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« C’est quoi cette journée ? »


La convention des droits de l’enfant (CDE) proclame solennellement un ensemble de droits en faveur des enfants. Droit d’aller à l’école, droit de grandir dans une famille, droit à la santé, droit à la protection…Mais, au-delà du tapage médiatique qui se fait à chaque 16 juin, Journée de l’enfant africain, force est de reconnaître que nos pays comptent encore assez d’enfants en situation difficile.

Nous sommes allés à la rencontre de ces enfants de la rue. Amadou Goïta est un de ces milliers d’enfants dont la vie dépend souvent du geste de personnes de bonne volonté. Il a accepté, malgré son jeune âge, de se confier à notre reporter.

Le jeune garibou Amadou Goïta est arrivé à Bamako il y a deux ans en compagnie de son maître coranique. Agé de 8 ans, il est aujourd’hui abandonné à son sort sans aucun soutien. Les répétitives scènes de colère de son marabout qui, aux dires du jeune, n’est jamais satisfait de la somme qu’il lui apporte par jour, ont fini par le contraindre à abandonner son maître spirituel.

C’est donc sans aucun soutien que le jeune originaire du village de Marakacongo déambule du matin au soir dans les rues de la capitale à la recherche des moyens de subsistance.

« Je n’ai aucun parent ici. C’est grâce aux pièces de monnaie que je reçois en guise d’aumône que je me nourris. Les clients de certains restaurants me donnent aussi souvent le reste de leurs aliments », explique le jeune tenant sous son aisselle sa sébile.

Les échanges avec le jeune mendiant sur les droits des enfants nous ont permis de savoir qu’il baigne dans un environnement, où l’on ignore les concepts comme droits, parlement des enfants, maison de l’enfant, forum des enfants, les colonies de vacances…


A la belle étoile

Habillé d’un tee-shirt sale, Amadou Goïta reconnaît passer souvent plusieurs jours sans se laver. Ce qui permet de dire que le jeune est privé d’un des droits les plus élémentaires : l’accès à l’eau potable, donc à la santé. Tout comme du droit de grandir dans une famille et de bénéficier d’une bonne éducation.

La principale demeure de Amadou reste le marché Dibida où il passe la nuit, à la belle étoile avec des fous qui squattent les lieux durant la nuit.

« Je n’ai pas de famille ici. Depuis que j’ai quitté le marabout, c’est dans ce marché que je passe la nuit », nous confie le jeune qui ne semble s’inquiéter de rien. « Il n’ y a aucun fou là bas. Je dors la nuit sans aucun problème sous un hangar», soutient-il avec un léger sourire.

Comme nous nous en doutions, le jeune mendiant, malgré tout le tapage médiatique mené actuellement autour de la journée de l’enfant africain, n’était au courant de rien. C’est quoi cette journée, qu’est ce que les droits de l’enfant ? Voilà des interrogations que n’a cessé de nous poser le jeune à qui nous ne sommes point parvenu à inculquer l’idée de l’existence par exemple d’un Parlement des enfants au Mali.

Le constat que nous avons pu nous faire, c’est que nous avions rencontré un jeune illustrant parfaitement le phénomène de déperdition scolaire et sociale. L’avenir semble obscur pour Amadou. Sa vie se résume exclusivement à la mendicité. Le marabout, à qui ses parents l’avaient confié, ne lui a pas donné le temps d’apprendre le coran.

A notre question de savoir s’il souhaite aujourd’hui qu’il soit inscrit à l’école, le jeune, comme pris par un remords subite, baissa le regard avant d’acquiescer de la tête.

Accès équitable aux droits

A notre question de savoir s’il compte exercer un autre métier plus tard, la réponse de Amadou a été prompte. « Quand je serai grand, je souhaiterais que les gens m’utilisent pour laver leurs ustensiles de cuisines », nous a-t-il confié.

La situation dans laquelle vit aujourd’hui le jeune Amadou Goïta et plusieurs autres enfants, interpelle à la fois les autorités, les associations de défense des droits des enfants ainsi que le Parlement des enfants afin que les droits solennellement reconnus aux enfants du monde à travers la convention des droits de l’enfant puissent être largement vulgarisés et profitables à tous.

Oumar Diamoye

19 Juin 2008