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Le Mali, à l’instar des autres pays, a célébré la journée mondiale de la santé mentale. Une occasion pour les associations de lutte contre les maladies mentales de sensibiliser l’opinion nationale pour un soutien aux malades mentaux. Dans le cadre de la célébration de cette journée, et durant trois jours, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en collaboration avec l’Association pour la Défense et la Promotion des Malades Mentaux (ADPMM) organisera des conférences d’information et de sensibilisation sur la maladie mentale et les troubles mentaux sur plusieurs radios privées. Pour introduire ces activités, l’ADPMM en collaboration avec l’OMS a organisé hier une conférence de presse dans la salle de conférence de l’OMS.

C’était en présence des membres de l’Association, du représentant de l’OMS au Mali, Dr Lamine Cissé Sarr, des malades mentaux guéris.

LES OBJECTFS DE L’ADPMM

Ainsi, dans son mot de bienvenue, le secrétaire général de l’ADPMM, M. Ibrahim Traoré, a rappelé que leur association est née depuis le 4 janvier 2006 de la volonté d’hommes et de femmes ayant pour la plupart en charge des malades mentaux.

Selon lui, l’ADPMM a pour objectif spécifique entre autres de renforcer la collaboration entre l’association, les communautés, les autorités, les spécialistes et les partenaires financiers; assurer la défense et la protection des droits des malades par le plaidoyer auprès des pouvoirs publics; oeuvrer pour l’adoption d’une loi de protection sociale des malades mentaux; élaborer un fichier fiable qui sera mis à la disposition des services spécialisés.

LA SANTE MENTALE SELON L’OMS

Dans son intervention, le représentant de l’OMS, Dr Lamine Cissé Sarr, a souligné que le concept de santé mentale est à la fois complexe et évolutif. Pour lui, au cours des dernières décennies, le concept de santé mentale a connu de nombreuses évolutions et transformations structurelles qui ont façonné sa perception et ses pratiques. Mais il est difficile de définir des signes objectifs universellement acceptables.

Il a souligné que dans son rapport sur la santé dans le monde publié en 2001, l’OMS propose, sinon une formulation utilisable de santé mentale qui lui semble être la plus proche de la réalité : pour l’OMS, la santé mentale correspondrait à un processus dynamique résultant de facteurs biologiques, pscychologiques et sociaux en interactions constantes, déterminée sur le plan culturel, dans le temps et dans l’espace, dépendant des conditions plus ou moins favorables personnelles et collectives et reconnaissant certains critères fondés sur l’intégration de la personnalité ainsi que sur les capacités d’affronter les difficultés et de résoudre les problèmes de l’existence.

Il a, par ailleurs, rappelé qu’au cours des cinquante dernières années, l’approche des soins aux malades mentaux est passée du placement en institution à une prise en charge communautaire et les soins dispensés à ces malades ont reflété les valeurs sociales et culturelles qui influent sur la perception de la maladie dans la société et la manière dont les personnes atteintes sont traitées varie selon les cultures et les traditions.

Pour lui, en choisissant de célébrer la journée africaine de santé mentale 2007 sous le thème “La santé mentale dans un monde en mutation : impact de la culture et de la diversité” l’OMS a voulu rappeler à tous ce que nos cultures ont toujours soutenu, à savoir que ni la bonne santé ni la mauvaise santé n’apparaissent par hasard au sein d’une population.

Les deux sont profondément enracinés dans des processus sociaux fondés sur les interactions entre individus et groupes d’individus.
En plus, selon lui, le potentiel africain en matière de santé mentale n’a pas encore été suffisamment exploré par la communauté internationale, mais tout le monde sait qu’il existe et continue d’exister en Afrique, une riche psychiatrie traditionnelle.

LE TROUBLE MENTAL

Pour lui, malgré son ambiguïté aux yeux de l’observateur étranger, ce potentiel est en cohérence avec les cultures. En effet, selon lui, dans la culture africaine en général, le trouble mental traduit la rupture d’un équilibre de la personne dont les constituants sont non matériels et le trouble mental peut être aussi la sanction expiratoire conséquente à la transgression d’une règle sociale commune.

En plus, selon lui, le malade mental est donc porteur d’un message où d’un symbole qui touche aussi sa famille que sa communauté, entière, en tant que tel, il cesse d’être une personne malade pour devenir l’expression d’un conflit qui se joue ailleurs, et cet ailleurs devient l’objet thérapeutique.

Il a aussi souligné que pour trouver une réponse adéquate aux questions de santé mentale, les spécialistes seront tenus de sortir du cadre spécifique du soins aux malades mentaux, pour mener une réflexion commune, d’abord sur la place de leur discipline, ensuite sur les rapports de celle-ci avec le social, le culturel et le politique.

LA MORBIDITE IMPUTABLE AUX TROUBLES MENTAUX

Il a, par ailleurs, rappelé que la population mondiale, souffrant d’un trouble ou d’une déficience mentale, est évaluée à environ 120 millions d’individus, nombre qui va continuer de croître du fait :
Du succès, d’abord, de la médecine et de l’augmentation de l’espérance de vie ; ensuite, de la complexité croissante de la société dans ce contexte de mondialisation qui entraîne une augmentation du nombre d’inadaptés.

C’est pourquoi on estime que la charge mondiale de morbidité imputable aux troubles mentaux et neurologiques passera de 12,3% en 2000 à 15% en 2020. Chaque année déjà, un million de personnes se suicident et 10 à 20 millions font des tentatives de suicide liées à leur mauvaise santé mentale.

Parler de santé dans le contexte actuel du monde, sans mentionner la santé mentale, revient à accorder un instrument de musique en oubiant quelques notes a dit le Dr Brundtland ancienne Directrice Générale de l’OMS. De ce qui précède, nous pouvons affirmer que la dimension mentale de la santé publique est appelée à un développement important au cours des prochaines années.

PR KOUMARE

Dans son intervention, le Pr Koumaré trouve que cette journée est chargée de sens qui appellent à la réflexion. Pour lui, quand on parle de la santé, il s’agit d’un état global à savoir le physique, le mental et le social.

Il a, par ailleurs, souligné que beaucoup de pays sont en retard à hauteur de souhait par rapport à la santé mentale. Selon lui, il n’y a pas de véritable politique pour la santé mentale. Pour lui, les facteurs qui provoquent les maladies mentales : le stress, problème de drogue, d’ordre biologique.

Après les différentes interventions, ils se sont prêtés aux questions des journalistes. Parlant du nombre d’éditions par rapport à la célébration du 10 octobre comme journée mondiale de santé mentale, le Pr Koumaré a précisé que cette année est la 10ème édition.

A la question de savoir si on peut prévenir les maladies mentales, le Pr Koumaré a répondu par l’affirmative. Avant d’ajouter qu’on peut prévenir les maladies mentales avec la notion d’hygiène mentale. Pour lui, il faut prendre ses congés de temps de loisir.

La conférence a pris fin par une remise de matériels (nattes, seaux, matelas, sucre, lait) à l’ADPMM.

Dado CAMARA

16 octobre 2007.