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Refuser de signer les accords bilatéraux de réadmission avec l’Etat français ouvrant la voie à des quotas d’immigration choisie et amplifiant les expulsions des travailleurs sans papiers, exiger des consulats maliens de cesser de délivrer des laissez-passer qui facilitent l’expulsion des Maliens… sont quelques appels que l’Association malienne des expulsés (AME) a lancés à l’issue de ses journées portes ouvertes les 15 et 16 mars derniers. « Le Mali ne doit pas s’agenouiller devant le gouvernement de Sarkozy ».

L’Association malienne des expulsés (AME) et son Collectif de soutien ont organisé les 15 et 16 mars des journées portes ouvertes au Centre Djoliba de Bamako. Ces journées ont enregistré la participation des partenaires européens notamment une délégation de la Confédération générale des travailleurs de France (CGT). Elles ont été l’occasion, pour les travailleurs migrants et refoulés, de passer au peigne fin toutes les questions relatives à l’immigration, de dénoncer les textes que M. Sarkozy est en train d’instaurer contre « ses camarades immigrés » puisque lui-même est fils d’un immigré hongrois. L’AME a terminé les journées par un fort appel qu’elle a lancé à l’Etat malien.

Dénonçant les lois sur l’immigration qui ne cessent de se durcir avec le renforcement de la répression et la mise en place de la coopération dans la gestion des flux migratoires et l’externalisation du contrôle des frontières européens, l’AME s’est élevée contre la mise en application du programme de La Haye en 2004 (l’externalisation des contrôles aux frontières) qui a aussi renforcé la répression contre les migrants en Europe.

« Ce programme transforme les pays de transit en gendarmes de l’Europe : c’est une véritable guerre contre les migrants », ont fait valoir les conférenciers. La directive « retour » de l’UE, qui sera votée en mai, prévoit la possibilité d’une détention des personnes en situation irrégulière de 18 mois et une interdiction du territoire européen de 5 ans pour les sans papiers qui ont été expulsés, ont-ils ajouté.

Révélations

L’UE, selon l’AME, et plus spécifiquement la France pour mieux faire passer leurs politiques d’immigration se servent des besoins financiers pour les investissements dans les pays africains « alors que ces fonds ne suffisent même pas aux besoins de nos pays ». Ces financements, censés accompagner les projets de développement, sont en réalité utilisés pour les flux migratoires. « Dix millions d’euros issus du Fonds européen de développement financent le futur Centre pour l’information et la gestion de l’émigration malienne, qui sera chargé de lutter contre l’immigration et d’en contrôler les flux ».

Pour l’AME, dès aujourd’hui, les droits des Maliens de l’extérieur risquent d’être totalement bafoués avec les accords de réadmission que l’Etat français veut imposer à l’Etat malien. « Certes l’Etat français fait de fortes pressions sur l’Etat malien comme sur tous les Etats africains pour qu’il signe cet accord, mais notre gouvernement doit résister notamment lors de la 8e réunion du Comité franco-malien qui se tient présentement. Nous devons résister. Le Mali ne doit pas s’agenouiller ».

C’est pourquoi à l’issue des journées, un appel a été lancé et qui interpelle les autorités maliennes à ouvrir grandement les yeux pour ne pas tomber dans les filets de l’erreur qui peut être suicidaire pour notre pays. L’AME exige de l’Etat malien d’exiger la régularisation de tous les travailleurs sans papiers, la restitution des biens des expulsés « et qu’ils puissent bénéficier de leurs droits au regard des cotisations versées ».

L’Association que dirige Ousmane Diarra somme l’Etat du Mali de refuser la collaboration avec l’agence Frontex créée pour la gestion « externalisée » des frontières européens mais également de créer un comité mixte comprenant des représentants du gouvernement et des expulsés afin d’évaluer les préjudices subis.
Les journées, selon le président de l’AME, ont été un succès qui sera pérennisé.

Amadou Sidibé

19 Mars 2008.