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une-119.jpgDétail d’importance et qui pourtant ne semblait pas handicaper Kadiatou, la fille est en état de grossesse très avancée. Sa course s’est arrêtée (momentanément) dans la nuit du 13 au 14 août dernier où elle a fait le coup de trop au quartier de Kalabancoura Aci.

Elle volait par nécessité

Il convient de préciser que Kadiatou Camara est une multirécidiviste notoire. Elle est donc bien connue de la police, et plus particulièrement de celle du 11e Arrondissement par où elle était passée en 2004. Cette année là, la délinquante mineure (elle était alors âgée de 16 ans) avait été arrêtée au marché de Kalabancoura où elle avait tenté un coup qui portait déjà sa marque, celle d’un culot infernal. C’était un matin du mois de juin. Alors qu’une camionnette débarquait un chargement de fruits et de légumes, la jeune fille, qui se trouvait aux aguets, s’était glissée au milieu des passagers et avait fait croire aux apprentis qu’elle avait le droit de venir récupérer ses affaires. Lorsque les manutentionnaires eurent débarqué toute la cargaison, la fille s’approcha d’un sac d’aubergines locales (ngoyo), héla un pousse-pousse et lui demanda d’embarquer ce bagage qu’elle présentait comme le sien.

Quelques secondes après que le charretier et sa cliente se soient éloignés, la vraie propriétaire qui avait apposé son nom et une marque d’identification sur toutes ses marchandises se rendit compte qu’un de ses colis manquait. La dame eut le bon réflexe : elle contourna rapidement le véhicule et remarqua un charretier qui s’éloignait à bonne allure, précédé par une jeune fille dont le trottinement précipité imprimait le rythme de la course. La dame héla le tandem et Kadiatou, comprenant qu’elle était démasquée, voulut s’éclipser au milieu de la foule et laisser le charretier se dépêtrer tout seul. Mais l’homme comprit parfaitement la manœuvre de la voleuse et courut derrière celle-ci. Il l’attrapa par le bras et la reconduisit devant la vraie propriétaire. La confrontation ne fut pas longue, Kadiatou reconnut vite les faits et voulut se faire accorder des circonstances atténuantes. Elle prétexta qu’elle volait par nécessité et pour ne pas mourir de faim. Ses explications larmoyantes ne convainquirent personne. Conduite à la police, elle fut envoyée devant le parquet qui à son tour la plaça au centre de détention pour femmes et mineurs de Bollé.

Quatre ans plus, la femme attrapée en pleine action jeudi dernier est fort différente de la frêle jeune fille du premier vol. Elle a pris du poids et sa grossesse très avancée en ajoute à son embonpoint. Son visage un peu émacié lui donne plus des vingt ans qu’elle porte. En outre, ses habits – un T-shirt publicitaire et un pagne en coton – lui conféraient l’aspect d’une villageoise nouvellement arrivée dans la grande agglomération urbaine. Voilà à qui ressemblait la voleuse qui s’est introduite dans la nuit du 13 au 14 août, dernier au domicile des Dembélé. Le couple était profondément endormi. Pas suffisamment profondément cependant pour empêcher la femme – une agent de l’ORTM – de se faire arracher de son sommeil par un son léger dont elle ne pouvait pas deviner l’origine.

Du savoir-faire

Bintou Ouédraogo pensa que le bruit qu’elle avait entendu avait été provoqué par son mari se préparait à se lever pour la prière de l’aube. Elle ne se donna donc pas la peine de quitter son lit. Le mari avait lui aussi été mis en alerte par le léger bruit. Il crut que sa femme s’était réveillée pour s’occuper du petit déjeuner. Mais averti par son intuition, il jeta un coup d’œil à la fenêtre qui donnait sur la cour. Il fit bien puisque une silhouette – qui n’était pas celle de sa femme – passa dans son champ de vision et se dirigea vers la cuisine qui se trouvait à l’extérieur de la maison. Dembélé se garda bien de se manifester, il voulait savoir ce qu’avait l’intention de faire l’intrus.

En fait, le bruit qu’avaient entendu Bintou et son mari provenait du côté de l’armoire à habits. Kadiatou Camara s’était introduite dans la chambre et dans la semi-pénombre elle avait repéré le meuble qui comportait plusieurs tiroirs. Elle avait tiré tout doucement l’un d’entre eux pour y chercher le sac à main de la maîtresse de maison. C’était le bruit du frottement du bois qui avait mis en alerte Dembélé et sa femme. Tendant l’oreille, le maître de maison se rendit compte que l’intrus était entré sans faire de bruit dans la cuisine. La jeune femme y était allée pour trier les meilleurs ustensiles. Après avoir fait son choix, constatant que les occupants de la maison dormaient toujours aussi profondément, Kadiatou revint dans le bâtiment et alla dans la chambre des enfant pour y prendre un grand pagne pour emballer tout son butin.

Profitant que la visiteuse soit très absorbée par sa besogne, Dembélé se leva tout doucement pour aller l’attendre à la porte principale de la cour. Quand Kadiatou eut fini, elle souleva avec beaucoup de savoir-faire son colis, le mit sur son dos et se dirigea vers le portail sans se douter que le chef de famille y était posté pour la prendre en flagrant délit. Au moment où elle s’apprêtait franchir le seuil pour se retrouver dans la rue et disparaître, Dembélé l’intercepta et lui demanda ce qu’elle faisait chez lui. La voleuse de nuit, prise court, ne put piper mot.

Une petite récolte

Dembélé récupéra donc ses biens et conduisit Kadiatou dans la chambre de ses enfants où il la fit surveiller par ceux-ci jusqu’au lever du jour. Puis il la conduisit au commissariat où elle fut prise en charge par l’inspecteur divisionnaire Daouda Tiémoko Diarra. L’audition de la jeune femme eut lieu peu après le briefing quotidien de 9 heures. Une fois de plus et comme elle en avait l’habitude, Kadiatou essaya d’inventer une histoire qui pourrait réduire la gravité de son acte. Elle prétendit qu’elle s’était réveillée un peu tard dans la nuit et elle avait constaté que sa grand-mère chez qui elle habitait depuis sa sortie de prison après son arrestation de 2004 était toujours dans les bras de Morphée. Pour ne pas gêner la vieille, elle serait sortie pour faire les cent pas, car elle ne parvenait pas à se rendormir. Au cours de cette « promenade », elle serait passée devant la concession des Dembélé dont le portail était ouvert. Kadiatou reconnut qu’elle n’avait pu résister à la tentation d’entrer. Mais, a-t-elle assuré, c’était juste pour trouver dans la maison quelque chose à emporter pour le petit déjeuner.

Voyant que cette histoire ne « passait » pas, la voleuse sortit une seconde version pas plus convaincante que la précédente. Elle affirma que lors de sa promenade, des jeunes qui l’avaient vu passer avaient voulu l’agresser. Dans sa fuite, elle avait vu une porte ouverte et s’était glissée à l’intérieur de la cour pour chercher protection auprès des occupants. S’étant aperçue que toute la maisonnée était endormie et l’occasion faisant le larron, elle s’était laissée tenter par la perspective de « faire une petite récolte ». Interrogée sur l’auteur de sa grossesse que les policiers se proposaient éventuellement d’avertir, Kadiatou avoua crûment ne pas le connaître. Elle affirma ne pas pouvoir pointer précisément le doigt vers l’un des multiples amants qu’elle avait eus.

Habituellement dans des affaires de cette nature, les policiers ne s’embarrassent pas de fioritures et envoient sans tarder les suspects au parquet qui est le seul habilité à inculper ou à relaxer les intéressés. Cependant, Daouda T. Diarra, qui n’a pas voulu fermer les yeux sur l’état de grossesse de Kadiatou, s’est rappelé que le Bureau international catholique pour l’enfance (BICE) s’occupe des jeunes filles en difficulté. Il a donc informé cette organisation chrétienne de la présence de la voleuse au commissariat. Le BICE avait promis d’envoyer un de ses experts sur place pour voir comment prendre en charge la jeune fille une fois que cette dernière serait dirigée à la justice. C’est tout ce qui peut être fait pour cette récidiviste que tout accable.


G. A. DICKO

Essor du 18 aout 2008