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Les faux médicaments provoquent de façon directe ou indirecte des intoxications, tuent ou handicapent le consommateur, ont des effets secondaires imprévus, des interactions dangereuses avec d’autres médicaments, des réactions allergiques et peuvent aggraver des troubles médicaux

La contrefaçon des produits pharmaceutiques est une triste réalité dans nos pays. Ce trafic préoccupe tant aujourd’hui, que tous doivent se mobiliser pour le combattre. Les pouvoirs publics qui ont pris la mesure du phénomène ont institué des journées nationales de lutte contre le trafic et l’utilisation de médicaments contrefaits. Le président de la République, Amadou Toumani Touré, a procédé hier à l’ouverture de ces journées.

La cérémonie s’est déroulée au Centre international des conférences en présence de membres du gouvernement, de représentants des partenaires techniques et financiers et des fondations Jacques Chirac et Pierre Fabre. Les médicaments contrefaits ou simplement faux médicaments sont des produits dont la composition et les principes actifs ne répondent pas aux normes et aux exigences scientifiques. Des produits qui, a expliqué le ministre de la Santé Mme Diallo Madeleine Bâ, ont une fausse présentation de leur identité, de leur composition ou de leur origine.

Il s’agit le plus souvent de produits contenant de faux ingrédients ou faux composants sans principes actifs ou des produits avec des quantités anormales ou insuffisantes d’ingrédients actifs, ou avec de faux emballages ou de faux étiquetages. « La vente illicite de ces médicaments, sans pour autant être une maladie, constitue une grave menace pour la santé publique donc un véritable fléau dont les conséquences dramatiques en terme de pharmaco-résistances risquent d’anéantir tous les efforts de nos stratégies de traitement des maladies prioritaires. Nous pouvons dire que la contrefaçon de médicament est aujourd’hui un problème mondial », a poursuivi le ministre. Selon l’agence américaine « Food And Drug Administration » qui assure la police en la matière, les médicaments contrefaits représentent 10% du commerce mondial.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, 40% de ces médicaments sont écoulés dans les pays développés et les 60% dans les pays en voie de développement. Dans les pays riches, il s’agit majoritairement de produits coûteux comme les hormones et les corticoïdes. Dans les pays pauvres, le marché visé est celui des antibiotiques, des antalgiques et des médicaments contre la tuberculose, le sida ou le paludisme, en somme les médicaments contre nos maladies prioritaires.

L’on se souvient encore qu’il y a quelques années, 50 000 doses de faux vaccins contre la méningite avaient été distribuées dans un pays de notre sous-région et auraient causé la mort de 2 500 personnes. Les faux médicaments provoquent de façon directe ou indirecte des intoxications. Ce sont des poisons qui tuent ou handicapent le consommateur. Le plus souvent, ils ont aussi des effets secondaires imprévus, des interactions dangereuses avec d’autres médicaments, des réactions allergiques et peuvent aggraver des troubles médicaux.

Le président du Conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP) du Mali, Abdoul Doumbia, a expliqué que cette organisation professionnelle en collaboration avec les autres ordres francophones, mène un combat sans merci contre la vente illicite et les faux médicaments depuis plus d’une décennie. Ainsi, en plus des actions quotidiennes, une semaine de sensibilisation est organisée chaque année conjointement dans tous les pays francophones pour sensibiliser la population aux dangers que représentent les faux médicaments.

Par ailleurs, on note un développement très important des secteurs autres que le public dans l’approvisionnement en médicament. Ainsi le secteur privé est de plus en plus développé et présent d’une manière plus large sur le terrain. Dans les jours à venir, a annoncé Abdoul Doumbia, le CNOP soumettra pour la signature aux hautes autorités de notre pays la convention Médicrime qui est le premier cadre juridique international relatif à la lutte contre les faux médicaments.

La gravité du problème est telle que nos pays ont besoin d’installer des systèmes efficaces de régulation de la circulation des médicaments pour prévenir et détecter les faux médicaments et aussi prendre des mesures appropriées pour lutter contre les contrefacteurs. Le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, estime que la solution passe par l’interdiction de leur fabrication. « Toutes les dispositions doivent être prises pour lutter contre le trafic et l’utilisation de médicaments contrefaits au même titre que la drogue et les stupéfiants », a-t-il jugé en soulignant que la répression devait être rigoureuse.

Un dispositif institutionnel et des dispositifs législatifs et réglementaires complémentaires sont en place dans notre pays pour garantir la qualité des médicaments importés et consommés. La cérémonie d’ouverture des journées a été suivie d’une séance d’incinération de médicaments contrefaits sur la route de l’aéroport international de Bamako-Sénou.

Mardi 28 février 2012, par Souleymane Doumbia

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