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Toute mode évolue. Même lorsqu’elle touche un domaine aussi particulier que celui des délits. Ces derniers temps, par exemple, On avait cru que les vols à la tire, l’arrachage des sacs à main des femmes étaient en voie d’extinction. Les auteurs de petits larcins ne s’y adonnaient plus et le chiffre des plaintes déposées au niveau des différents commissariats de la capitale avait considérablement baissé.

Mais ce reflux s’est avéré temporaire et les policiers constatent ces derniers temps un notable retour de ce type de délit.

Apparemment Kadidia Touré n’était pas au courant que la trêve sur les vols des sacs à main était achevée. Dans la nuit du 14 au 15 février, elle avait quitté aux environs de 22 heures le quartier de Badalabougou où elle s’était rendue pour présenter des condoléances et rejoignait sa famille domiciliée à la Cité Unicef.

Elle était sur un engin à deux roues et attira ainsi l’attention de deux jeunes, Mamadou Diallo dit Ahmed et Ismaël Tangara alias Zimé. Les deux solides gaillards roulaient sur une Jakarta et tournaient dans la zone à la recherche d’une proie.

Tous deux sont bien connus des services de police où ils étaient passés plusieurs fois auparavant pour répondre des cas de suspicion de vol et d’agression. Le duo ne négligea pas l’aubaine qui se présentait à lui. Il accéléra, dépassa sa future victime et mit son engin en travers de la route pour barrer le chemin à Kadidia.

Celle-ci dans un premier temps ne saisit pas la raison de cette manœuvre. Elle crut que les jeunes gens avaient raté une bifurcation et qu’ils allaient enchaîner un demi-tour. Elle s’arrêta donc pour leur permettre, croyait-elle, de s’en retourner. Mais très vite elle réalisa que les intentions des jeunes gens n’étaient pas bonnes.

Elle remit sa moto en marche et voulut contourner à toute vitesse la Jakaarta du tandem. L’un des délinquants profita que Kadidia soit en plein dans cette manœuvre pour lui arracher son sac à main. Puis celui qui conduisait s’empressa de mettre les gaz.

Mais les délinquants ignoraient qu’ils étaient tombés sur une dame qui ne se laissait pas facilement faire. Kadidia accéléra à son tour et se lança à la poursuite des deux voleur. La traque dura quelques minutes. Très déterminée, la victime réussit à deux ou trois reprises à revenir à la hauteur des voleurs et essaya de percuter leur engin pour les faire chuter.

Mais Zimé et Ahmed disposent d’une solide expérience dans leur spécialité. Ils évitèrent les coups de boutoir de Kadidia et prenant des risques énormes dans la circulation, ils la distancèrent et disparurent dans l’obscurité.

La mort dans l’âme, la dame se rendit au commissariat du 10e Arrondissement pour y déposer une plainte contre X. La chance de Kadidia dans cette affaire fut qu’elle possédait une excellente mémoire visuelle, ce qui lui permit de décrire de manière très précise ses deux assaillants.

L’équipe de permanence était cette nuit dirigée par Macky Sissoko, Le Lynx pour les familiers. L’inspecteur a lui aussi une mémoire particulièrement bonne. Il classe soigneusement dans un coin de son esprit tout ce que ses enquêtes et ses indicateurs lui apportent comme informations sur la pègre bamakoise.

Ce fichier mental, qu’il met régulièrement à jour, permit au policier d’identifier presqu’instantanément les deux voleurs dont le signalement lui était parvenu dans une précédente affaire. Le Lynx savait également que le triangle constitué par les environs de l’immeuble UATT, l’autogare de Sogoniko et la Cité des enfants était le terrain d’opération préféré de ce duo qui n’hésitait pas à faire usage de la force pour parvenir à ses fins.

L’inspecteur mit alors en branle son réseau en d’informateurs.

De façon peu convaincante :

Très vite, il eut une réaction. L’un de ses indics lui signala qu’il avait vu les deux hommes à une station d’essence située non loin des Halles de Bamako. Le Lynx appela les policiers se trouvant dans la zone pour les informer de la présence deux individus suspects. Une équipe partit en toute hâte sur les lieux. Elle trouva Ahmed et Zimé en train de faire le plein de leur engin. Sûrement pour entreprendre une autre partie de chasse.

Conduits à la police et interrogés par un élément de la brigade de recherche et de renseignements, les deux voleurs ne tardèrent pas à reconnaître qu’ils étaient bien les auteurs de l’agression sur Kadidia Touré. Ils ne pouvaient d’ailleurs pas se réfugier dans une dénégation systématique puisque le sac de la dame avait été retrouvé en leur possession. Mais son contenu – un téléphone cellulaire de marque et une petite somme d’argent – avait disparu.

Interrogés sur ce point, le duo a répondu de façon peu convaincante. Dans un premier temps, les deux voleurs tentèrent de faire croire aux policiers que le sac ne contenait rien d’autre que des kleenex et la petite somme d’argent. Poussé dans ses derniers retranchements, Zimé lâcha du lest.

Il assura avoir entendu le téléphone sonner dans le sac. Mais comme ce n’était pas lui qui tenait le butin arraché à Kadidia, il supposait que son compère Ahmed avait soustrait l’appareil à son insu pour le revendre plus tard. L’autre larron a juré ses grands dieux qu’il n’a pas vu d’appareil dans le sac qu’il avait effectivement en mains.

Les policiers sont en train de boucler l’audition des deux malfaiteurs dont les antécédents sont assez lourds pour leur valoir une condamnation exemplaire. Après cette audition et d’après les dernières nouvelles que nous avons eu d’eux, Ahmed et Zimé ont présentés hier au procureur de la république près le tribunal de première instance de la Commune VI.

Cela fera deux prédateurs de moins à redouter pendant un temps que l’on espère raisonnablement long.

G. A. DICKO

L’Essor du 21 février 2008.