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Le Mali, à l’instar des pays africains a célébré la journée international de lutte contre l’excision le 6 février 2OO7 au Centre International de Conférence de Bamako. Le thème retenu cette année est “Tolérance zéro aux Mutilations Génitales Féminines (MGF)” . Si le thème du 06 février 2006 portait sur l’implication des communicateurs dans la lutte contre la pratique de l’excision, cette année les agents socio sanitaires sont à l’honneur avec comme sous-thème “Rôle et place des agents socio sanitaires pour l’abandon de la pratique de l’excision”. Ainsi, l’objectif de la célébration de cette journée est d’amener les agents socio sanitaires à s’engager dans des actions de plaidoyer et de sensibilisation pour l’abandon de la pratique de l’excision.

Organisée par le ministère de la Promotion de la Femme de l’Enfant et de la Famille à travers le Programme National de Lutte contre l’Excision (PNLE) et ses partenaires, la cérémonie officielle de commémoration a enregistré la présence de quatre membres du gouvernement, des représentants des partenaires techniques et financiers, des ONG et associations de lutte contre la pratique de l’excision, de la présidente du Parlement des l’Enfants et de plusieurs invités s’intéressant à la santé de la famille.

L’EXCISION, UN PROBLEME DE SANTE PUBLIQUE AU MALI

Ainsi, dans son intervention, la directrice du PNLE, Dr. Keïta Joséphine Traoré a rappelé que l’engagement des autorités n’a pas fait défaut; lequel engagement a donné une grande visibilité dans la lutte contre la pratique de l’excision surtout avec la création du PNLE par une ordonnance du 4 juin 2002. Selon elle, l’excision est très répandue au Mali et est un problème de santé publique, un problème de droit humain. Elle a ensuite souligné que le taux de la pratique de l’excision est bas chez les femmes instruites. Elle a par ailleurs rappelé que plus de 70 ONG travaillent pour l’abandon de cette pratique.

Pour elle, les résultats des luttes sont bons mais qu’il y a des défis majeurs à relever comme l’amélioration de la communication entre les intervenants, l’augmentation des moyens matériels et financiers pour la couverture de l’ensemble du territoire.

LES CONTRAINTES

Dans son exposé, le coordinateur du Comité National d’Action pour l’abandon des Pratiques Néfastes à la santé de la femme et de l’enfant (CNAPN), M. Lamine Traoré, a parlé de la situation actuelle de l’excision, avant de souligner l’importance de l’implication des agents dans la lutte. A en croire M. Traoré, le taux de la pratique de l’excision au niveau des structures sanitaires est de 4%. Il a, par ailleurs, souligné les contraintes par rapport à la lutte contre la pratique de l’excision à savoir la pression sociale, l’influence culturelle et la faible implication des agents de santé.

Le Dr. Ibrahim Maïga, gynécologue a invité les personnels de la santé à une prise de conscience des conséquences de cette pratique avant de les exhorter à une communication pour le changement de comportement. Il a aussi demandé une prise en charge des victimes de l’excision.

Dans sont intervention, la présidente du Parlement des Enfants a interpellé les parents par rapport de la pratique de l’excision. Elle a ensuite transmit le salut des enfants pour l’organisation de cette journée car, selon elle, les filles sont les premières victimes de cette pratique. Elle a par ailleurs salué le thème de cette année. Pour elle, l’implication des agents va contribuer à l’abandon de la pratique dans notre pays. Et, elle a demandé de condamner les acteurs ou auteurs de la pratique de l’excision.

Dans son discours le ministre de la Promotion de la Femme de l’Enfant et de la Famille Diallo M’Bodji Sène a rappelé que c’est au cours de la conférence du comité inter africain de lutte contre les pratiques néfastes à la santé de la femme et de l’enfant tenu a Adis Abeba en février 2003 qu’il a été décidé de consacrer une journée spéciale à l’excision afin d’attirer l’attention du monde sur ce problème autour duquel un mutisme s’était entretenu.

Elle a par ailleurs souligné une phrase d’Amadou Hampaté Ba qui disait ce-ci : “il y a des pratiques que nos ancêtres trouveraient caduques s’ils revenaient eux mêmes à la vie”. Selon elle, on peut affirmer aujourd’hui sans risque de se tromper que l’excision rentre dans la catégorie de ces pratiques ancestrales. Elle a par ailleurs souligné que selon les données de l’OMS et du UNFPA, l’excision est pratiqué dans plus de 26 pays concerne près 130 000 000 de femmes dans le monde et plus de deux millions de fillettes et de jeunes femmes subissent l’une des formes de mutilation génitale féminine. Elle a ensuite souligné que le Mali est l’un des pays les plus touchés par l’excision.

Pour elle, les conséquences de l’excision sur la santé de la reproduction de la femme ne sont plus à démontrer. Elle a par ailleurs rappelé la volonté politique du gouvernement en faveur de l’abandon de la pratique de l’excision qui se traduit par plusieurs actions telles que la prise en compte systématique de l’excision parmi les composantes de la santé de la reproduction, un financement de la lutte contre la pratique de l’excision sur le budget national.

Parlant du thème de cette année, elle a précisé que les agents socio-sanitaires ont un rôle prépondérant dans l’abandon de l’excision notamment à travers les activités de sensibilisation et de prise en charge efficace des complications.

La cérémonie officielle de célébration de cette journée a été aussi marquée en plus des interventions par chants et sketch pour sensibiliser la population à l’abandon de la pratique de l’excision. Signalons que cette journée de lutte contre la pratique de l’excision s’étendra sur tout le mois de février dans tous les services techniques de l’Etat, les associations et ONG organiseront des manifestations diverses surtout le territoire à travers des conférences débats, manifestations artistiques, projection de film, caravanes de jeunes, leçons modèles sur l’excision.

Dado CAMARA

07 février 2007.