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Le  11 mars, les drapeaux étaient en berne au Sénégal. Et pour cause. C’était un jour de « recueillement et de prières » pour rendre hommage aux cinq personnes mortes lors des manifestations contre l’arrestation d’Ousmane Sonko. Ce deuil a été décidé et organisé par le gouvernement. Une telle décision est assez rare sous nos tropiques pour être signalée. En effet, il n’est pas courant qu’un gouvernement décrète un deuil national en hommage à des manifestants tués alors qu’ils protestaient contre une décision de justice. C’est ce que vient pourtant  de faire le pouvoir de Macky Sall. Cet acte, en plus de participer à l’apaisement de la tension qui avait dangereusement secoué son pays entre le 3 et le 8 mars derniers, contribue, peut-on dire, à le grandir. Car, quelque part, par cet acte, la Nation a été reconnaissante non pas à des vandales ou inciviques violents, mais à des citoyens sénégalais qui ont trouvé la mort alors qu’ils manifestaient pour traduire leur colère suite à l’arrestation de leur mentor politique. Un autre  décryptage pourrait amener à dire que par cet acte, Macky Sall veut couper l’herbe sous les pieds des animateurs du Mouvement pour la défense de la démocratie (M2D). En effet, les fondateurs de ce mouvement organisent une journée de deuil national à leur tour, aujourd’hui 12 mars, pour rendre hommage à la mémoire de leurs camarades  tués lors des manifestations contre ce qu’ils qualifient à tort ou à raison de « complot » pour éliminer leur mentor de la course à la présidentielle de 2024. L’une après l’autre, deux journées d’hommage aux manifestants tués, vont se suivre mais les discours qui seront servis par les organisateurs respectifs, n’auront ni la même teneur, ni la même connotation. Pour les croquants, en tout cas, qui ont appelé les populations, pour marquer la journée, à s’habiller en blanc et à mettre des foulards blancs sur les devantures de maisons, leurs camarades ne sont pas morts pour rien. Ils sont morts pour avoir défendu la démocratie. 

La balle est beaucoup plus dans le camp de Macky Sall que dans celui des manifestants

C’est donc un jour de mobilisation pour empêcher la mort de la démocratie. Et les sigles de leur mouvement en disent long. D’ailleurs, ils entendent organiser un rassemblement pacifique le 13 mars prochain à Dakar, pour exiger la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes arrêtées. Le M2D a aussi appelé à la mise en place d’une commission nationale indépendante pour l’indemnisation des familles des victimes ainsi qu’à l’ouverture d’une enquête indépendante pour retrouver  et traduire les auteurs des crimes devant la Justice. Et pour eux, ce ne sont pas seulement cinq personnes qui ont été tuées comme le dit le gouvernement, mais plutôt 11. Le M2D a enfin annoncé la parution, dans les prochains jours, d’un mémorandum de revendications en dix (10) points. A leurs yeux, leur démarche est guidée par « l’intérêt supérieur vital du peuple sénégalais ».  C’est vrai, les militants du M2D ont promis que tout cela se passerait de manière pacifique. Macky Sall s’est inscrit dans le même registre en appelant à « l’apaisement » après les plus graves tensions qu’a connues le Sénégal depuis 2012.  En tout cas, tout le mal que l’on souhaite au pays de Senghor, à l’occasion des journées d’hommage (celle du gouvernement et celle du M2D) et de l’appel à manifester du M2D, c’est d’éviter à tout prix les dérapages. Il faut absolument mettre tout en œuvre pour éviter que le Sénégal revive les folles journées qu’il a vécues entre le 3 et le 8 mars derniers. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les morts qui ont été enregistrés à cette période, ont souillé la démocratie sénégalaise, naguère considérée comme l’une des démocraties les plus élaborées de l’Afrique de l’Ouest francophone. En tout cas, la balle est beaucoup plus dans le camp de Macky Sall que dans celui des manifestants. Il lui revient de veiller à ce que les forces de sécurité encadrent désormais toutes les manifestations des citoyens de façon responsable et républicaine. Car, la violence, d’où qu’elle vienne, n’a jamais été bénéfique pour un pays. Les militants du M2D doivent eux aussi faire preuve de responsabilité, pour autant qu’ils inscrivent leurs actions dans la logique de la défense véritable de la démocratie sénégalaise.

Pousdem PICKOU