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Donner, aux femmes, un pouvoir égal d’intervention dans les décisions influant sur la vie de la Nation, au sein de la famille et des instances les plus élevées du gouvernement, c’est leur donner la clef de leur autonomie.
C’est dire que l’égalité doit être réelle à tous les niveaux, et que la maîtrise des ressources et la représentation dans la vie publique et politique doivent être également partagées.

Aussi, pour prouver aux hommes qu’elles existent, les femmes ont, depuis la nuit des temps, mené des combats pour l’élimination totale de toutes les formes de discrimination fondées sur le sexe. Et c’est fort de ce constat que la communauté internationale a retenu une date pour commémorer la Journée Internationale de la Femme, dont l’origine remonte à l’année 1857, suite à la révolution des ouvrières des usines de textile de la ville de Chicago. Et cette date, c’est le 8 Mars de chaque année.

Le Mali et la célébration du 8 Mars

A l’instar de la communauté internationale, notre pays célèbre, chaque année la Journée Internationale de la Femme. Depuis 1994, le gouvernement du Mali, en collaboration avec la société civile et les partenaires au développement, célèbre le 8 mars sous un thème défini. Cette commémoration vise à rendre hommage aux femmes maliennes, pour le rôle qu’elles jouent dans le processus de développement socio-économique et culturel du pays.

Sensibiliser l’opinion nationale et internationale sur la situation des femmes au Mali; contribuer à l’amélioration de leur statut au sein de la société, en faisant la promotion de l’équité homme- femme; leur faire prendre conscience et renforcer leur pouvoir sur le plan économique, social, politique et culturel.. Ce sont là quelques objectifs visés par cette Journée.

Ces cinq dernières années, le Mali a célébré ladite Journée sous les thèmes suivants : “Femme et sécurité alimentaire “ (2003), “Femme et entreprenariat féminin, défis, enjeux et perspectives” (2004), “Femme, vous êtes au coeur de la stabilité sociale. Quel avenir pour le monde ? “ (2005), “Egalité des chances pour un développement durable “ (2006) et en 2007, et “Emergence politique des femmes comme facteur de changement “ (2007). Ces thèmes sont soit une reconduction du thème international, soit une adaptation au contexte malien.

L’édition 2008 du 8 Mars

Cette année 2008, le Mali a retenu le thème “ Le financement pour l’égalité de genre et le renforcement du pouvoir économique des femmes”, dans le souci de mobiliser toutes les femmes du Mali autour des enjeux de leur participation à la vie économique, politique, sociale et culturelle.

Pourquoi ce thème ? Parce qu’à plus de 80%, l’économie malienne est basée sur l’agriculture et contribue au PIB à concurrence de 42%. L’économie rurale, qui occupe le plus grand nombre d’actifs -pour la plupart, des femmes-, est axée sur les produits agricoles, d’élevage et de cueillette. Les femmes rurales y participent pour 78,2% d’une manière générale.

Mais le travail des femmes est sous-estimé et sous-évalué, alors qu’il est déterminant. D’abord parce qu’il permet de reproduire et d’entretenir leur force de travail (la fonction reproductive de la femme). Ensuite parce que la femme, -enfant tout comme adulte- participe à l’économie familiale au même titre que chaque membre de la famille.

En dépit de leur importante contribution à la production, les femmes rurales se trouvent dans une position de subordination et de traitement inégalitaire en matière de rémunération et de possibilité. Pourtant, elles doivent avoir accès aux moyens et facteurs de production – capital, physique, creéit, etc.- et aux services d’encadrement.

Mais ces femmes sont assujetties à une surcharge de travail ne leur permettant pas de gérer des revenus à leur profit. Elles s’adonnent aussi au petit commerce de produits agricoles transformés individuellement ou collectivement, à travers des organisations, associations ou coopératives.

Le secteur informel est le secteur prédominant: 87,7% des femmes y travaillent, contre 77,1% d’hommes. Dans notre pays, malgré la volonté politique et quelques résultats appréciables de l’implication des femmes à la gestion des affaires publiques et la facilitation de leur accès aux crédits, beaucoup reste à faire pour permettre une réelle prise en compte du genre, dans les programmes et projets.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le Cadre Stratégique de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (CSCRP), qui est le document de référence, ne prend pas en compte l’égalité de genre et le renforcement du pouvoir économique de la femme. Et pourtant, le renforcement du pouvoir des femmes passe nécessairement par leur autonomisation économique.

Rappelons que le Mali a souscrit des engagements internationaux, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande égalité des droits entre les hommes et les femmes. D’abord, parce que la lutte pour l’égalité entre hommes et femmes s’inscrit dans un cadre plus large de promotion des droits de l’homme, à laquelle notre pays, fidèle à ses valeurs républicaines, attache la plus grande importance.

Mais aussi, parce que les inégalités entre les sexes sont pour beaucoup dans la perpétuation des inégalités de développement. Investir dans le renforcement des capacités des femmes, c’est donc s’engager pour l’amélioration durable de la situation économique, sociale et politique de notre pays.

Le financement pour l’égalité de genre et le renforcement du pouvoir économique des femmes est une condition sine qua non, pour un développement humain durable et la participation de toutes les couches sociales au processus du développement.

La promotion de l’égalité entre hommes et femmes est indissociable de tous les efforts déployés en vue d’un développement solidaire et durable de notre pays. Aussi, le choix de ce thème “Le financement pour l’égalité de genre et le renforcement du pouvoir économique des femmes” contribuera à mieux attirer l’attention des décideurs et des partenaires, pour un plein épanouissement de la femme malienne.

Signalons que l’objectif général de la Journée Internationale, édition 2008, est de contribuer à des conditions de vie meilleures pour les femmes. La budgétisation et le financement des projets et programmes publics ou privés, selon le genre, permettront donc de corriger beaucoup d’aspects inégalitaires entre les sexes.

Mariétou KONATE

12 Février 2008.