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Les villes de Kayes, Koniakary et Médine ont accueilli avec faste les manifestations des deuxièmes journées touristiques et culturelles de la région des rails organisée par Oasis Oriental de Mme Gueguen Alice Dakouo et le département du tourisme. Après la cérémonie de lancement à Koniakary les activités se sont poursuivies dans les deux autres villes.

Les ministres du tourisme et de l’artisanat et de la culture, en prenant part à toutes les activités, ont manifesté la volonté du gouvernement d’accorder une place de choix aux secteurs concernés dans le développement socio économique.

Les autorités locales avec en tête le gouverneur et le maire ne sont pas restées en marge de l’événement. Des milliers de festivaliers venus de Bamako et du Sénégal ont admiré les richesses de la région à travers des manifestations artistiques, culturelles, des visites de sites, des conférences débats et des cérémonies de remise d’équipement.

Malgré quelques problèmes d’incompréhensions, la population locale était mobilisée pour la cause, en témoigne le concert géant qui a regroupé des artistes de renom qui a drainé des milliers de personnes au stade Abdoulaye Makoro Cissoko.

A l’image des autres villes du Mali, Kayes dispose de sites pouvant attirer la curiosité humaine. Ses immenses potentialités ont fait l’objet d’un exposé présenté par l’ancienne ministre de la santé Mme Keïta Rokiatou N’Diaye. C’est une région pleine d’histoire qui a été la porte d’entrée du colonisateur au Soudan Français.

Des sites touristiques d’envergure

Les festivaliers s’en sont rendus compte en visitant certains sites comme le Fort de Médine. Situé à 12 km de la ville de Kayes dans la commune qui donne son nom, le Fort a été construit en 1855 par Faidherbe, gouverneur du Sénégal. C’est dans cette commune rurale de Médine, une métropole commerciale à l’époque et première capitale du Haut Sénégal Niger que se trouvent les premières écoles et gares ferroviaires du Mali.

C’est en 1892 que la capitale sera transférée à Kayes puis à Bamako en 1908. En plus de ce Fort, Kayes regorge d’autres sites naturels comme les chutes du Gouina, les rapides du Félou, le tata de Koniakary, le barrage de Manantali, les collines de Kita.

Autant dire que Kayes n’est pas seulement riche d’or mais peut constituer une destination touristique par excellence. Le directeur de cabinet du gouverneur, Bréhima Seyda, espère que ces journées touristiques constitueront un tremplin et un espoir pour la région dans le sens d’une promotion touristique qui va créer des emplois et lutter contre la pauvreté.

Cheick Oumar Cissoko appelle les Kayesiens à faire face à leur responsabilité

Il ne fait l’ombre d’aucun doute que Kayes a des atouts qui ne demandent qu’à être mis en valeur. Déjà le gouvernement s’est mis à la tâche par la construction de routes pour désenclaver la localité. Aussi, il s’investit dans la rénovation des sites victimes de l’érosion.

Ainsi 450 millions de Fcfa sont prévus dans les trois prochaines années pour la rénovation du Fort de Médine. Le tata de Koniakary aussi sera rénové. Aussi, le ministre de la culture a annoncé que son département projette d’ouvrir bientôt une mission culturelle dans la région pour veiller sur la préservation du patrimoine et pour la promotion de la culture.

Cependant, pour le ministre de la Culture, la culture et le tourisme ne peuvent se développer sans une implication des populations et des collectivités décentralisées. C’est pourquoi, il a appelé celles-ci à s’impliquer davantage.

Si l’hospitalité existe déjà, les Kayésiens doivent s’investir pour offrir un cadre propice pour le séjour des visiteurs et surtout participer à la rénovation des maisons coloniales qui avec leur architecture, peuvent donner une particularité à la ville.

Issa N’Diaye s’inquiète de l’avenir de notre identité culturelle

Cette implication est aussi indispensable pour la préservation de nos valeurs culturelles. Pour le professeur Issa N’Diaye, qui a présenté un thème sur la perte des identités culturelles, les questions identitaires sont incontournables pour le développement socio économique de notre pays.

Curieusement fera remarquer Issa N’Diaye, « nous sommes en voie de déperdition en perdant nos valeurs identitaires alors que ce dont nous pouvons nous vanter est incontestablement notre culture qui est une mine intarissable et dont l’exploitation est sans danger pour l’environnement. Mais les départements en charges de leur sauvegarde n’ont qu’un budget congru« .

En constatant que nous perdons cette précieuse richesse, le professeur s’inquiète de l’avenir de notre pays et de sa jeunesse. Le signe palpable de cette perte de repère est l’absence de plus en plus de patriotisme car, selon lui, « la motivation patriotique tire sa force dans les valeurs culturelles« . Pour cela, indique-t-il, nous devons enseigner nos langues nationales et préserver nos cultures, seul moyen de rester nous-mêmes.

Une cérémonie culturelle riche en couleurs ponctuée par les courses de pirogues, des démonstrations de lancer de filet, des prestations de masques et marionnettes sur le fleuve Sénégal a permis aux festivaliers de constater que les populations de Kayes conservent encore une bonne partie de leurs valeurs culturelles.

Le ministre de la Culture, même impressionné par ces démonstrations, n’a pas été surpris. Car Cheick Oumar Cissoko se souvenait encore de la deuxième place que la région avait remportée lors de la dernière édition de la biennale en ratant le podium d’un point derrière Bamako.

Un des temps forts du festival a été la remise d’un lot d’équipements au Cescom de Kayes N’Di par le ministre du tourisme. Il était composé d’une ambulance offerte par N’Diaye Ba lui même et des lits d’hospitalisations offerts par l’association Solidarité Darsalam de France.
La Fondation Ikatel a aussi remis d’importants lots de moustiquaires aux populations de la commune Bengassi.

Youssouf CAMARA
Envoyé spécial

N’Diaye bah ministre du tourisme et de l’artisanat
«Kayes va, enfin, accueillir le maximum de touristes»

« Le circuit touristique de Kayes est déjà prêt mais la région n’est pas encore prête pour le moment » tel est le constat fait par le ministre N’Diaye Bah au terme de cette édition. C’est pourquoi ils étaient quelques rares touristes européens à prendre part aux deuxièmes journées touristiques et culturelles de Kayes Médine.

Le 98 000 touristes en 2002, le pays est sur le point d’atteindre 300 000 cette année. Un chiffre qui montre les efforts déployés par les autorités qui ont cru en ce secteur. L’augmentation fulgurante du budget du département et la politique de diversification de la carte touristique qui s’en est suivie commencent à porter fruit.

Cette activité, reconnue comme la première industrie du monde, n’est plus l’apanage du seul triangle pays dogon-Tombouctou – Djenné. Chaque région du pays va désormais constituer une destination touristique avec l’organisation périodique des manifestations, la mise en valeur des sites et la réalisation d’infrastructures routières. Kayes a donc pris un pas important dans ce sens.

En effet, dira le ministre « Auparavant, Kayes avait de grosses difficultés notamment son enclavement. Or on ne peut pas développer le tourisme sans routes. Dieu merci, cette région est en voie de désenclavement avec les axes routiers Manantali-Bafoulabé- Médine -Kayes – Dakar ; Bamako – Kati- Kokofata – Kéniéba- Tambacounda – Dakar. Ce qui fera de Kayes un carrefour. A côté de ces routes, nous avons des hébergements. L’inauguration de l’hôtel Kamankolé palace qui dispose de 55 chambres dont 14 suites est un atout de plus. Ainsi au mois de novembre nous allons organiser un éditour à Kayes avec la presse spécialisée du tourisme qui a tester et promouvoir la destination Kayes qui peut être le prolongement du tourisme à Saint Louis,ville jumelée à Kayes« .

Cependant, reconnaît N’Diaye Bah, si les potentialités sont là et les infrastructures « Kayes n’a pas de culture touristique à l’image des régions du nord. Pour y pallier, il faudra la formation et une forte organisation des acteurs locaux intervenant dans le secteur« . La forte adhésion des populations au festival est un espoir pour l’avenir du secteur dans la région.

Sinon le circuit en tant que tel est prêt. Il va de la ville de Kayes aux localités de l’intérieur comme Kita, Kéniéba, Yélimané et Médine dont le Fort constitue le point focal du tourisme dans la région, celles-ci devront bénéficier des aménagements d’accueil.
Le parc du Bafing situé au sud de Manantali et qui regorge d’une réserve extraordinaire de faune sera aménagé avec l’appui de la BID et de l’Organisation mondiale du tourisme.

« Ce festival a été une opportunité de tester Kayes. Nous avons constaté que tous les hôtels étaient pleins alors qu’il n’y avait pas assez de touristes. Pour la prochaine édition, nous attendons une soixantaine de touristes dans le cadre de notre partenariat avec Solidarité Darsalam de France. Nous pensons qu’avec les réalisations en cours Kayes peut accueillir assez de touristes la prochaine fois » dira le ministre.

Avant d’ajouter que le tourisme n’est plus un luxe mais une activité économique pourvoyeuse d’emplois, un secteur transversal qui a un impact sur beaucoup d’autres secteurs.

En conclusion le ministre a réaffirmé toute la disponibilité de son département à accompagner toute initiative allant dans le sens de la promotion du tourisme et de l’artisanat au Mali.

Youssouf Camara

22 février 2006.