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Des maires sortants feront les frais de la mauvaise gestion des jumelages entre leurs localités et celles de l’étranger, car même si beaucoup de citoyens ont des griefs contre eux à cause notamment des retraits et ventes illégaux de parcelles, un nombre important d’électeurs se disent prêts à sanctionner leur politique de jumelage.

Les milliers de candidats aux élections municipales de dimanche se battent corps et âme pour conquérir les suffrages des électeurs. Dans l’ensemble, ces derniers ne montrent pas beaucoup d’engouement pour le scrutin, car déçus par les attitudes des maires, qui se métamorphosent une fois leur élection assurée. L’Etat se devait donc de réagir pour pousser le maximum de citoyens vers les urnes. A y voir de près, l’on se serait dit que la Journée d’engagement citoyen, initiée par le gouvernement, ne pouvait pas mieux tomber. Cependant, a-t-elle réellement changé quelque chose ?

Plus que l’incivisme de citoyens et les tripatouillages, ces élections sont endommagées par le passé de maires sortants qui laisse vraiment à désirer. Aux ventes et retraits illicites de parcelles, aux démolitions, il faut ajouter un phénomène dont on a peu entendu parler, mais qui fera sans doute des victimes parmi les élus municipaux sortants : les jumelages entre communes et villes. Echange bilatéral, le jumelage existe depuis fort longtemps entre des villes et communes du Mali et plusieurs de l’étranger, notamment d’Europe.


Détournements

Ce partenariat entre entités jumelées vise non seulement à promouvoir le brassage culturel entre deux peuples, mais aussi à aider l’autre sœur jumelle moins nantie à s’épanouir socialement, culturellement, voire économiquement. Pour ce dernier volet, des projets et programmes sont habituellement définis, les Occidentaux se montrant disposés à accompagner leurs sœurs africaines dans leurs efforts d’épanouissement. C’est justement à ce niveau que le bât blesse. Les maires sont sur la sellette des citoyens qui dénoncent une gestion égoïste de ces rapports, qui doivent leur existence à eux.

Selon un élu municipal sortant et candidat à sa propre succession dans une des communes du district, l’on peut parler de tout sauf de transparence dans la gestion des jumelages. A titre d’exemple, il avance la coopération sanitaire entre sa commune et sa sœur jumelle. « Nos amis ont décidé de nous aider à construire un hôpital ; le fonds a été débloqué, mais nous n’avons vu aucun effet significatif du montant alloué », déplore-t-il, criant au détournement.

Pis, les équipements sportifs et les matériels sanitaires, qui sont une volonté des partenaires de ladite commune d’équiper les jeunes et l’hôpital de la localité ont été jalousement gardés par le maire jusqu’à maintenant où il s’en sert pour faire campagne. C’est pourquoi, insiste l’élu municipal, il faudrait bien informer les électeurs pour qu’ils « optent pour le changement ». Mais, l’alternance est-elle la solution quand on sait que les mêmes pratiques perdurent au fil des élections municipales ?

Maliens de l’extérieur et communales

Les Maliens de l’extérieur ne pourront certes pas voter, mais ils suivent avec une attention particulière le scrutin de dimanche. Selon des témoignages recueillis au Maroc, aux Etats-Unis, au Canada et en France, cet intérêt s’explique non seulement par l’élection des maillons de la gouvernance au Mali, particulièrement des acteurs du développement local, mais aussi par le fait que les élus auront leur mot à dire sur les imbroglios fonciers. Ce dernier point est d’autant plus important que bon nombre de Maliens de l’extérieur possèdent des parcelles faisant objet de litiges.

Ils espèrent que les futurs élus aideront le ministère du Logement, des Affaires foncières et de l’Urbanisme (Mlafu) à traduire en actes concrets les résultats des Etats généraux du foncier pour un dénouement heureux des conflits liés à la terre.


Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

24 Avril 2009