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Avec le cas de Iddar Ag Ogazide, il n’y a plus aucun doute : l’esclavage existe au Mali. La pratique considérée comme abolie, sévit dans plusieurs communautés de notre pays au vu et au su de toutes les autorités. Le silence de l’État ne peut plus durer. Les responsables de l’association “Temedt”, à l’issue de leur dernier forum, tenu à Gao du 29 au 31 mars 2008, ont invité l’État malien à reconnaître l’existence de l’esclavage au sein de certaines communautés de notre pays et de le criminaliser. Ils ont aussi demandé à l’État de rendre justice dans les cas d’esclavages dénoncés.

Au cours d’une conférence de presse animée au centre Djoliba, Mohamed Ag Akeratane, Président de l’association “Temedt” et ses camarades ont démontré que l’esclavage bien qu’aboli au Mali existe dans la pratique dans plusieurs communautés du pays. Selon lui, à Gao, les 1500 délégués venus de toutes les régions du Mali pour prendre part au forum de “Temedt” ont exprimé leur préoccupation quant à la lenteur observée par la justice malienne pour statuer sur les différentes plaintes dont elle a été saisie pour des cas d’esclavage avérés et dénoncés. Il a indiqué qu’au cours de ce forum, un témoignage de taille sur l’existence de la pratique au Mali a été enregistré.

Iddar Ag Ogazide, né vers 1973 à Tinahamma, cercle de d’Ansongo n’en pouvait plus. Il a décidé de fuir de chez ses maîtres pour s’installer à Gao. Sa déclaration déposée à la gendarmerie de Gao a été lue à la presse dans la salle. Face à ces cas d’esclavage qui concernent des enfants mineurs, le Président de “Temedt” a estimé que les pouvoirs publics ne doivent pas s’offrir le statut de spectateur, d’autant plus que l’État est leur tuteur. Il a indiqué qu’il n’arrive pas à s’expliquer cette inertie de l’État, bien que toutes les autorités soient bien informées de la situation que certains citoyens maliens font subir à d’autres.

Face à cette inertie des autorités, nous appelons toutes les organisations engagées dans la promotion des droits humains à se mobiliser pour bouter l’esclavage hors du Mali”, a-t-il soutenu. Avant de saluer le soutien des associations soeurs de “Temedt” que sont : Timidria du Niger, SOS Esclaves de la Mauritanie et Anti-slavery international de Londres. Au nom de toutes ces organisations, Biram Ould Da Ould Abeïd de SOS Esclaves Mauritanie, a salué “Temedt” pour avoir eu le courage de dénoncer l’esclavage au nord du Mali. Mais, il a estimé que cette pratique, au-delà, du Nord, existe dans d’autres régions du Mali.

L’esclavage existe dans toutes les communautés vivant dans la bande sahelo-saharienne. Nos États ont ratifié des conventions internationales et nous leur demandons de les appliquer”, a-t-il déclaré. Par ailleurs, il a affirmé que selon la convention des nations unies sur les victimes de la traite des personnes, “l’acceptation ou la soumission de la victime n’atténue en rien les poursuites contres les auteurs”. Pour cette raison, Biram Ould Da a estimé que les juges maliens ne doivent pas rejeter les différentes plaintes de “Temedt” qui demandent des sanctions contre les auteurs d’actes d’esclavages. Et pire, il dira que les États comme le Mali qui cachent l’esclavage qui sévit sur leurs terres ne méritent pas le vocable “démocratie”. “Ce sont plutôt des esclavocratie”, s’est-il exclamé.

Pour Abdoulaye Maco, responsable de “Temedt”, malgré les difficultés, son organisation fait du combat contre l’esclavage son cheval de bataille. “Si les autorités maliennes ne prennent pas rapidement leurs responsabilités dans le sens d’appliquer les sanctions prévues par la loi et les différentes conventions, nous allons prendre les nôtres en posant le problème devant les juridictions internationales”, a-t-il déclaré.

Quant à Dr. Inamoud Ibny Yattara de “Temedt”, il a dénoncé ceux qui veulent poser le problème de l’esclavage au nord en terme de couleur de la peau. Selon lui, “Temedt” n’est pas dans une logique de dénoncer le fléau en terme de Tamasheks blancs et de Tamasheks noirs, car il y a des esclaves de peau noire et des esclaves de peau blanche au nord. “La couleur de l’esclavagiste ne nous intéresse pas. Nous condamnons la pratique et l’État doit prendre ses responsabilités quelle que soit la couleur de la peau de l’esclavagiste”, a-t-il conclu.

Assane Koné

11 avril 2008.