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Le président de la Commission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Kadré Désiré Ouédraogo, a été reçu en audience le 14 septembre 2012 au palais de Kosyam à Ouagadougou, par Blaise Compaoré, président du Faso. A la sortie de son entretien avec le chef de l’Etat burkinabè, l’hôte présidentiel a confié à la presse, sans entrer dans les détails, qu’il était venu parler avec le médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne, de la prochaine réunion du Conseil de médiation et de sécurité de l’institution sous-régionale. Les journalistes en ont néanmoins profité pour en savoir davantage sur l’évolution du dossier sur l’aide militaire officiellement demandée par les autorités maliennes.

« Le Pays » : La situation au nord du Mali a, sans doute, été le principal sujet de votre rencontre avec le président du Faso. Que vous êtes-vous dit à propos ?

Kadré Désiré Ouédraogo, président de la Commission de la CEDEAO : Je voudrais d’abord réitérer la gratitude des institutions de la CEDEAO au président du Faso pour son rôle décisif dans les efforts de stabilisation et de la paix dans notre région. Vous savez qu’il porte la médiation au Mali et vous savez également que le Burkina Faso a un contingent dans notre force en Guinée Bissau. Pour tout ceci, les institutions de la CEDEAO lui expriment leur gratitude. Je pense donc que c’est normal que je vienne faire le point avec lui sur la situation sécuritaire et politique dans notre région, surtout dans la perspective de la réunion de la semaine prochaine à Abidjan du Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO. Il était donc normal que je vienne consulter le médiateur de la CEDEAO pour le Mali, et à cette occasion, j’ai pu également le tenir informé des différentes questions que nous suivons au niveau de la Commission de la CEDEAO.

L’on sait qu’il y a des voix discordantes à Bamako concernant l’aide militaire demandée par le président malien de la transition. Quelle est la position de la CEDEAO ?

La CEDEAO a toujours souhaité cette requête du gouvernement malien qui était une condition indispensable pour lui permettre d’effectuer le déploiement de la force en attente pour soutenir le peuple malien dans ses efforts de recouvrement de l’intégrité territoriale du pays. Mais comme vous le savez, ce déploiement doit obéir à un certain nombre de conditions et, justement, les chefs d’état-major de la CEDEAO sont réunis aujourd’hui à Abidjan pour examiner les requêtes du gouvernement du Mali et voir comment les intégrer dans notre dispositif. Je peux dire que c’est un développement positif, il reste maintenant à examiner les implications politiques et sécuritaires de cette requête pour faire en sorte que notre action soit la plus efficace possible.

La CEDEAO est-elle vraiment prête à déployer des troupes au nord du Mali ?

Ce sont, justement, les conditions dont je parlais tout à l’heure. Le succès d’une intervention de la CEDEAO au nord du Mali nécessite une cohérence sur le plan politique et sur le plan militaire entre la CEDEAO et les autorités du Mali. C’est cette cohérence que nous recherchons à travers les concertations. Pour que nous puissions avoir une unité d’objectif et une unité d’intention. Je pense qu’il faut que les choses soient claires pour que nous puissions avoir une garantie de succès. N’oubliez pas que nous demandons également une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies pour nous permettre d’opérer ce déploiement. Il est évident que nous ne pouvons pas obtenir une résolution si nous ne précisons pas et si nous ne clarifions pas toutes ces positions, et c’est à ce travail que les chefs d’état-major vont se consacrer et que le Conseil de sécurité et de médiation va s’atteler.

Quand allez-vous demander aux Nations unies cette résolution ?

Quand nous serons prêts. Vous savez que la résolution 2056 du 5 juillet exprimait la disponibilité du Conseil de sécurité à examiner un déploiement de la CEDEAO avec l’usage de la force. Toutefois, il a demandé des précisions sur la planification et sur l’articulation de toutes ces phases. Et c’est ce travail que nous ferons. Il est évident que nous voulons soumettre un travail de qualité, donc nous irons au Conseil de sécurité lorsque toutes les conditions seront réunies pour entraîner nous, nos partenaires et l’ensemble de la communauté internationale.

Quelle forme de soutien la CEDEAO compte-t-elle apporter au Mali ? Sera-t-il matériel, logistique, humain … ?

Tout est prévu, la CEDEAO intervient au Mali selon les besoins exprimés par le gouvernement du Mali. Il est évident qu’il y a des conditions minimales au succès de toute intervention au niveau de la CEDEAO. C’est le travail des spécialistes de définir ces conditions. Nous avons besoin aussi de consensus politique non seulement au sein de la CEDEAO et de l’Union africaine, mais également avec tous nos partenaires, que ce soit les pays du champ ou les autres pays de la communauté internationale. Car nous avons besoin de la mobilisation de tous nos partenaires pour venir à bout de cette situation qui est très complexe.

Est-ce à dire qu’il y aura des forces autres que celles de la CEDEAO pour intervenir au Mali ?

Non ! Pas de forces en tant que telles. La CEDEAO n’a jamais demandé l’envoi de troupes quelconques au Mali. Nous avons simplement demandé à nos partenaires un soutien logistique, un soutien en renseignements, d’autres soutiens, mais pas d’envoi de troupes.

lepays.bf/ 18 / 09/2012

Source: Lefsao.net