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Les personnalités accusées pour avoir organisé une manifestation populaire qui avait abouti le 21 mai 2012 à l’agression du président par intérim, le Pr. Dioncounda Traoré ont comparu ce mardi 7 août devant la chambre correctionnelle du tribunal de première instance de la commune III du district de Bamako. La seule charge retenue contre eux est «troubles graves à l’ordre publique». Les accusés au nombre de six ont tous plaidé non coupable.

Il s’agit de trois responsables de la COPAM (le syndicaliste Hammadoun Amion Guindo, le Pr. Younouss Hamèye Dicko et le Pr. Rokia Sanogo), ainsi que de trois responsables du mouvement Yèrè Wolo Ton (Boubacar Boré, Yacouba Niaré et Mamadou Sangaré). Le premier groupe a comparu dans la matinée de ce mardi 7 août pendant que le second groupe a été jugé dans l’après midi de la même journée. Si le président du tribunal a souligné qu’il «ne s’agit pas d’un procès de la tentative d’assassinat du Pr. Dioncounda Traoré» comme le laisse croire la presse malienne, il n’en demeure pas moins que l’agression du président de la République par intérim a occasionné cette action judiciaire.

A l’endroit de la COPAM, l’accusation concerne donc l’organisation de la convention nationale suivie d’une marche sur la primature le 21 mai. Pour le mouvement Yèrè Wolo Ton, elle a trait aux manifestations successives de l’organisation (y compris le sit-in prolongé devant l’Assemblée nationale au lendemain du coup d’Etat).

jpg_copam-marche.jpgPour rappel, la COPAM à la faveur d’une tension sociale extrême avait organisé une «convention nationale». Cette concertation qui s’est tenue au Centre International des Conférences de Bamako (CICB) a mobilisé des milliers de personnes mais les initiateurs de la rencontre se défendent d’avoir invité 500 personnes. Avant l’ouverture des assises, les conventionnaires ont décidé d’adresser un message au chef du gouvernement à la cité administrative.

Ce qui a engendré une marche spontanée à laquelle ont pris part des milliers de personnes. En fait, la rencontre se tenait au lendemain de la signature d’un accord entre le Comité National de Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’Etat (CNRDRE) et des émissaires de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) faisant du président de la République par intérim, le président de la transition d’une durée de douze mois. Ce qui a irrité certaines couches sociales qui militent pour un changement radical après le coup d’Etat du 22 mars.

Ce 21 mai donc, «tous les artères principaux de Bamako étaient occupés par les manifestants», a souligné le procureur, Sarambé Coulibaly, dans son réquisitoire. Le Président de la COPAM, Hammadoun Amion Guindo, au cours de l’audience a estimé à 60 000 le nombre de personnes qui auraient manifesté ce jour, clamant une légitimité populaire à son action. «Nous avons invité 500 personnes, les autres, nous ne les connaissons pas», a expliqué le Pr. Younouss Hèmèye Dicko.

Le tribunal a brandi l’illégalité de la COPAM qui ne dispose pas de récépissé, les accusés et leurs avocats ont rétorqué que l’organisation est constituée de partis politiques, de syndicats et d’associations légalement constitués. Mieux, proteste les avocats, la COPAM a été consultée par le président de la République comme regroupement politique en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Le président du tribunal, Karamoko Diakité, a voulu évité un débordement politique à ce procès, mais le procureur et les avocats des accusés ont franchi ce seuil. «Depuis le coup d’Etat du 22 mars, l’effritement de l’autorité de l’Etat s’est accentué… La liberté a été mal comprise», a fait savoir le ministère public, invitant le tribunal à retenir les accusés dans le lien de la prévention.

«Ce procès ne devrait pas avoir lieu. Le pays était déjà miné par la gabegie, la corruption et une gouvernance que je n’ose pas qualifier. N’essayons pas de faire peur au peuple qui est décidé de changer son destin» rétorqua Me Mariam Diawara. Pour Me Arouna Keïta, ce n’est pas la convention de la COPAM qui participe à l’effritement de l’autorité de l’Etat. Celui-ci a ajouté que les exécutions sommaires des militaires maliens à Aguel Hok en janvier 2012 n’ont pas eu d’échos au sein du système judiciaire malien. Le collectif des avocats a donc réclamé la relaxe pure et simple des prévenus. Le verdict est attendu pour le 28 août prochain.

Seydou Coulibaly

07 Août 2012

©AFRIBONE