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« La santé mentale dans un monde en mutation : impact de la culture et de la diversité« . Tel est le thème retenu pour célébrer la 10e édition de la journée mon­diale de santé mentale, organisée par l’association pour la défense et la promotion des malades mentaux, en collaboration avec l’OMS.

Cette journée a été marquée, le 10 octobre 2007 au siège de l’OMS, par une rencontre au cours de laquelle les participants ont été édifiés sur plusieurs points par les organisateurs.

Rappelons que la santé mentale est un état de bien-être par lequel l’individu reconnaît ses capacités, est capable de faire face au stress normal de la vie, travaille de manière productive et fructueuse et apporte une contribution à sa communauté.

Le secrétaire général de l’Association pour la Défense et la Promotion des Malades Mentaux (ADPMM), M. Ibrahim Traoré, a noté que cette association, créée le 4 janvier 2006, est née de la volonté d’hommes et de femmes ayant, pour la plupart, en charge des malades mentaux.

Selon lui, son objectif est, entre autres, de renforcer la collaboration entre les spécialistes et les partenaires financiers, assurer la défense et la protection des droits des malades par le plaidoyer auprès des pouvoirs publics.

A en croire M. Traoré, cette 10 édition de la journée mondiale de santé mentale, sera marquée par d’autres activités entres autres, une conférence d’informations sur la maladie mentale et les troubles mentaux, la sensibilisation et l’information, durant trois jours, sur les antennes des radios privées.

M. Ibrahim Traoré a par ailleurs salué l’implication de l’OMS pour la cause des malades mentaux? Quant au représentant de l’OMS, M. Lamine Cissé SARR, il a noté que le concept de santé mentale est à la fois complexe et évolutive.

A l’en croire, au cours de ces dernières décennies, ce concept de santé mentale a connu de nombreuses évolutions et transformations structurelles qui ont façonné sa perception et ses pratiques.

« En choisissant de célébrer la Journée Africaine de santé mentale 2007 sous le thème « la santé mentale dans un monde en mutation : impact de la culture et de la diversité« , l’OMS a voulu rappeler à tous ce que nos cultures ont toujours soutenu, à savoir que ni la bonne santé, ni la mauvaise santé n’apparaissent par hasard dans une population. Les deux sont profondément enracinés dans des processus sociaux fondés sur les interactions entre individus et groupes d’individus« , a-t-il précisé.

« Le potentiel africain en matière de santé mentale n’a pas encore été suffisamment exploré par la communauté interna­tionale. Mais tout le monde sait qu’il existe et continue d’exister, en Afrique, une riche psychiatrie traditionnelle. Malgré son ambiguïté aux yeux de l’observateur étranger, ce potentiel est en cohérence avec nos cultures et la signification sociale que nous donnons au trouble mental« , a-t-il poursuivi.

Et de conclure : « En effet, dans la culture africaine en général, le trouble mental traduit la rupture d’un équilibre de la personne dont les constituants sont non matériels. Le trouble mental peut être ainsi la sanction expiatoire conséquente à la transgression d’une règle sociale commune. Il peut être le signe de lutte d’une personne contre une agression d’autrui dans un contexte métaphysique« .

De l’avis de M. Sarr, le malade mental est donc porteur d’un message où d’un symbole qui touche aussi bien sa famille que sa communauté.

En tant que tel, il cesse d’être une personne malade pour devenir l’expression d’un conflit qui se joue ailleurs. Et cet ailleurs devient l’objet thérapeutique. Dans un tel contexte, on ne s’interroge plus sur le comment, mais plutôt sur le pourquoi.

Pour trouver donc une réponse adéquate aux questions de santé mentale, dira-t-il, les spécialistes seront tenus de sortir du cadre spécifique du soin aux malades mentaux, pour mener une réflexion commune, d’abord sur la place de leur discipline, ensuite sur les rapports de celle-ci avec le Social, le Culturel et le Politique. Il a par ailleurs noté que la population mondiale souffrant d’un trouble ou d’une déficience mentale est évaluée à environ 120 millions d’individus.

Un nombre qui va continuer de croître du fait d’abord du succès de la médecine et de l’augmentation de l’espérance de vie, ensuite, de la complexité croissante de la société dans ce contexte de mondialisation qui entraîne une augmentation du nombre d’inadaptés.

C’est pourquoi on estime que la charge mondiale de morbidité imputable aux troubles mentaux et neurologiques passera de 12,3% en 2000 à 15% en 2020.

Chaque année déjà, un million de personnes se suicident et 10 à 20 millions font des tentatives de suicide liées à leur mauvaise santé mentale, a-t-il ajouté.

Selon le Pr spécialiste Baba Koumaré, chef du département de la psychiatrie du CHU de Bamako à l’Hôpital du Point G et coordonnateur du Programme National de Santé Mentale et de Lutte contre la Toxicominie, le 10 octobre de chaque année est une journée chargée de sens et qui appelle tout le monde à la réflexion.

« C’est ce qui fait de nous des êtres humains« , a-t-il martelé avant d’ajouté que le choix du thème montre que la santé est au coeur de tous, pour que les hommes puissent être au centre du développement.

Pour la circonstance, il a aussi évoqué les facteurs qui engendrent la santé mentale, tels que le stress, l’abus de la drogue, la dislocation des familles, les problèmes d’ordre biologique…

A l’en croire, au Mali, 15% des citoyens souffrent de problèmes de santé mentale, et le taux de guérison est estimé de 10 à 15%.

M. Baba Koumaré a surtout prôné la communication d’informations utiles aux individus, familles et communautés qui peut être bénéfique pour la promotion de santé mentale et de prévention des troubles mentaux.

Aux cours de cette rencontre, un témoignage a été fait par la présidente de l’ADPMM, Mme Bagayoko Binta Siby.

Selon elle, grâce à son implication dans des soins pour ses deux frères malades mentaux, elle pu créer une association en janvier 2006. Elle a ainsi demandé aux parents des malades d’adhérer à l’association pour mener ensemble à bout leurs objectifs.

Mariétou KONATE

11 octobre 2007.