs circuler librement. Pour le Djoliba, je suis certain, c’est le club qui a fait le plus de transfert du Mali à l’extérieur. Alors, nous ne voyons pas pour quelle raison, nous aurions refusé de laisser Souleymane partir. Mais, il est même parti à un moment qui n’était pas bien choisi. C’est juste à la veille de la finale de la Coupe du Mali. Et il est parti d’ailleurs avec un autre joueur Moussa Diallo. C’est absolument ridicule, parce qu’aussitôt après la finale de la Coupe, son compère Amadou Sidibé, on l’a transféré à Auxerre.

Donc Souleymane, quand il est arrivé en Hongrie le club Honved nous a adressé une lettre en nous demandant si c’était un joueur amateur ou pas et d’envoyer la lettre de sortie. Bien sûr, nous avons répondu que c’est un joueur qui joue dans l’équipe nationale du Mali avec les Djilla, Seydou, Frédéric et qu’il a un prix. Nous attendons leur proposition financière pour réagir. Voilà où nous en sommes et depuis nous n’avons pas de réaction des Hongrois. Mais c’est sûr que Souleymane ne peut pas jouer sans la lettre de sortie délivrée par le Djoliba.

Contrairement à la rencontre contre le Club africain de Tunis où ils ont été d’un calme olympien, les supporters du Djoliba ont manqué de fair-play face à la décision (contestable, il est vrai) de l’arbitre central lors de la Coupe du maire du District. A votre avis, qu’est-ce qui a motivé ce changement de comportement ?

Alors, il y a certaines vérités que je vais vous dire. D’abord je n’étais pas là à ce match contre le Stade lors de la finale de la Coupe du maire. J’étais en France avec le joueur Amadou Sidibé. Deuxièmement, je condamne fermement ce qui est arrivé de la part de certains écervelés du Djoliba, parce que ce n’est pas notre culture au Djoliba. Ça ne rentre pas dans notre philosophie. Les supporters qui ont fait cela, nous allons les sanctionner au-delà de ce que la ligue peut prendre comme sanction.

En tout cas, en tant que président du Djoliba, je suis très déçu de ce comportement. Et je présente toutes nos excuses aux instances du football pour ces écervelés qui ont terni notre image. L’arbitre, il peut être mauvais comme la canne, mais ce n’est pas une raison de rentrer sur le terrain et de l’agresser. Ce n’est pas dans notre culture au Djoliba. Ce n’est pas dans notre compréhension du sport et je le regrette très sincèrement.


Le dimanche 7 septembre 2008, nos Aigles ont été battus par le Congo Brazza en cinquième journée du premier tour des éliminatoires combinés Can/Coupe du monde 2010. En tant que vice-président de la Femafoot et ancien joueur international, quelle analyse faites-vous de cette défaite ?

Là encore, je n’ai pas vu le match. Comme je vous ai dit, dimanche dernier j’étais en France pour le transfert d’Amadou Sidibé. Dès ma descente de l’avion, ma première intervention, c’était de demander le score du match Congo-Mali. Et j’étais déçu quand on m’a dit que c’est le Congo qui a gagné 1 à 0. Mais ceci étant, je trouve qu’on politise trop le football au Mali. Maintenant, j’ai posé la question au secrétaire général de la fédération mercredi, quel est le classement dans notre groupe ? Le Mali reste premier du groupe c’est ce qu’il m’a dit. Alors, moi je dis qu’il ne faut pas en faire un gros problème.

A partir du moment où le Mali est toujours en tête, que nous devons recevoir pour le prochain tour l’équipe du Tchad à Bamako, nous avons toujours notre chance d’être qualifiés pour la Can qui doit se dérouler en Angola en 2010. Maintenant pour la Coupe du monde 2010, je suis certain que cela ne va pas être facile. Mais avec l’effectif que nous avons, nous avons toujours nos chances. Moi je suis tranquille, je pense que les Aigles ont toujours une chance de se qualifier.

Réalisée par Hadama B Fofana

12 Septembre 2008