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Hier lundi 24 septembre, 156 Maliens, pour la plupart des jeunes, sont arrivés à l’aéroport de Bamako Sénou, refoulés de la Libye. Malades, fatigués, ne portant qu’un maigre baluchon pour les plus chanceux, ils faisaient peine à voir. Ramassés, emprisonnés, torturés dans les geôles Kadhafiennes avant d’être dépouillés de leur pécule laborieusement gagné et jetés dans un avion pour leur pays d’origine, les malheureux n’avaient personne pour les accueillir à leur retour forcé au bercail. Récit de l’enfer vécu quotidiennement par nos compatriotes chez Kadhafi, un homme qui prône l’intégration africaine tout en se comportant comme les pires esclavagistes des siècles passés.

ll régnait une atmosphère de tristesse et de désolation dans la cour de la brigade des sapeurs pompiers de Sogoniko où nos compatriotes, refoulés de la Libye, attendaient impatiemment que le sergent Nohoun Coulibaly, le chargé des rapatriements au niveau de la Protection civile, trouve une solution pour les renvoyer chez eux. Tout simplement aucune disposition n’avait été prise pour les accueillir. Nouhoun Coulibaly explique cet état de chose par le fait qu’aucune autorité n’était au courant de leur arrivée. Ce qui est d’autant plus surprenant de la part d’un pays ami.

En effet, c’est seulement à 4 heures du matin qu’on lui a annoncé l’arrivée de 156 Maliens refoulés de la Libye. A cette heure aubale, les Maliens en question, transportés par un vol spécial libyen, étaient déjà sur place à l’aéroport de Sénou. Nouhoun a aussitôt contacté ses supérieurs hiérarchiques qui ont mis à sa disposition les moyens nécessaires pour leur porter assistance: transport, nourriture et premiers soins. « Personne n’étant au courant de ce refoulement. A mon arrivée à l’aéroport de Sénou, à part les éléments de la police et de la gendarmerie, il n’y avait aucun représentant du comité d’accueil officiel, qui comprend le ministère des Maliens de l’extérieur, le Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur et la Croix rouge malienne »

Ces expulsés sont au nombre de 156. Cinquante six d’entre eux étaient des résidents dont certains depuis plusieurs années. Les cent autres étaient des candidats à l’immigration clandestine vers l’Europe via probablement l’île de Malte en méditerranée. La plupart souffrent de diverses maladies, tous sont éprouvés par les mauvais traitements subis dans les geôles kadhafiennes par des policiers aussi bornés que racistes.

Moussa Oumar Baby, 28 ans, originaire de Kayes, résidait en Libye depuis 2005. Il y travaillait comme peintre. Arrêté en juin dernier, il a passé deux mois à la prison  »Missira » et un mois à la prison  »Fala Jean Jacques » avant son expulsion sur le Mali.

Moussa Oumar Baby déclare : « C’est aux environs de deux heures du matin que les policiers ont fait irruption dans notre foyer. Nous étions au nombre de 80 Maliens. Ils nous ont tous embarqués et frappés copieusement avec des bâtons avant de nous jeter en prison comme des malpropres. Aucun d’entre nous n’a eu le temps d’emporter même une aiguille. A part les habits que je portais sur moi, je n’ai pas pu emporter mon argent, une somme de 1200 dollars, plus 200 dinars libyens« .

Boubacar Koné, quant à lui, a séjourné dans cinq différentes prisons libyennes. Il a été plusieurs fois frappé et n’a pas eu de mots assez durs pour décrire l’enfer qu’il a vécu dans les pénitenciers de la grande Jamahiriya arabe socialiste libyenne. « Du 6 au 9 septembre, à 9 heures du matin, on faisait sortir tous les Maliens pour les frapper avec des bâtons. A l’heure du repas, les geôliers s’amusent à compter jusqu’à 10 et c’est tant pis pour les retardataires« . Tous les refoulés ont subi les sévices de tous genres.

Oumar Sissoko déclare même avoir essuyé des coups de feu des policiers libyens avant d’être incarcéré dans cinq endroits différents.

Founéké Fofana, 21 ans, originaire lui aussi de Kayes, est arrivé en Libye en 2006. Il y travaillait comme jardinier. Mais, en juillet dernier, aux environs de 3 heures du matin, les policiers du Guide Frère ont fait irruption dans le foyer où il résidait. Ils l’ont embarqué en même temps qu’une cinquantaine de ses compatriotes. Il n’a pas eu de chance car au cours d’une bastonnade, les policiers lui ont cassé la main avec la crosse d’une arme à feu.

Déjà, courant 2006, il y a eu deux autres expulsions où les refoulés maliens se sont plaints des mauvais traitements infligés dans les prisons libyennes : bastonnade, extorsion d’argent, sans compter les insultes racistes de tous genres.

Ces traitements dégradants, inhumains, qui jurent avec les préceptes de l’islam autant qu’avec les droits humains les plus élémentaires préconisés par la communauté des nations civilisées, sont plus que surprenants de la part du pays de Kadhafi. Lui qui est sur tous les fronts de l’intégration africaine. On pense à la création de l’Union Africaine (UA) à Syrte en 1999 et celle de la CEN-SAD un peu plus tard.

En rejetant les Subsahariens comme des malpropres et en leur infligeant les pires supplices, Kadhafi prouve la fausseté de ses discours, l’écart insondable entre ceux-ci et la pratique quotidienne qu’il en fait.
A entendre les refoulés, tout donne à croire que les émigrés africains en situation régulière ou non sont mieux traités par la France sarkozyste que la Libye du colonel Kadhafi.

Pour la création des Etats-Unis d’Afrique, il y a encore assurément loin de la coupe aux lèvres.

Pierre Fo’o MEDJO

25 septembre 2007.