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Notre pays, à l’instar de la communauté internationale, a célébré samedi -le 3 mai- la Journée mondiale de la liberté de la presse dans une conjoncture marquée par un recul de la libre expression.

La journée a offert, comme à l’accoutumée, l’occasion aux institutions nationales de presse, associations, animateurs des médias, de débattre de la liberté d’expression, l’accès à l’information et l’autonomisation, de dresser un bilan de l’état de la profession dans notre pays et dans le monde.

Une rencontre a été conjointement organisée à cet effet par la Maison de la presse et la Commission nationale malienne pour l’UNESCO, avec l’appui du bureau multi pays de l’Unesco au Mali et l’ambassade du Maroc.

« Dans notre pays, les libertés d’expression et d’opinion chèrement acquises sont devenues réalités. Même s’il est vrai que nous avons eu, en tant que corporation, quelques frayeurs par rapport à des actions à l’encontre de certains confrères qui ont été, au terme d’une procédure judiciaire pour le moins bâclée, condamnés à des peines de prison. Ce qui est une première dans notre pays où les actions des dirigeants sont plus teintées de calme, de sérénité et de tolérance.

Nous ne voulons pas être juges, en lieu et place des juges, nous ne voulons pas non plus être des gouvernants, à la place des gouvernants. Nous sommes journalistes et entendons le demeurer. L’analyse, l’observation, la critique, même difficile, doit être le quotidien des gens de ce métier que nous sommes. Ces droits doivent être exercés dans le cadre strict de la loi et d’une bonne pratique professionnelle« , a analysé, Makan Koné, le président de la Maison de la presse, à l’entame de la conférence.

Il a, dans l’autre sens, déploré les manquements à l’éthique et à la déontologie. « Nous exerçons dans un contexte ou le cadre juridique est encore répressif. Tout comme nous ne savons pas toujours affirmer le caractère professionnel de notre métier et l’indépendance requise face à nos rédactions, aux pouvoirs politiques et aux forces de l’argent.

L’ensemble de ce que nous avons décrit constitue les principales faiblesses qui font que nous ne sommes pas , comme on souhaiterait être, une presse, d’abord professionnelle, soucieuse du respect strict de ses règles d’exercice professionnel et enfin une presse indépendante de tout ce qui peut être source d’avilissement.

En cette journée dédiée à la presse, nous voudrions lancer un appel pressant à l’endroit de l’État et au plus haut sommet. Mais aussi à l’endroit des pouvoirs publics pour solliciter leur bienveillance dans cette dynamique de rédemption d’une presse de qualité dans notre pays« , a plaidé Makan Koné.

Le président en exercice de l’Union des journalistes de l’Afrique de l’Ouest, notre compatriote Ibrahim Famakan Coulibaly, a dépeint une situation sous-régionale fort mitigée avec des avancées significatives comme en Mauritanie et des régressions comme au Niger.

« Des signes alarmants proviennent des pays jusqu’ici considérés comme modèle de démocratie tels le Mali et le Sénégal« , a-t-il déploré en relevant combien l’environnement de la presse restait précaire avec des conditions de travail, sociales et salariales déplorables et très peu propices à la qualité.

Les textes liberticides et les pratiques détestables entravent sérieusement la liberté de la presse en Afrique, a constaté le patron de l’UJAO en excluant toute liberté de presse quand les journalistes vivent dans des conditions de misère, de corruption ou de peur.
« Les devoirs ne peuvent être effectivement respectés dans l’exercice de la profession de journaliste que si les conditions concrètes de l’indépendance et de la légitimité professionnelle sont réalisées.

En considération de sa fonction et des ses responsabilités, le journaliste a droit non seulement au bénéfice des conventions collectives, mais aussi à un contrat personnel assurant sa sécurité matérielle et morale ainsi qu’à une rémunération correspondant au rôle social qui est le sien et suffisante pour garantir son indépendance économique« , a soutenu Ibrahim Famakan Coulibaly.

Les conditions sociales des hommes presse, la formation ainsi que le respect de l’éthique et la déontologie, ont été au centre des débats animés par notre confrère Mahamane Hamèye Cissé, et des contributions de Mamadou Kaba, journaliste et ancien ambassadeur du Mali en Égypte, de l’ambassadeur du Maroc et d’Alpha Sall, ancien secrétaire général du Syndicat de la presse au Sénégal (Synpics).

Alpha Sall a situé la plus grande peur du journaliste ouest africain, dans la recherche du « quotidien » pour sa famille. Une situation, de son point de vue, source fondamentale de dérives professionnelles. Il a invité les femmes et les hommes de presse à prendre leur destin en main et à se constituer en groupe de pression, en créant un syndicat fort.

Mahamane Hamèye Cissé relève l’existence de textes juridiques élaborés depuis fort longtemps dans notre pays et le manque de volonté politique pour les adopter et les appliquer. « Nous avons une profusion d’associations et réseaux de presse, qui prônent le professionnalisme à tout bout de champ. Mais il est difficile de comprendre que ces organisations ne prennent pas en compte, le vrai problème qui est leur situation sociale professionnelle« , s’est-il étonné.

Le ministre chargé des Relations avec les institutions et porte-parole du gouvernement, Mme Diabaté Fatoumata Guindo, a confirmé la disponibilité des pouvoirs publics d’accompagner et soutenir la presse malienne.

Le paysage médiatique malien dépeint au fil de cette conférence-débat ressemble à un no man’s land où la création des journaux relève de la génération spontanée, où la précarité est l’ordinaire du journaliste de base et où les patrons de presse s’abreuvent plus que de raison à la connivence politique. Pour sortir de ce capharnaum par le haut, il faut agir sur les conditions de vie, de travail et de carrière des professionnels.

Par l’entremise d’une convention collective ou, à défaut, par un décret fixant les conditions générales d’emploi et de rémunération.

M. N. TRAORÉ

06 Mai 2008