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Il a gravi tous les échelons du Djoliba AC en tant que joueur, entraîneur et dirigeant. Aujourd’hui 1er vice-président de Malifoot, Karounga Kéita nous parle de son secret, juge son mandat et estime qu’en dépit de gros moyens consentis, l’Etat doit intervenir auprès des entreprises dans la survie des clubs. Entretien.

Les Echos : Depuis quand êtes-vous à la tête du Djoliba et quel est le secret de cette longévité ?

Karounga Kéita : Je suis président du Djoliba depuis février 1990. Je n’ai jamais demandé à être président. Et je crois qu’on m’a réélu quatre fois de suite sans que je pose ma candidature. Cela veut dire qu’il y a une certaine confiance entre la grande masse des supporters et la direction du club. Nous n’avons pas le sentiment que nous ne sommes pas d’accord avec les supporters.

D’ailleurs nous sommes en parfaite symbiose avec eux. Je pense que c’est ce qui explique la quiétude et puis il y a aussi les résultats qui sont là. Le Djoliba est un club bien connu sur le plan africain, qui réalise régulièrement des performances sur le plan national. Et je pense que c’est ce qui explique cette longévité, cette stabilité.

Les Echos : Qu’est-ce qu’un bon dirigeant, selon vous ?


K. K. :
C’est d’abord et avant tout un penseur de l’action. Un penseur de l’action, c’est quelqu’un qui conçoit quelque chose et qui le réalise. Un penseur de l’action est différent de ce qu’on appelle un penseur de la théorie.

Par exemple Mao Zedong qui a fait la Chine était un penseur de l’action. Il a conçu quelque chose, il l’a réalisée. Un bon dirigeant, c’est quelqu’un qui conçoit quelque chose et qui le réalise. Mais pas quelqu’un qui passe son temps à écrire, à faire des discours.

Les Echos : Avez-vous un projet de développement du Djoliba ?


K. K. :
J’ai toujours eu un projet pour le développement du Djoliba. D’abord j’ai été joueur du Djoliba, je suis un membre fondateur du club. Et le club nous l’avons créé en août 1960 dans le salon du président Tiéba Coulibaly (paix à son âme). Nous lui avons donné le nom Djoliba et après je suis parti en France pendant dix ans pour mes études.

Je suis revenu avec un doctorat d’Etat en droit, mais en même temps j’ai été joueur professionnel aux Girondins de Bordeaux et de retour au Mali j’ai été entraîneur du Djoliba pendant 18 ans. Maintenant je suis président depuis bientôt 18 ans aussi.


Les Echos : Qu’est-ce qui explique, selon vous, une certaine instabilité au sein des clubs ?

K. K. : Vous me dites qu’il y a souvent une instabilité dans les clubs. Il vaut mieux demander à ceux qui amènent cette instabilité et la raison de leurs mouvements, de leurs actes, de leurs déclarations. Et ce dont je suis sûr, c’est qu’il faut la stabilité pour faire des réalisations, et également travailler tranquillement.

Maintenant au sein du Djoliba, nous savons qu’il y aura toujours quelques détracteurs, mais ce dont nous sommes sûrs également nous avons la confiance de 90 ou 95 % des supporters du club, et nous travaillons tranquillement.


Les Echos : Le sponsoring des clubs maliens pose problème, qu’en dites-vous ?


K. K. :
C’est un phénomène que je regrette personnellement. Au Mali il n’y a pas ce que j’appelle la culture du sponsoring. Les clubs ne sont pas aidés.

Je sais que l’Etat fait beaucoup pour les équipes nationales et dans la sous-région c’est un des pays qui a le plus d’infrastructures, qui aide le plus les équipes nationales mais je souhaiterais également que les autorités sans nous donner de l’argent interviennent au niveau des entreprises pour sponsoriser les clubs.

C’est ce qui se passe en Côte d’Ivoire, au Burkina, etc. En tout cas, les clubs maliens sont les plus démunis s’agissant de l’apport des sponsors.

Au Djoliba, ce qui nous sauve plus ou moins, ce sont les transferts que nous arrivons à réaliser de temps en temps mais là aussi c’est mal perçu. On dit de façon un peu irréfléchie que le président du Djoliba vend des joueurs. Mais ce n’est pas le président du Djoliba qui vend les joueurs. Ce sont les autres clubs étrangers qui viennent acheter les joueurs du Djoliba et ce qu’on ne dit pas suffisamment.

En début de saison, nous avons acheté des joueurs pour à peu près 90 millions de F CFA. Donc pour revenir à la question, les clubs sont obligés même s’ils le ne veulent pas de vendre leurs joueurs pour un peu survivre. Et d’ailleurs au nom de ce que j’appelle la liberté de circuler instituer par la Fifa, lorsqu’un joueur est demandé, nous sommes obligés de le céder.


Les Echos : Avez-vous d’autres appréhensions dans votre rôle de dirigeant de club ?


K. K. :
Je ne me considère pas comme un modèle, donc je n’ai pas de leçons à donner aux autres dirigeants de clubs, je souhaite tout simplement, en tout cas au niveau de mon pays, que les clubs soient aidés par les sponsors parce que le Mali a beaucoup de joueurs de talents.

Malheureusement, les clubs n’ont pas les moyens de faire la formation des entraîneurs, d’avoir des centres de formation, car c’est de là qu’on peut vraiment construire un grand football.


Propos recueillis par

Boubacar Diakité Sarr

18 Juillet 2008