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Le paradoxe est saisissant entre le rôle essentiel que les femmes jouent dans la production et la précarité dans laquelle elles sont confinées

Les Maliennes à l’instar de leurs soeurs du reste du continent ont célébré hier comme chaque année à la même
date, la Journée panafricaine des femmes. Les manifestations commémoratives de cette journée se sont déroulées au Palais de la culture Amadou Hampaté Ba où une foule nombreuse de femmes a convergé. Il y avait des officiels (des membres du gouvernement), des leaders d’associations et organisations féminines, des représentants d’Ong mais aussi beaucoup d’anonymes.
Animations artistiques et culturelles, sketches, défilé de mode et visite de stands d’une exposition ont agrémenté l’événement.

Instituée en 1962, date de création de l’Organisation panafricaine des femmes (OPF), la célébration de la Journée panafricaine des femmes correspond cette année au 45ème anniversaire de cette organisation continentale.

La journée est toujours l’occasion d’avoir une pensée pour les pionnières du panafricanisme et celles qui ont joué un rôle déterminant dans l’accession de nos pays à l’indépendance et dans l’émancipation des Africaines.

Elle est aussi l’occasion pour les femmes de jeter un regard sur le chemin parcouru et mesurer l’ampleur des défis à relever pour la jeune génération.

BESOIN D’ACTIONS CONCRETES

Le thème retenu pour cette année par le secrétariat de l’OPF a été « la paupérisation du continent : quel développement économique pour l’Afrique, défis et enjeux« .

Ce choix répond parfaitement à une préoccupation des Africaines qui restent très vulnérables face à la pauvreté.
Il cadre bien avec celui retenu par notre pays qui est « le rôle et la place de la femme dans la lutte contre la pauvreté au Mali« .

Pour la secrétaire générale de l’OPF, Mme Assétou Koïté, l’une des invitées de marque de la cérémonie, en plaçant la Journée panafricaine sous le signe de la lutte contre la pauvreté, l’organisation panafricaine entend mobiliser les femmes et les gouvernements pour développement de nos États.

Les femmes, a rappelé, Mme Assétou Koïté, sont les principaux acteurs de leur propre émancipation. Cependant, elles ont besoin d’actions concrètes des gouvernements.

Mme Assétou Koïté a saisi l’occasion pour exposer la situation défavorisée des femmes qui représentent pourtant plus de la moitié de la population mondiale, et constituent donc le gros lot du milliard d’individus qui vivent avec moins d’un dollar (environ 500 Fcfa) par jour.

De même, les femmes et les enfants constituent la majorité des 800 millions de personnes dans le monde qui connaissent de graves problèmes d’alimentation.

Cette situation est inacceptable quand l’on sait que le revenu des 200 personnes les plus riches du monde est supérieur à celui des pays d’Afrique réunis, a déploré la responsable féminine, en dénonçant certaines pratiques et pesanteurs auxquelles sont confrontées les femmes.

Parmi ces difficultés, l’on peut citer la pandémie du sida, le non respect de certains engagements pris par les décideurs, les systèmes juridiques trop rigides, l’accès difficile à l’éducation, à la formation, aux technologies, les conflits armées dont les premières victimes sont les femmes et les enfants.

Mme Assétou Koïté a par ailleurs, réaffirmé l’engagement de l’OPF de soutenir la réalisation des États-Unis d’Afrique -un projet âprement débattu lors du dernier sommet de l’Union africaine à Accra- et l’annulation de la dette extérieure des pays d’Afrique.

Elle a suggéré la mise en place d’un Fonds de lutte contre la pauvreté pour les femmes économiquement vulnérables, avant d’exhorter les gouvernements africains à donner aux femmes la place qui est la leur dans le développement socio-économique.

80 % DE LA MAIN-D’OEUVRE AGRICOLE

Tout en soulignant à son tour, les facteurs qui entravent l’épanouissement des Africaines, Mme Alwata Ichata Sahi, la secrétaire régionale de l’OPF en Afrique de l’Ouest, a rappelé l’urgence pour les femmes de défaire ces entraves.

Mais cela demande l’amorce d’un changement de perception et des comportements sociaux et exige que les gouvernements respectent leurs engagements dans l’élaboration et la mise en oeuvre des projets et programmes destinés aux femmes.

Pour Mme Alwata Ichata Sahi, le thème national -« le rôle et place de la femme dans la lutte contre la pauvreté au Mali« – correspond aux préoccupations actuelles des Maliennes et aux priorités du gouvernement dans le Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté.

Le ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme Diallo M’Bodji Sène, a souligné le poids de la pauvreté sur les femmes au Mali, dont la majorité vit en milieu rural et représente 80 % de la main-d’oeuvre agricole.

Toutes les études menées, a-t-elle précisé, ont confirmé le rôle essentiel de la femme dans la production, la conservation, la transformation, la promotion l’échange et la consommation de nos produits.

Cependant, elles sont peu présentes dans le secteur moderne et le commerce formel. « Malgré leur rôle de productrices, le travail des femmes n’est pas toujours suffisamment comptabilisé. Leur contribution au produit intérieur brut reste méconnu et leur prise en compte dans les politiques et les programme reste timide. Elles ne bénéficient en général ni de prestations sociales, ni d’aucune autre forme de protection sociale. De plus, elles sont sous-représentées dans les prises de décisions économiques et dans la formulation des politiques financières, monétaires et commerciales » a déploré le ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.

Mme Diallo M’Bodji Sène a tout de même salué les actions menées par le gouvernement tout en reconnaissant les limites de ces politiques du fait de la faible utilisation des approches participatives dans les différents programmes.

La présidente de la CAFO, Mme Traoré Oumou Touré, qui a également dénoncé les maux qui empêchent l’épanouissement des femmes, a développé un plaidoyer en faveur des Maliennes.

Be COULIBALY- L’Essor

1er août 2007.