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Aujourd’hui commencent, à Alger, les pourparlers entre le gouvernement malien et les groupes de bandits armés qui sévissent au Nord. Samedi dernier, une importante délégation gouvernementale a quitté Bamako en vue de prendre part à cette ultime rencontre entre les deux parties.

Conduite par le ministre de l’administration territoriale et des collectivités locales, le Général Kafougouna Koné, cette délégation comprend également l’inspecteur général de police Mahamadou Diagouraga, président du comité de suivi de l’Accord d’Alger.

Se joindront à eux sur place, l’Ambassadeur du Mali en Algérie, le magistrat Mahamadou Magassouba, le Consul du Mali à Tamanrasset, Namakoro Diarra, et Abdramane Galla, agent consulaire du Mali à Tamanrasset et ex chef de l’ARLA.

La partie gouvernementale, en acceptant de participer à cette rencontre avec les bandits armés, n’aura que trois principaux impératifs. Il s’agit de l’obtention sans condition de la libération des otages enlevés par les bandits, de la cessation définitive des hostilités, et du retour des bandits dans la légalité, à savoir le seul cadre de l’Accord d’Alger.

Cela présage de houleuses discussions au regard des prétentions de l’autre partie. En effet, de sources concordantes, il semble que les bandits se sont braqués sur de vieilles revendications. Comme auparavant, ils continuent d’exiger le retrait des forces armées et de sécurité du nord malien.

Et en font, leur tour, un point non discutable. Et comme à Tripoli, ils comptent exiger du gouvernement qu’il détermine un chronogramme d’allègement d’abord et, ensuite, de retrait du dispositif militaire. En outre, les bandits se cramponnent sur une autre revendication : un traitement préférentiel du développement de la région de Kidal.

Les exigences des bandits armés risquent de constituer le point de blocage des pourparlers qui vont s’ouvrir à Alger. Le président de la République, en effet, est tout autant intransigeant. Il n’autorisera aucune action tendant à mettre en danger la souveraineté de l’Etat et l’intégrité du territoire national.

Autrement dit, les forces de défense et de sécurité continueront d’assurer leurs missions de défense du territoire national et de sécurité des personnes et des biens.

C’est-à-dire qu’elles ne sont pas près d’abandonner la moindre parcelle à qui que ce soit. En plus, Amadou Toumani Touré a déclaré, il y a peu, que la région de Kidal ne bénéficiera d’aucun traitement préférentiel et que toutes les actions de développement qui seront initiées se feront au bénéfice de tout le nord, à savoir les trois régions (Tombouctou, Gao, Kidal).

La question que se posent aujourd’hui bon nombre
d’observateurs et d’acteurs de la situation du nord malien, c’est de savoir pourquoi la tenue de telles assises, vu que le gouvernement ne négocierait strictement rien en dehors de l’Accord d’Alger, « unique cadre de référence pour des discussions » et que, de leur part, les bandits voudraient introduire d’autres points de revendications en porte-à-faux avec ledit Accord.


Evaluation de l’Accord d’Alger

Les plus optimistes veulent bien croire que les bandits reviendront à la raison en acceptant de procéder avec les représentants du gouvernement à l’évaluation de l’exécution de l’Accord d’Alger et de ne discuter que des trois points (sur quinze) dudit Accord encore en souffrance.

C’est-à-dire la mise en place d’un fonds de réinsertion socioéconomique pour les jeunes de Kidal, la restructuration de l’actuel comité de suivi de l’Accord d’Alger, et du régime fiscal spécial pour le nord. Le gouvernement, selon certaines sources, est prêt à discuter de ces trois points avec les bandits, et même de prendre des engagements. Seulement, l’exécution du premier point pose problème.

En effet, au regard de la situation économique actuelle du pays et de la lenteur des partenaires financiers à concrétiser leurs annonces de financements, les autorités sont incapables pour l’heure de mobiliser le fonds de réinsertion.

Ces optimistes sont en droit de l’être dès lors que les bandits ont consenti à s’asseoir à la table de discussion avec les représentants du gouvernement.

Et, ils seront fortement représentés. En effet, les principaux responsables de l’insécurité au nord malien seraient depuis quelques semaines à Alger et prêts à rencontrer les représentants du gouvernement malien. Hassan Fagaga et Ibrahim Ag Bahanga, se sont concertés avec plusieurs autres responsables des groupes armés touaregs disparates en vue d’accorder leurs violons. Ces concertations devaient aboutir à une déclaration commune.

Pour sa part, le médiateur algérien avait, semble-t-il, posé ses conditions depuis longtemps. Il aurait présenté cette rencontre comme étant la dernière chance pour les deux parties d’aboutir à une paix négociée. En outre, il aurait invité tous les groupes de bandits armés, même les plus récents, à s’exprimer maintenant et seulement maintenant, à la faveur de ces pourparlers.

Selon, certaines sources, Alger aurait également fait comprendre aux bandits que sa médiation ne prendra en compte que les groupes qui accepteraient de prendre part à ces assises.

Doit-on comprendre que l’Algérie n’apportera plus aide et protection aux bandits armés qui refuseront de s’associer à la déclaration commune qui sera présentée aux noms de tous les groupes armés, ou à ceux d’entre eux qui violeront les résolutions et recommandations qui seront issues des présents pourparlers ? Il faut l’espérer.


Cheick Tandina

30 Juin 2008