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‘’Réconciliation nationale, à quelle condition’’. Tel était le thème de l’émission « Questions d’actualité » sur l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (Ortm) le dimanche 17 février 2013. L’émission était présentée par Niaza Coulibaly de l’Ortm. Il recevait sur le plateau Sidi Mohamed Ichrach, représentant du collectif des ressortissants de Kidal ; Alain Henri, Directeur des études et recherche de l’Agence Française de développement ; André Bourgeot, Directeur de recherche au CNRS et France et Kabiné Komara, ancien premier ministre de la République de Guinée. Au cours de cette émission, les invités ont unanimement souligné que le Mnla constitue un groupe minoritaire.

Depuis le 17 janvier 2012, le Mali traverse une crise douloureuse de son histoire. Et depuis le 11 janvier 2013, le Mali, aidé par la France et les forces de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma) est en guerre contre les Jihadistes. Mais cette guerre tire vers sa fin à l’image de la libération des grandes villes du nord du Mali comme Gao, Tombouctou et Kidal. A cet effet, on songe déjà à la réconciliation et à l’après guerre. Le thème de l’émission « Questions d’actualité » sur l’Ortm du dimanche portait sur ‘’Réconciliation nationale, à quelle condition’’. En lui demandant d’expliquer l’Azawad que le Mnla se réclame, le représentant du collectif des ressortissants de Kidal Sidi Mohamed Ichrach a fait savoir qu’étymologiquement, l’Azawad signifie une cuvette se trouvant entre Tombouctou et Arawane. Cette zone est peuplée essentiellement d’Arabes, a-t-il dit. Selon lui, de 1960 à 1990, le nord du Mali a vécu un état coercitif. Ce qui fait que les narcotrafiquants et les bandits armés se sont installés. Mais il y’a eu des projets de développement extraordinaire entre 1995-1996. Pour Sidi Mohamed Ichrach, la réconciliation est obligatoire mais cela passe par l’abandon de rancœurs personnelles.

« Le Mnla ne représente que lui-même, il ne représente personne. L’expérience de ces dernières années doit interdire l’État malien à dialoguer avec un seul groupe. Il faut prévenir les conflits que de les gérer », a-t-il conclu. Le Directeur des études et recherche de l’Agence Française de développement, Alain Henri, a souhaité une gouvernance administrative pour palier les différents problèmes susceptibles de survenir. Il reconnaît tout de même que la décentralisation est l’une des très grandes transformations silencieuses au Mali. Pour le Directeur de recherche au Centre nationale de recherche scientifique (CNRS) France, André Bourgeot, le Mnla ne constitue qu’une partie de la société Touareg. Selon lui, le septentrion malien dans les années 2006 était un lieu de non droit, amplifié par le trafic de drogue.

« C’est inadmissible de donner des grades à des gens qui ont pris des armes contre la nation, ça ne pouvait que heurter la sensibilité nationale. Éviter l’amalgame et l’attitude revancharde suite au cas d’Aguelhok. On peut se réconcilier avec le Mnla à condition qu’il dépose les armes. Il important d’élargir le dialogue avec les autres populations pour quoi pas le haut conseil islamique du Mali au lieu de faire avec les groupes armés seulement », a déclaré le chercheur Bourgeot. L’ancien premier ministre Guinéen, Kabiné Komara, s’interroge : quel pays aurait accepté le détachement des ¾ de son territoire par un groupe minoritaire ? D’autant plus que l’Union Africaine a signalé l’intangibilité du territoire malien, a-t-il poursuivi. Il a fait savoir que la reconstruction de l’État du Mali est un projet de grande envergure mais que ce problème ne se pose pas seulement au Mali, tout en évoquant le cas du Sénégal et du Nigéria. « Le Mali a fournit beaucoup d’efforts surtout dans les infrastructures routières car auparavant il fallait faire un mois par la route entre Mopti et Gao pendant l’hivernage, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Mais là où l’État malien a pêché c’est qu’il n’y’a pas eu suffisamment de communication pour ce qui a été fait. Une bonne partie de la richesse malienne a été dilapidée par les chefs de guerre qu’on nommait comme chef de projet qui partaient ailleurs avec l’argent et qui ont été remplacé par d’autres (…) Donc la mauvaise gouvernance s’est instaurée et l’impunité a pris le chemin », a dit l’ancien premier Guinéen. A l’en croire, la guerre en Libye, le commerce transnational de la drogue ont également dégradé la situation au Mali. « Pour la réconciliation, il faut éviter l’amalgame, la vengeance, l’exclusion. Le Mali a les ressources pour se réconcilier, la charte des années 1200 est un exemple illustratif », a-t-il conclu.

Aguibou Sogodogo

Le Républicain du 21 Février 2013