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Une conférence-débat sur « le Président Modibo Kéïta et l’école malienne » s’est déroulée, le samedi 17 mai, à la Pyramide du souvenir devant une trentaine de participants. Les débats étaient présidés par l’infatigable et farouche opposant, le professeur de chimie à la retraite, Victor Sy.

Il avait à ses côtés le Président de l’Association des Jeunes pour la Démocratie et le Progrès (AJDP) Youssouf Maïga.

Dès l’entame, le Président de l’AJDP s’est réjoui de l’initiative prise à l’occasion du 31ème anniversaire de l’assassinat du Président Modibo Kéïta, à travers l’organisation d’une conférence-débat sur son rôle dans le système éducatif malien.

Youssouf Maïga a déclaré que celle-ci « nous permettra de débattre sur la situation préoccupante qui handicape l’école malienne afin d’en ressortir la problématique et d’y apporter des solutions adéquates et durables.

Nous ferons le Mali même s’il faut notre sang » a-t-il solennellement proclamé

Devant une poignée de fidèles intellectuels et de nostalgiques politiques de Modibo Keïta, Victor Sy est revenu sur les faits marquants de l’histoire d’un peuple brave, dirigé par des hommes braves.

Il s’agit, selon lui, de la lutte pour la conquête de l’indépendance et de la création d’un Etat fédéral car, le Président Modibo Kéïta disait: « l’unité vaut mieux que la dispersion, restons ensemble pour aller à l’indépendance« .

C’est ainsi que les pays de l’Afrique Occidentale Française (AOF) ont décidé de se fédérer afin de créer le Soudan français entre 1956 et 1957. Mais, après s’être mis d’accord et avoir prêté serment devant l’Assemblée, nombreux sont ceux qui ont renoncé, sous la pression des colonisateurs.

Et, à partir du moment où la Guinée de Sékou Touré a dit « non » à De Gaulle, lors d’un entretien à Conakry, à travers la célèbre phrase « nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage » celui-ci a déclaré que « ceux qui veulent l’indépendance, qu’ils la prennent« .

Victor Sy a rappelé que lors du référendum de1958, les électeurs du Soudan français ont voté massivement (97 %) en faveur de la création de la République soudanaise au sein de la Communauté française. La République soudanaise s’allia avec le Sénégal pour créer la Fédération du Mali, qui obtint son indépendance le 20 juin 1960.

Après l’éclatement de la Fédération du Mali, dans la nuit du 21 au 22 août de la même année, Modibo Keïta proclama l’indépendance de la République soudanaise sous le nom de République du Mali, le 22 septembre 1960, avec comme système politique le socialisme, dont l’inspiration vient de pays tels que l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), la Chine, le Vietnam etc.

Après ce bref rappel historique, Victor Sy a indiqué que la réforme de l’enseignement opérée au Mali en 1962 était l’une des meilleures au monde à tel point que l’UNESCO l’a conseillée aux autres pays de l’Afrique et d’ailleurs. Mais, avec le coup d’Etat de Moussa Traoré et de sa bande en1968, la réforme a été tuée et enterrée en même temps que le père de l’indépendance du Mali.

L’illustre opposant au régime militaire a souligné que de nombreux séminaires sur l’école ont eu lieu, mais sans succès « parce ces gens-là n’avaient pas la volonté réelle de sortir l’école du fossé où ils l’ont précipitée. Au contraire, ils n’avaient qu’une chose à l’esprit : se remplir les poches« .

Il a précisé que cette réforme était une nécessité. Le Président Modibo voulait instaurer un système éducatif pour accompagner et appuyer l’industrialisation du Mali. Cela, grâce à des ingénieurs et des techniciens formés dans leur pays, à travers un système scolaire correspondant aux besoins socio-culturels et économiques réels du pays.

Victor Sy a estimé que l’éducation et la formation professionnelle sont indispensables pour l’avancement d’un pays et c’est ce que Modibo Keïta a compris très tôt. Pour l’exemple, il a cité le sable qui renferme toutes sortes de richesses naturelles, comme l’or ou le fer qui n’étaient pas exploitables par des pays producteurs comme le Mali par manque d’ingénieurs.

Intervenant dans le débat, Amadou Timbo, du syndicat national de l’éducation (SNEC) a soutenu qu’ « il faut remettre à l’ordre du jour l’enseignement de masse et de qualité.

L’enseignement de masse permet d’atteindre les 50% de taux d’alphabétisés pour le développement d’un pays et l’enseignement de qualité permet de réaliser les projets d’industrialisation, à travers les propres ingénieurs du pays ». Un des intervenants mettra la baisse du niveau sur le compte du manque de conviction chez les professeurs, contrairement à leurs homologues d’antan.

Quant à Modibo Doucouré dit V zéro, autre résistant célèbre au coup d’Etat militaire dont beaucoup estiment dans les milieux d’enseignants qui a détruit le système éducatif malien, il a attiré l’attention sur la part de responsabilté des politiciens actuels « car nous, à notre époque, on n’approuvait pas le régime de L’US RDA, ce qui ne nous empêchait pas de faire consciencieusement notre travail.

Maintenant, les partis politiques au nombre de 117, passent par l’école pour atteindre leurs objectifs, ce qui est devenu monnaie courante. Au grand dam de l’intérêt national ».

Pour finir, un autre intervenant s’est approprié une phrase du Président Modibo Kéïta en disant: « quand les propriétaires se transforment en spectateurs, c’est le festival des brigand« .

Moulaye HAÏDARA

Stagiaire

19 Mai 2008