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Sortante de l’institut Saint-Luc d’architecture de Bruxelles, promotion 2007, Dame Julie, selon la loi belge, doit travailler comme architecte stagiaire avant de pouvoir bénéficier de la certification lui permettant de signer de son nom, les plans qu’elle produit. Cette expérience qu’exige la législation de son pays en matière d’architecture, hé ben, au lieu d’aller la chercher dans les contrées dites « civilisées » et « avancées », notre jeune aventurière est venue la quérir au Mali !

Ça étonne, n’est-ce pas, que pendant que notre jeunesse se rue à l’assaut des frontières françaises et américaines, quelques occidentaux viennent se « perdre » par chez nous. On ne pouvait donc la laisser passer sans lui poser quelques questions.

Pourquoi le Mali ?

Pour son stage de mémoire « Vivre dans une région sahélienne : le Niger », Julie avait eut une première expérience à Niamey, au bureau Balla et Himo puis à l’agence ICAD. Forte de cette pratique initiale d’un mois et pouvant morceler son stage à raison de 6 mois par bureau d’architecture, la jeune femme, son cycle bouclé, choisit de retourner en Afrique de l’ouest. Elle avait lu tellement de choses sur l’architecture en terre, matériau qui l’interpelle, que le mois du stage nigérien n’avait pas été suffisant pour découvrir et appliquer tout ce qu’elle avait lu. « Et puis, toute petite déjà, mon rêve était de découvrir l’Afrique. C’est sans doute un peu lié à mes amis d’enfance (originaire du Congo) ». La passion pour la construction en banco a fait le reste. Notre pays étant connu pour ses monuments en terre, notamment la Mosquée de Djenné et celle de Tombouctou. Et aussi le souvenir de cette vie apaisée que lui offrait Niamey après une existence trépidante d’étudiante, toujours à la bourre, sanctionnée par des examens. Ces quatre semaines sans stress lui avaient donné envie de revenir.

Comment s’y prendre pour dégoter un stage ?

Après s’être adressée sans succès à des filières sérieuses : Architectes sans frontière, Ordre international des architectes, Julie est allée à la pêche sur le net où elle est tombée sur l’article d’un confrère malien. Elle lui écrit et se retrouve deux mois plus tard à Bamako. Vive la toile !

Parlons architectures : parallèle entre bureau belge et malien

« Les architectes maliens ont plus de liberté dans l’exercice de leur métier, les règles urbanistiques étant plus générales, moins contraignantes qu’en Belgique où il y a énormément de restrictions et de réglementations. Un exemple : sur un plan, on vous dira qu’il faut obligatoirement utiliser des briques rouges et que la toiture du bâtiment doit être inclinée à 30%. Tout cela entre bien entendu dans le cadre d’une homogénéité à conserver dans certains vieux quartiers mais tout de même, la créativité en prend un coup. »

Cependant, nous expliquera Julie, les belges usent de matériaux très variés contrairement aux maliens qui sont toujours sur la même structure de bâtiment en béton. Et partant, ils se retrouvent avec moins d’artifices pour habiller les façades.

Au Mali, tandis que nous construisons la plupart du temps des maisons à un niveau, sur de grands terrains, les belges doivent loger bien plus de monde sur une terre bien plus étroite. Les bâtiments sont donc en hauteur et l’espace beaucoup plus petit en surface habitable. Julie donne l’exemple d’un escalier. Mesure de base en Belgique : 90 cm de large. Ici, nous commençons à 120 cm.
Ce qu’elle aime bien de notre architecture, c’est le côté ethnique qui demeure. Pour elle, un bâtiment réussi, c’est un bâtiment où l’on a su trouver l’heureux compromis entre le moderne et le traditionnel.

Les autochtones ?

Julie avoue ne pas connaître vraiment son voisin en Belgique. Les gens y sont plutôt individualistes. Les maliens sont plus ouverts, à l’écoute de leur prochain, le contact est donc facilité. Mais elle déplore des excès dans les deux cas.

Le climat ? Ne fait-il pas trop chaud ici pour elle ?

« Ce climat, je le recherche mise à part les deux mois les plus chauds de l’année. Le temps toujours gris et triste de chez nous est fatigant. La luminosité me manquera. » Ce n’est rien. On lui en enverra, de notre soleil 😉

Nous autres, les Noirs, nous faisons souvent état de notre condition de Noirs parmi les Blancs. Quand est-il pour une Blanche au milieu des Noirs ?

Pour elle, il existe toujours une sorte de discrimination, même si celle-ci est plutôt positive. Chaque matin, il lui faut 15 mn de marche pour aller prendre son sotrama pour le bureau. 15 mn durant lesquelles elle est souvent abordée. Ce n’est pas vraiment mauvais mais il y a tout de même des moments où elle a envie de marcher sans avoir à donner une interview. Aussi, elle aurait bien aimé passer parfois inaperçue, de manière à se fondre dans la masse. Pour Julie, la différence de couleur fausse parfois la donne. Les gens ont trop d’opinions, trop de clichés préconçus sur ce qu’est une blanche.

«Ne passant pas inaperçue et faisant tous les jours le même trajet, beaucoup de gens me connaissent et me saluent chaque matin, il n’est pas rare que je m’arrête quelques minutes pour discuter avec qqn que je croise au quotidien. Le « rituel » des salutations en Bambara 😉 moins évident en Belgique, où l’on se contentera d’un signe de tête, au mieux d’un simple bonjour!! Je crois que quand je vais rentrer au pays et saluer un inconnu, il y a une chance qu’il me regarde de travers ou soit surpris.»

Conditions de la Femme au Mali

« De ce côté également il y a énormément de clichés mais plus liés à la religion musulmane qu’au pays. Mon entourage pensait que j’aurais à porter le voile (sourire). Voyez où se situe la méconnaissance. A première vue, les hommes et les femmes semblent être sur le même pied d’égalité lorsque l’on arrive. C’est en vivant ici qu’on se rend compte des différences. »

Julie a été en but avec le « machisme » de nos hommes. Ayant une profession masculine par essence, elle voit ses consœurs se battre au quotidien pour être prises au sérieux. Les hommes n’acceptent pas de recevoir des ordres venant de la gente féminine. Il y a des rapports de force incessants.
Et pour être respectable, une femme doit obligatoirement se marier. A 26 ans, certains sont étonnés de voir Julie, « toujours » célibataire.

La vie chère, impossible de ne pas en parler.

« Comment font les gens pour joindre les deux bouts ? C’est quasiment mission impossible quand je vois le cout du pain et du riz par rapport au salaire d’un ouvrier maçon ! J’ai été sidérée de constater qu’il n’y avait pas une grande différence entre le litre d’essence en Belgique et au Mali, alors que le pouvoir d’achat est beaucoup plus bas ici. Donc, quand les vendeuses me taxent parce que je suis Blanche, même si cela m’énerve, je me dis qu’elles ont bien raison. »
Bon.

Dans notre petite vidéo, Julie Jadoul nous parle de sa passion, la terre et tout ce qu’on peut faire avec.

Afribone Mali SA

15 juin 2008